Service national. Mission impossible ?

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par Nouvel Ordre Mondial 22 Vues comments

1. De quel service parle-t-on ? Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, exprimant évidemment la pensée du président Emmanuel Macron, a évoqué mardi matin un service touchant tous les jeunes Français et Françaises : « Il sera universel, il concernera toute la classe d'âge et il sera obligatoire ». Voilà qui est net, après un concert de déclarations discordantes. La ministre des Armées, Florence Parly, avait évoqué un service qui « n'aura probablement pas un caractère obligatoire, au sens où les gendarmes viendraient rechercher le réfractaire ». Deux jours plus tard, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, déclarait que le service serait bien « obligatoire ». 

2. De quel service ne parle-t-on pas ? Initialement, durant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron, qui semble regretter de n'avoir jamais servi sous les drapeaux, avait évoqué un service « militaire » universel. Ce mot a été récemment rayé du discours officiel, le Président ne le reprenant pas lors de ses voeux aux armées, fin janvier. Aucune personne compétente en matière de formation d'un soldat, homme ou femme maniant des armes à feu et sachant s'en servir, ne peut imaginer, une seule seconde, assurer cette formation de masse en moins d'un mois. La raison a triomphé de l'utopie et cet objectif est abandonné.

  3. Qui a eu cette idée folle, un jour, de réinventer le « service » ? La paternité de l'idée revient à Emmanuel Macron en personne, qui ne démord pas de sa validité. Même si elle se heurte à d'innombrables difficultés, elle n'est pas sotte et ses principes sont utiles et généreux. Benjamin Griveaux a rappelé, mardi, qu'il s'agit d'« un moment de rencontre entre la jeunesse de notre pays et la nation, et en partie son armée, mais ça peut être aussi un engagement civique, comment est-ce qu'on donne de son temps utilement à la Nation ». Sauf que les bons et grands principes ne font pas nécessairement les meilleurs projets... 

4. Pourquoi les militaires n'en veulent-ils pas ? Des études de l'armée de Terre ont chiffré les besoins en formateurs à 15.000 cadres permanents, piochés dans les différents ministères contributeurs (dont l'Éducation nationale), et estiment que 6.000 seraient pris dans les armées. Ces dernières jugent cette ponction irréaliste, alors même qu'elles se battent pour préserver des effectifs trop faibles encore. Elles soulignent également que leur engagement dans les Épide (établissements pour l'insertion dans l'emploi) leur a permis de constater les difficultés d'assurer un hébergement et la vie quotidienne en milieu « fermé » de populations d'hommes et de femmes adultes. Entre autres problèmes.

5. Quel est le calendrier retenu ? Une mission d'études a été confiée par l'Élysée à un groupe d'experts qui doit rendre son rapport, fin avril. D'ici là, d'autres études sortent, dont l'une, provenant de la commission de la Défense de l'Assemblée, qui a fuité mardi dans Le Monde et sera officialisée, ce mercredi. Elle préconise un « parcours citoyen en trois étapes », franchies entre 11 et 25 ans. Mais l'accumulation des réticences motive le chef de l'État car, selon lui, « elle forge plutôt en moi la conviction que c'est une nécessité de le faire ». Sous quelle forme ? Mardi soir, il a apporté une précision, évoquant « une partie obligatoire entre trois à six mois » et la possibilité d'une « partie civique ». Reste encore beaucoup d'inconnues. Au final, c'est le Président seul qui décidera !


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