Otan: face à Trump, le sommet des peurs européennes

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Le président américain Donald Trump au sommet de Otan à Bruxelles le 25 mai 2017. (POOL/AFP/Archives/Matt Dunham)

Les dirigeants des pays membres de Otan appréhendent leur sommet avec Donald Trump, mercredi et jeudi à Bruxelles, car ils s’attendent à être mis sous pression, sinon rudoyés, par un président américain vindicatif, exigeant le partage du fardeau financier, au risque d’affaiblir la crédibilité de Alliance.

Les Européens craignent même que M. Trump ne cherche à les diviser, par de possibles concessions à la Russie juste avant sa rencontre historique avec Vladimir Poutine le 16 juillet à Helsinki, selon plusieurs analystes.

« Les Etats-Unis dépensent bien plus pour Otan que n’importe quel autre Pays. Ce n’est pas juste, ni acceptable », a déjà prévenu Donald Trump lundi dans un tweet. « Bien que ces pays aient augmenté leurs contributions depuis que je suis devenu président, ils doivent en faire davantage », a-t-il poursuivi.

Déçue de échec du récent G7, la France espère que le sommet de Otan « montrera unité des alliés » et que « tous les partenaires fassent les efforts auxquels ils se sont engagés », a déclaré lundi Elysée.

Mais « notre crainte, c’est que cela ne soit pas atteint », poursuit-on de même source.

Fin juin, M. Trump a adressé un courrier comminatoire à neuf membres de Otan, dont Allemagne, le Canada et la Norvège, pour les sommer de respecter leur engagement de porter leurs dépenses militaires à 2% de leur PIB en 2024.

Le partage des dépenses sera un des principaux thèmes du sommet, a confirmé le secrétaire général de Otan, Jens Stoltenberg, lui-même norvégien.

« L’Allemagne est à 1% (de son PIB), les Etats-Unis sont à 4%, et Otan bénéficie bien davantage à Europe qu’aux Etats-Unis. Selon certains, les Etats-Unis payent 90% de Otan, alors que de nombreux pays sont loin des 2% (de leur PIB) qu’ils se sont engagés » à verser, a encore dénoncé le président américain lundi.

Au sommet de an dernier, M. Trump avait déjà reproché à ses alliés de devoir d' »énormes sommes d’argent » à Otan.

Sept pays européens de Otan consacreront 2% de leur PIB à leurs dépenses pour la Défense en 2018, a annoncé mardi le secrétaire général de Alliance, un chiffre qui ne devrait pas contenter le président américain Donald Trump à la veille d’un sommet transatlantique.

« Les États-Unis dépensent beaucoup plus que tout autre pays pour protéger », a tweeté le président américain mardi avant son départ pour Europe. « Ce n’est pas juste pour le contribuable américain », a-t-il affirmé.

« Le partage du fardeau n’est pas équitable », a reconnu le secrétaire général de Otan Jens Stoltenberg lors de la présentation du sommet à la presse. « Je ne serais pas surpris que les dépenses de défense donnent lieu à une discussion vigoureuse entre les alliés », a-t-il prédit.

Les 29 membres de Otan se sont engagés à consacrer 2% de leur PIB à leurs dépenses pour la Défense en 2024. Quatre sont déjà à ce niveau –Etats-Unis, Royaume-Uni, Grèce et Estonie– et quatre autres –Lituanie, Lettonie, Pologne et Roumanie– le seront pour la fin de année, a assuré Jens Stoltenberg.

La France s’est engagée à atteindre cet objectif en 2025. Elle est à 1,81% en 2018. Mais quinze pays, dont Allemagne, sont encore sous la barre de 1,4% de leur PIB.

« Des progrès considérables ont été accomplis, mais le chemin est encore long et il faut redoubler les efforts », a insisté M. Stoltenberg.

« Les alliés ne doivent pas augmenter leurs dépenses pour plaire aux Américains mais parce que c’est dans leur intérêt », a-t-il souligné. « C’est nécessaire parce que nous vivons dans un monde imprévisible », a-t-il ajouté.

« Je ne dis pas qu’ils dépensent suffisamment, mais c’est un bon début », a commenté le chef de Otan en saluant impulsion donnée par le président Trump à augmentation des efforts consentis par les alliés.

Mais la première économie d’Europe, Allemagne, reste très en deçà de engagement avec 1,24% de son PIB consacré à la Défense en 2018. « Je m’attends à ce qu’elle fasse plus », a déclaré Jens Stoltenberg.

L’Allemagne est la cible des invectives de Donald Trump qui a adressé une lettre à la chancelière Angela Merkel pour la rappeler à ordre

Le président américain a adressé des courriers similaires à huit autres pays, dont le Canada et la Norvège, pays natal de Jens Stoltenberg.

Selon les analystes, Berlin devrait plus que doubler ses dépenses pour la défense entre 2017 et 2024.

– « Un sommet pénible » –

« Ce sommet va être pénible », prédit un diplomate européen sous le couvert de anonymat. « Sa réussite dépendra de humeur de Donald Trump », précise un responsable de Alliance.

« Avec la présidence Trump, une forme d’incertitude profonde saisit ensemble des acteurs européens », souligne eurodéputé français Arnaud Danjean, un spécialiste des questions de défense.

« Il ne s’agit pas seulement de doutes sur la fiabilité des engagements américains au sein de Alliance, mais également des orientations d’une politique étrangère américaine erratique, pouvant, par isolationnisme comme par aventurisme, heurter plus ou moins directement les intérêts de sécurité européens », analyse-t-il.

En outre, pour Pierre Vimont, un ancien numéro deux de la diplomatie européenne, la première grande rencontre bilatérale Trump-Poutine, quelques jours plus tard, est « beaucoup plus importante » pour le président américain que le sommet de Otan.

« Il va vouloir obtenir quelque chose de sa rencontre avec le président russe, une percée sur le dossier ukrainien, bloqué malgré les efforts déployés par la France et Allemagne », estime le diplomate français, chercheur associé au centre de réflexion Carnegie Europe.

En restant récemment évasif sur la question de la Crimée, annexée par la Russie en 2014, Donald Trump « a envoyé un message à Poutine », relève Thomas Carothers, vice-président de la Fondation Carnegie.

« L’objectif de Poutine est la division entre les Etats-Unis et les Européens et les divisions entre les Européens. Il va se délecter pendant le sommet de Otan », pronostique cet expert américain.

– Hantise de la division –

L’étalage des divisions est la hantise de Jens Stoltenberg.

Le chef de Otan ne peut nier les sérieuses divergences opposant les Etats-Unis aux autres membres de Alliance. Mais il veut croire qu’elles seront tues pendant le sommet.

Pourtant, imprévisibilité du président américain alimente toutes les hypothèses.

« Il pourrait faire annuler exercice +Trident Juncture+ prévu pour automne en Norvège et annoncé comme le plus important jamais réalisé par Otan depuis la fin de la Guerre froide au motif que cela pourrait être considéré comme une menace par la Russie et que cela va coûter très cher aux contribuables américains », raisonne ainsi Ian Bond, un expert de la Russie au groupe de réflexion Centre for European Reform (CER).

Au-delà, les doutes entretenus par Donald Trump sur sa volonté réelle de faire intervenir automatiquement les Etats-Unis en cas d’attaque contre un de leurs alliés, comme le stipule

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