Sous le regard de Dieu, chacun “peut toujours reprendre le chemin du « risque de la liberté »” rappelle le pape François

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par Nouvel Ordre Mondial 5 Vues comments

Texte original italien dans l’Osservatore Romano du 24 novembre 2018 (*)

En vue du Festival de la doctrine sociale de l’Église qui s’est déroulé à Vérone (Italie) du 22 au 25 novembre 2018 et dont le thème était : « Le risque de la liberté », le pape François a rejoint les participants par un message vidéo. D’entrée de jeu, il souligne que ce désir de liberté « a endossé des formes déviées, générant des guerres, des injustices et des violations des droits de l’homme ». Il a ensuite souligné trois situations dans lesquelles les personnes ne peuvent pas risquer leur liberté. La première : l’indigence, où les personnes, considérées comme des “déchets” « sont privées de la possibilité même de “risquer” leur liberté pour eux-mêmes, pour leur famille, pour une vie bonne, juste, digne ». La deuxième : le développement technologique « qui influe de façon négative sur l’expérience de la liberté quand il n’est pas accompagné par un développement adéquat de la responsabilité, des valeurs et de la conscience ». La dernière est la « situation négative représentée par la réduction de l’homme à un simple consommateur. Ici, la liberté de “prendre des risques” ne demeure qu’une illusion ».

La DC

Chers amis,

Je vous salue chaleureusement, vous tous qui participez à la huitième édition du festival de la doctrine sociale de l’Église. Les organisateurs ont choisi comme thème « Le risque de la liberté » pour inviter à la réflexion sur ce qui soutient depuis toujours le chemin des hommes, des femmes, de la société et de la civilisation. Mais souvent, le désir de liberté – qui est le grand don de Dieu à sa créature – a revêtu des formes déviées, engendrant des guerres, des injustices, des violations des droits humains.

En tant que chrétiens, fidèles à l’Évangile et conscients de la responsabilité que nous avons envers tous nos frères, nous sommes appelés à être attentifs et vigilants pour que le risque de la liberté ne perde pas sa signification la plus haute et la plus exigeante : en effet, prendre des risques signifie se mettre en jeu. Cela est notre premier appel. Tous ensemble, nous devons nous engager pour éliminer ce qui prive les hommes et les femmes du trésor de la liberté et en même temps retrouver le goût de la liberté qui sait sauvegarder la maison commune que Dieu nous a donnée.

Nombreuses sont les situations dans lesquelles, aujourd’hui encore, les hommes et les femmes ne peuvent mettre à profit leur liberté, ne peuvent pas la risquer. J’en souligne trois : l’indigence, la domination de la technologie, la réduction de l’homme à un consommateur.

Tout d’abord, l’indigence provoquée par de grandes injustices qui continuent à être perpétrées dans le monde entier, y compris dans nos villes. « Il ne s’agit plus simplement du phénomène de l’exploitation et de l’oppression, mais de quelque chose de nouveau : avec l’exclusion est touchée, dans sa racine même, l’appartenance à la société dans laquelle on vit, du moment qu’en elle on ne se situe plus dans les bas-fonds, dans la périphérie, ou sans pouvoir, mais on est dehors. Les exclus ne sont pas des “exploités”, mais des déchets, “des restes” » (1). C’est la culture du déchet ! Si un homme ou une femme sont réduits à un « reste », non seulement ils font l’expérience sur leur propre personne des mauvais fruits de la liberté d’autrui, mais ils sont privés de la possibilité même de « risquer » leur liberté pour eux-mêmes, pour leur famille, pour une vie bonne, juste, digne.

Il existe également une autre situation qui influe de façon négative sur l’expérience de la liberté : c’est le développement technologique quand il n’est pas accompagné par un développement adéquat de la responsabilité, des valeurs et de la conscience. On perd ainsi le sens de la limite avec pour conséquence de ne pas voir les défis historiques qui se présentent à nous. L’absolutisation de la technique peut se retourner contre l’homme. Comme le rappelait saint Paul VI dans son discours pour le 25e anniversaire de la FAO : « Les progrès scientifiques les plus extraordinaires, les procédés techniques les plus époustouflants, la croissance économique la plus prodigieuse, s’ils ne sont pas accompagnés par un progrès social et moral authentique, se retournent, en définitive, contre l’homme » (2).

