Pour une finance au service des liens humains

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 5 Vues comments

Le Vatican a publié le 17 mai 2018 un document qui porte une charge inédite contre la « puissance de nuisance sans égal » des marchés financiers. Pour remettre l’économie mondiale sur les rails de l’éthique, ce texte propose une série de pistes pratiques, de la régulation supranationale des marchés à la lutte contre l’évasion fiscale.

Compliance, shadow banking, finance off-shore, produits dérivés, intermédiation… C’est certainement la première fois qu’un texte magistériel de ce niveau aborde les questions économiques et financières avec une telle technicité.

Ce document au nom latin (Oeconomicae et pecuniariae quaestiones), regrette que les leçons de la crise financière de 2007-2008 n’aient pas été tirées jusqu’au bout pour « repenser les critères obsolètes qui gouvernent le monde ». Le propos ne manquera pas de faire réagir les milieux d’affaire, y compris catholiques, hostiles à toute forme de régulation des marchés. On peut déjà anticiper les termes de leur fin de non-recevoir : que les théologiens s’occupent de leurs affaires et non pas d’économie et de finance.

« Une alliance entre savoir technique et sagesse humaine »

Mais la signature conjointe de la Congrégation de la doctrine de la foi et du récent Dicastère pour le Service du développement intégral (une collaboration inédite qui est déjà en soi un indice des avancées de la réforme de la curie menée par le pape François) anticipe déjà sur la critique. Les considérations éthiques que propose l’Église catholique « sur quelques aspects du système économique actuel » découlent de sa compréhension de l’économie : elle devrait renforcer les liens humains et non pas les affaiblir.

>Vidéo : Le Vatican et la finance mondiale

L’examen détaillé de quelques pratiques financières auquel procède le document montre que le système en vigueur, par déficit de régulation et de contrôle, est loin du compte. La finance n’est pas diabolisée – l’activité de crédit y est même présentée comme une « fonction sociale irremplaçable ». Mais pour être vertueuse et servir la justice, elle a besoin d’une orientation fondamentale qu’elle ne peut se donner elle-même. C’est parce qu’elle sait la fragilité des liens humains et la perversion toujours possible des institutions économiques, que l’Église appelle à une « alliance entre savoir technique et sagesse humaine ».


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