« Pour retrouver la confiance, l’Église doit s’engager sur des sujets de société »

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 22 Vues comments

D’après les résultats du dixième baromètre de la confiance Cevipof-Opinionway, publiés le 11 janvier 2019, la perte de confiance des Français dans les institutions s’accentue. La cote de l’Église catholique a baissé de cinq points par rapport à l’an dernier. L’analyse de Nicolas de Brémond d’Ars, prêtre et sociologue.

La Croix  : Comment analysez-vous la perte de confiance dans l’Église ?

Nicolas de Brémond d’Ars : La défiance que connaissent toutes les institutions en France n’est pas nouvelle, mais jusqu’à ces dernières années, l’Église était créditée de sympathie grâce à ses actions de solidarité.

La raison principale de cette baisse de confiance en 2018 réside bien sûr dans les affaires de pédophilie. Même avec le procès Barbarin qui vient de s’achever, l’Église ne se montre pas capable de se réformer.

Mais ces dernières années, il y a à mon sens deux autres éléments qui entraînent une baisse, dont on n’a pas tout de suite perçu les conséquences. En premier lieu, c’est la question des divorcés remariés. Lors du synode sur la famille en 2015, les déclarations du pape n’ont pas mis un terme à l’interdiction de l’accès à la communion des divorcés remariés. Même si ceux qui viennent à l’Église ont perçu le changement au sein de l’Église, la plupart des Français, non. Les mentalités changent lentement. Si on voulait que cela évolue dans l’opinion, il aurait fallu un message très clair qui en finirait avec cette interdiction.

L’autre élément concerne l’absence de la femme dans la liturgie et dans les postes de responsabilité au sein de l’Église. Une absence que la société ne tolère pas. Cette question ne donne pas lieu à une révolte, elle apparaît peu dans le discours médiatique, mais est toujours présente dans l’esprit de la population.

Les changements de l’institution n’ont-ils pas été assez forts  ?

N.B.A.  : Concernant ces trois éléments - pédophilie, divorcés-remariés, place de la femme - même depuis l’élection du pape François, rien n’a véritablement changé dans l’image que donne l’institution catholique aux Français. Si le discours du pape sur les affaires de pédophilie est bien reçu, les corps intermédiaires, eux, n’ont pas changé. Ses positions sont peu relayées par les prêtres et les évêques de France : pas de collectif, pas de pétition de prêtres pour dire leur accord avec le pape…

C’est seulement, en novembre dernier, que l’Église de France est parvenue à se mettre d’accord sur la gestion de la pédophilie. Cela ne veut pas dire qu’elle a fini de faire le ménage, mais déjà les évêques ont réussi à adopter une position commune sur cette question à l’assemblée de Lourdes.

De la même manière, il faudrait qu’elle parvienne à s’engager davantage sur des sujets de société, comme l’écologie, la transition énergétique, les rémunérations… Ou bien que les évêques s’entendent sur une plus grande ouverture aux femmes dans la liturgie ou les institutions. Enfin, l’Église catholique a une carte à jouer par sa décentralisation, en parvenant, dans un esprit commun, à mettre en lumière des initiatives locales pour donner une image plus horizontale de l’Église.

Propos recueillis par Christophe de Galzain

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