Sexe, argent et meurtre : un nouveau livre met en cause le Vatican

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by Nouvel Ordre Mondial 7 Views comments


Péché originel, le nouveau livre du journaliste Gianluigi Nuzzi, à l’origine des Vatileaks, accuse un « réseau criminel » d’œuvrer au sein du Vatican et d’étouffer toute velléité de réforme.

Un journaliste tient un exemplaire du livre de Gianluigi Nuzzi, "Peccato Originale", lors de sa présentation à la presse à Rome, le 9 novembre 2017.
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Un journaliste tient un exemplaire du livre de Gianluigi Nuzzi, "Peccato Originale", lors de sa présentation à la presse à Rome, le 9 novembre 2017. / Andrew Medichini/AP

Après Vatican S.A. : les archives secrètes du Vatican (2009), Sa Sainteté : scandale au Vatican (2012) et Chemin de croix (2015), le journaliste italien Gianluigi Nuzzi continue son travail d’investigation au cœur des finances et des turpitudes vaticanes.

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Dans Péché originel (1), qui vient de sortir, il s’attache à suivre « le fil de l’argent qui, dans toutes les affaires liées au pouvoir, s’entrelace à celui du sang et à celui du sexe ».

L’auteur remonte jusqu’à la sinistre affaire Emanuela Orlandi, cette jeune fille de 15 ans, fille d’un employé du Vatican dont elle bénéficiait de la citoyenneté, et mystérieusement disparue en 1983.

Les « trois fils rouges » de l’argent, du sexe et du meurtre

L’affaire défraie régulièrement la chronique italienne et Gianluigi Nuzzi accuse ici le Vatican d’avoir volontairement freiné l’enquête. Pour lui, l’affaire serait intimement mêlée aux mécomptes de l’IOR et à ses dangereuses relations avec la mafia romaine et, ce, dès la fin du pontificat de Paul VI au cours duquel un « réseau criminel » se serait constitué au cœur même du Vatican.

Pour l’auteur, les « trois fils rouges » de l’argent, du sexe et du meurtre, « en s’entrecroisant, forment un tissu épais d’intérêts opaques, de violences, de mensonges et de chantage qui étouffe toute volonté de renouveau, éteint les espoirs et accentue fatalement ce que Benoît XVI appelait la “crise de la foi” ».

Vieille garde

Car, si elles remontent loin dans le temps, les histoires de Gianluigi Nuzzi courent jusqu’aux scandales qui ont éclaboussé la fin du pontificat de Benoît XVI – pour lequel il ne cache pas une certaine tendresse – et celui de François – dont il approuve le projet de réforme.

S’il salue les changements de législation impulsés par les deux hommes dans un souci de transparence, il relève néanmoins que « sans action sur les mentalités, toute réforme restera vouée à l’échec » et dénonce le fait que « les hommes des postes clefs de la Curie demeurent ceux de la vieille garde ».

Documents inédits

Pour appuyer ses affirmations, le journaliste publie un certain nombre de documents inédits qui sont malheureusement assez mal exploités.

Ainsi les relevés de comptes bien fournis de l’IOR au nom de « Secrétariat particulier de Sa Sainteté » voire de Paul VI lui-même, s’ils sont vraisemblablement authentiques, ont-ils pour autant été gérés directement par le pape Montini ou son secrétaire, ou bien créé à leurs noms pour masquer des opérations douteuses sur lesquels la direction de l’IOR était sûre de ne pas voir poser de questions vu leurs titulaires officiels ?

Abus sexuels au Vatican

En outre, les deux derniers chapitres révélant une sombre affaire d’abus sexuels sur mineurs au sein du préséminaire – qui, dans l’enceinte même du Vatican, accueille les servants d’autel de la basilique Saint-Pierre – semblent arriver là comme un cheveu sur la soupe.

Sur cette délicate affaire, le Vatican assure, de son côté, qu’une enquête a eu lieu qui n’a pas mis en évidence de faits délictueux tandis que d’autres journalistes affirment que l’accusateur cité dans le livre serait un « affabulateur ».

C’est sans doute ici la principale faiblesse du livre de Gianluigi Nuzzi qui jamais ne s’interroge sur les motivations de ceux qui lui fournissent les documents qu’il publie.

Or si ceux-ci permettent d’éclairer un certain nombre de scandales, ils en laissent aussi d’autres dans l’ombre qui pourraient indiquer qui a intérêt, aujourd’hui, à mettre en cause les finances du Vatican et, par ricochet, à jeter l’opprobre sur tout le discours économique et social de l’Église.

Nicolas Senèze, à Rome

(1) Péché originel, Flammarion, 342 p., 21 €.

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