Réforme du bac. Derniers arbitrages sur les nouveaux programmes

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Réforme du bac : à quoi ressembleront les nouveaux programmes ?
Réforme du bac : à quoi ressembleront les nouveaux programmes ? (François Destoc/Le Télégramme)

Les nouveaux programmes des classes de Seconde et Première au lycée sont en train d’être finalisés : les enseignants ont jusqu’à mardi pour donner leur avis sur le projet présenté par le Conseil supérieur des programmes. Le ministère les publiera vers la fin décembre. Les précédents dataient de 2010. La réforme du bac, pour 2021, nécessitait de les revoir. Les syndicats regrettent des consultations menées au pas de charge.


L’approche s’effectue toujours à travers les quatre grands genres : roman et récit, théâtre, poésie et littérature d’idées. Mais les projets comportent plusieurs nouveautés, dont « le carnet personnel de lectures et de formation culturelle » que chaque élève doit tenir en Seconde et Première. Il servira de base à la présentation d’un dossier qui comptera pour moitié de la note à l’oral du bac.

Autre nouveauté, l’étude de quatre œuvres obligatoires, décidées par l’inspection générale, avec changement d’un titre par année. Jusqu’à présent, les ouvrages étaient choisis par chaque professeur. « Il n’y a jamais eu d’œuvres obligatoires au bac français sauf sous le ministère Bayrou (1993-1997) », note Viviane Youx, de l’association pour l’enseignement du français (AFEF), considérée comme progressiste. « Pour créer une culture commune, pourquoi pas ? Mais ces quatre livres obligatoires vont donner lieu à une vaste publication de fiches de lecture, que les élèves achètent puis régurgitent. Quant aux profs, ils auront moins de liberté et vont devoir enseigner trois ans de suite la même œuvre. Pratique mais fastidieux… »

Enfin, l’écrit du bac ne proposera plus que la dissertation et le commentaire du texte, le sujet d’invention, introduit il y a une vingtaine d’années, étant supprimé. Pour Alexis Torchet, du SGEN-CFDT, ce programme illustre les tiraillements entre un enseignement qui prépare aux études supérieures et « un pilotage très rigide ».


Cette discipline est absente du tronc commun des matières enseignées à tous les élèves à partir de la Première. Elle reste présente sous la forme d’une « spécialité » (les jeunes en choisissent trois en Première puis seulement deux en Terminale). La « spé maths » est « bien construite, mais très exigeante », presque plus qu’une Première S actuelle, note Alexis Torchet. « Quid des élèves qui ont le profil de la voie ES, qui veulent faire des maths mais pas à un niveau aussi élevé que cette spé-maths ? » Actuellement, seuls les lycéens de la voie littéraire (15 % des effectifs de la voie générale) ne faisaient plus de maths à partir de la Première. Les élèves peuvent prendre une option « mathématiques complémentaires » en Terminale. Mais le feront-ils après une Première sans maths ?


Les projets favorisent une approche « plus chronologique ». « Jusqu’à présent, on traitait les deux guerres mondiales de manière globale, ce qui pouvait entraîner une confusion », rappelle Franck Collard, président de l’association des professeurs d’histoire et de géographie (APHG). « Pour la géo, on va dans le bon sens, on sort de cette réitération incantatoire sur le développement durable », poursuit le président de cette association, attachée à un enseignement traditionnel. Mais les volumes horaires (3 heures en Première contre 4 aujourd’hui) « sont insuffisants », regrette Bruno Modica, du mouvement les Clionautes. Plusieurs syndicats dénoncent le retour d’une « histoire bataille » : « une histoire événementielle, au détriment du mouvement des idées », selon Claire Krepper, du SE-Unsa. Le contenu de l’enseignement moral et civique suscite aussi son lot de critiques : « jusqu’à présent, cet enseignement favorisait le débat. Là, on a le sentiment qu’on veut inculquer des notions ou des valeurs, mais pas vraiment questionner », juge Sandrine Charrier, du Snes.


L’Association des professeurs de sciences économiques et sociales (Apses) a lancé une pétition pour demander la « réécriture » des programmes, qui interdisent, selon elle, de saisir « les grands enjeux qui traversent nos sociétés ». « En deux ans, avec ces projets, les élèves n’auraient que bien peu entendu parler des inégalités, du pouvoir d’achat, des hiérarchies entre groupes sociaux ou du chômage », dénonce-t-elle. « On a relevé le renforcement important de la place donnée à la microéconomie, au détriment des questions de sociologie », relève pour sa part Claire Krepper, qui espère encore des « évolutions ».


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