Selon Chelsea Manning, les codeurs doivent se doter d’un « code éthique »

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Selon Chelsea Manning, les codeurs doivent se doter d’un « code éthique » Nouvel Ordre Mondial, Nouvel Ordre Mondial Actualit, Nouvel Ordre Mondial illuminati

A 30 ans, elle est pratiquement devenue une icône en transmettant au site WikiLeaks des milliers de documents secrets de l’armée et de la diplomatie américaine. Arrêtée, elle avait été condamnée à trente-cinq ans de prison avant que Barack Obama la gracie en mars 2017, écourtant sa peine.

« Les médecins ont un code éthique, les développeurs devraient en avoir un aussi. Nous devons avoir un sens de la responsabilité qui va au-delà de nos supérieur(e)s hiérarchiques », a-t-elle plaidé, dans ce qui était sa première apparition dans cet événement très couru par le milieu high-tech (cybersécurité).

« Les développeurs doivent être responsables de la manière dont leurs outils sont utilisés, mais aussi de la manière dont ils peuvent être détournés. Tous les logiciels peuvent être détournés : il faut mettre des protections pour rendre ça plus difficile. »

« En arrivant en Irak, dans mon esprit, si un problème se présentait, je pouvais le résoudre avec les mathématiques. On appelait ça “analyse prédictive”, maintenant on appelle ça “intelligence artificielle” », a expliqué Mme Manning. Problème : « Les algorithmes ne sont pas impartiaux, on y insère nos biais. »

« C’est le cas pour la police prédictive : si la police s’intéresse de près à un quartier, l’algorithme aura plus de données et l’algorithme pensera que le quartier a un problème de criminalité. »

Chelsea Manning s’est aussi inquiétée de la porosité entre le milieu des nouvelles technologies et les forces de l’ordre. « Le type d’algorithmes sur lesquels je travaillais en Irak », a-t-elle averti.

Depuis sa sortie de prison, où elle vivait dans le quartier pour homme et dans laquelle elle a dû mener une longue bataille pour obtenir un traitement hormonal, elle peut enfin vivre sa vie de femme :

« C’est génial d’être enfin qui je suis. Avant, il y avait ces questions permanentes en moi, sur qui j’étais, est-ce que j’étais assez masculin, assez homme ?… Ce n’est plus le cas, je vis en tant que moi-même. »

Cependant, celle qui est sortie de prison il y a moins d’un an est aussi longuement revenue sur les difficultés qu’elle rencontre depuis qu’elle a recouvré la liberté. Elle souffre ainsi encore de « dépression » :

« J’ai beaucoup de mal à vivre seule, surtout la nuit. J’ai toujours vécu avec d’autres personnes, sauf lorsque j’étais placée à l’isolement en prison. Et quand je suis seule les souvenirs de cette période me reviennent. C’est dur. »

Chelsea Manning a notamment dû traverser d’importantes difficultés matérielles à sa sortie de prison. Outre celles que rencontre n’importe quelle prisonnière, son changement de genre et de nom a compliqué les choses :

« Je n’avais rien, pas de document d’identité, aucun moyen de déménager, je n’avais pas accès à mes comptes en banque… J’allais régulièrement à la banque et l’être humain derrière le comptoir me reconnaissait, mais pas l’ordinateur. Malgré tout le soutien que j’ai eu, c’était difficile. »
Chelsea Manning a dû traverser d’importantes difficultés matérielles à sa sortie de prison.

L’ancienne analyste trouve cependant du réconfort dans la technologie. L’achat de son premier ordinateur après sa libération — en liquide, à cause de sa « paranoïa » — a été un moment « crucial ». « J’ai pu me reconnecter avec les gens, me reconnecter à un univers que je connais mieux et dans lequel je suis plus à l’aise » :

« Je trouve du réconfort et de la stabilité dans les maths. Quand je me sens déprimée, je vais coder. Déboguer du code, c’est frustrant à première vue, mais au fond, ça me fait du bien. »

Un procès très dur, des années de prison dont une période à l’isolement, une tentative de suicide… pourtant, Chelsea Manning n’est pas du genre à avoir des regrets. « Je me demande parfois ce qui serait arrivé, à moi, au monde, si j’étais restée au Starbucks et que je ne m’étais pas engagée dans l’armée » :

« Mais j’ai décidé de faire quelque chose. Et il n’y a aucun moyen de revenir dans le temps et de changer les choses. Je n’aurais pas pu agir autrement, j’étais au cœur de la situation, je devais prendre une décision. »

Et si elle avait décidé de ne pas transmettre les documents internes de l’armée américaine ? « J’aurais passé ma vie à me dire que j’aurais pu faire quelque chose, et ça m’aurait affectée bien plus », conclut la lanceuse d’alerte, les larmes aux yeux.


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