Synode 2018, Mgr Gendron met en avant trois exigences pour l’accompagnement des vocations

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 4 Vues comments

Diocèse de Saint-Hyacinthe (Québec) (*)

Mgr Lionel Gendron, évêque de Saint-Jean-Longueuil et président de la Conférence des évêques catholiques du Canada, s’est exprimé devant le Synode 2018 sur les jeunes, une intervention publiée le 18 octobre 2018. De par son expérience sulpicienne auprès de grands séminaires au Canada, il s’est intéressé aux « qualités de ceux qui accompagnent » le discernement vocationnel des jeunes. Il a présenté trois exigences nécessaires en ce domaine : discerner l’appel du Seigneur dans un dialogue à trois, l’accompagné, l’accompagnateur et Dieu ; respecter le discernement et la décision des jeunes en favorisant l’accès à une liberté telle « qu’ils orientent leur propre vie et prennent la décision adulte d’un engagement vers une plénitude de sens et de joie » ; l’effacement des personnes accompagnatrices, « car elles n’ont pas à recréer chez les jeunes des êtres à leur image et ressemblance ». « Leur mission, c’est d’aider, faciliter et accompagner », a insisté Mgr Gendron.

La DC

« Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Cette question de François d’Assise habite le cœur des jeunes. Ils désirent connaître la volonté du Seigneur car ils croient que « Dieu aime chacun et il adresse à chacun personnellement un appel » (Instrumentum laboris, n. 109) (1). Pour ce discernement, ils ont besoin d’accompagnement.

Mon intervention considère « les qualités de ceux qui accompagnent » et l’écueil qui consiste à « prendre la place de l’accompagné dans la recherche et la responsabilité de ses décisions » (Ibid., n. 130) (2). Mon expérience sulpicienne auprès de grands séminaires au Canada, au Japon, en Colombie et au Brésil a motivé ce choix.

Voyons donc quelques-unes des exigences pour les personnes accompagnatrices.

De par sa nature même, l’accompagnement spirituel établit une relation entre l’accompagné et l’accompagnant qui, pour être authentique, ne se limite pas à un dialogue mais doit faire place à un troisième, Dieu. En créant l’être humain, « seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même » (3), le Père appelle chacun-chacune à devenir « la personne » singulière qui s’engage pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Commentant l’expression de Vatican II « chacun dans sa route » (4), le pape François réaffirme que toute personne est appelée à prendre une route spécifique : « Ce qui importe, c’est que chaque croyant discerne son propre chemin et mette en lumière le meilleur de lui-même, ce que le Seigneur a déposé de vraiment personnel en lui (cf. 1 Co 12, 7) » (5). Première exigence : discerner l’appel du Seigneur.

L’accompagnement spirituel s’actualise par le Christ et dans l’Esprit. Le Christ, « seul maître » (Mt 23, 10), amorce chez les jeunes la formation de « l’homme intérieur » jusqu’à « l’état de l’homme parfait, à la stature du Christ dans sa plénitude » (Ep 4, 13). Son Esprit œuvre par des motions, dans les personnes et les événements et aussi dans l’accompagnement. Dieu agit dans ce qui fait qu’une personne est elle-même et non une autre, dans son humanité mêlée d’esprit et de chair, dans son psychisme avec ses grandeurs et ses misères. En favorisant l’humain, chrétien et spirituel, l’accompagnement permet aux jeunes l’accès à une liberté telle qu’ils orientent leur propre vie et prennent la décision adulte d’un engagement vers une plénitude de sens et de joie (cf. Ep 3, 16 et 4, 7). Deuxième exigence : respecter le discernement et la décision des jeunes.

Le rôle des personnes accompagnatrices en est un d’effacement car elles n’ont pas à recréer chez les jeunes des êtres à leur image et ressemblance. Leur mission, c’est d’aider, faciliter et accompagner. Elles réalisent vite d’ailleurs qu’elles ne sont que témoins de ce qui se passe en dehors d’elles, sous l’influence de l’Esprit, de personnes et d’événements qui ne dépendent en rien d’elles. Leur rôle demeure pourtant nécessaire car elles sont médiatrices d’un accompagnement fait au nom de Dieu et de l’Église dans la discrétion absolue et le respect du « for interne » des jeunes. Elles doivent les inciter à accueillir leur projet de vocation comme un don et une mission de la part du Christ et de l’Église. Contribuant au discernement de ce que le Seigneur veut, les personnes accompagnatrices prennent conscience que l’Esprit Saint est l’unique et seul accompagnateur : de même qu’il a conduit Jésus, l’Esprit conduit aujourd’hui les jeunes sur « le Chemin » (Jn 14, 6) où le Père les attire. Troisième exigence : l’effacement !

Que conclure ? Les personnes qui accompagnent le discernement des jeunes, sont conviées, à la façon de l’ami de l’époux (cf. Jn 3, 29), à se tenir là, à entendre la voix de l’époux et à être ravies de joie dans l’action de grâce !

Recommandation : veiller au choix et à la formation des personnes accompagnatrices afin que toujours soit respectée la liberté spirituelle des jeunes.

(*) Titre et notes de La DC.

(1) DC 2018, n. 2532, p. 33.

(2) Ibid., p. 38-39.

(3) Vatican II, Constitution pastorale sur l’Église dans le monde de ce temps Gaudium et spes, n. 24 ; DC 1966, n. 1464, col. 212-213.

(4) Vatican II, Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen gentium, n. 11 ; DC 1964, n. 1438, col. 1642-1643.

(5) Pape François, Exhortation apostolique sur l’appel à la sainteté Gaudete et exsultate, n. 11 ; DC 2018, n. 2531, p. 7.

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