La troisième situation négative est représentée par la réduction de l’homme à un simple consommateur. Ici, la liberté de « prendre des risques » ne demeure qu’une illusion. En effet, « ce paradigme fait croire à tous qu’ils sont libres, tant qu’ils ont une soi-disant liberté pour consommer, alors que ceux qui ont en réalité la liberté, ce sont ceux qui constituent la minorité en possession du pouvoir économique et financier » (3). Cela n’est pas la liberté, c’est l’esclavage : l’expérience quotidienne est marquée par la résignation, par la méfiance, par la peur, par la fermeture.

Malgré ces déviations, ne disparaît jamais en chacun de nous le désir de « risquer » sa liberté. Même chez qui a vécu ou vit des situations d’esclavage et d’exploitation. Au cours du festival, vous aurez l’occasion d’écouter des témoignages de liberté retrouvée, par exemple de la prostitution, de l’emprise de l’usure, etc. Ce sont des histoires qui témoignent d’une libération en cours, qui donne force et espérance. Ce sont des histoires qui font dire : oui, le risque de la liberté est possible !

Même si certains ont peur d’aller à contre-courant, de nombreuses personnes, dans leur quotidien, vivent des styles de vie sobres, solidaires, ouverts, accueillants. Ce sont elles la véritable réponse aux divers esclavages parce qu’elles agissent comme des personnes libres. Elles éveillent des désirs oubliés, ouvrent des horizons, font désirer le bien. La liberté vécue ne se limite pas à gérer ce qui arrive parce qu’elle contient toujours en elle quelque chose qui conduit plus loin. La liberté ne tue jamais les rêves, mais elle construit dans la vie ce que beaucoup désirent mais n’ont pas le courage de poursuivre. Être libres est certainement un défi, un défi permanent : cela fascine, captive, donne du courage, fait rêver, suscite l’espérance, investit sur le bien, croit en l’avenir. Cela contient donc une force qui est plus forte que tout esclavage. Le monde a besoin de personnes libres !

« Plus la personne humaine grandit, plus elle mûrit et plus elle se sanctifie à mesure qu’elle entre en relation, quand elle sort d’elle-même pour vivre en communion avec Dieu, avec les autres et avec toutes les créatures. Elle assume ainsi dans sa propre existence ce dynamisme trinitaire que Dieu a imprimé en elle depuis sa création. Tout est lié, et cela nous invite à mûrir une spiritualité de la solidarité globale qui jaillit du mystère de la Trinité » (4).

Pour cela, la liberté de l’homme se découvre jusqu’au bout quand elle comprend qu’elle est générée et soutenue par la liberté aimante du Père, qui se révèle dans le Fils, dans le visage de la miséricorde. Sous son regard plein de compassion, tout homme peut toujours reprendre le chemin du « risque de la liberté ».

Très chers amis, je vous souhaite d’être des personnes libres et de ne pas avoir peur de vous dépenser et de vous salir les mains pour réaliser le bien et aider celui qui est dans le besoin.

Je renouvelle mon salut cordial à tous les participants et en particulier aux nombreux bénévoles qui, chaque année, offrent leur disponibilité. J’adresse un salut à l’évêque de Vérone, Mgr Giuseppe Zenti, qui accueille la manifestation, et un remerciement à Don Vincenzi pour le service qu’il a accompli pour la diffusion, la connaissance, l’expérimentation de la doctrine sociale de l’Église.

Je vous assure de ma proximité, de ma prière. Je vous donne de tout cœur ma bénédiction et s’il vous plaît, n’oubliez pas de prier pour moi. Merci !

(*) Version française de la Salle de presse du Saint-Siège. Titre de La DC.

(1) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium, n. 53 ; DC 2014, n. 2513, p. 21.

(2) Pape Paul VI, Discours pour le 25e anniversaire de la FAO, 16 novembre 1970 ; DC 1970, n. 1575, 1052-1056.

(3) Pape François, Encyclique Laudato si’, n. 203 ; DC 2015, n. 2519, p. 58-59.

(4) ibid., n. 240 ; p. 68.

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