Mort de Naomi. Le paracétamol, un médicament courant mais dangereux

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par Nouvel Ordre Mondial 27 Vues comments

(Claude Prigent)
« Le paracétamol, c’est la meilleure et la pire des choses. C’est un médicament anodin, très bien toléré dans 99,999 % des cas, mais qui devient une arme extrêmement dangereuse quand il est utilisé en dehors des clous », explique François Chast, pharmacologue.« C’est comme un couteau de cuisine : c’est un outil efficace et sans danger quand on le tient par le manche, mais si on est maladroit, on peut se couper », ajoute-t-il.

Doliprane, Dafalgan, Efferalgan… De nombreux médicaments à base de paracétamol sont vendus sans ordonnance et couramment utilisés contre les douleurs et les fièvres. Mais à doses trop élevées, cette substance peut s’attaquer au foie.La mort de Naomi Musenga, décédée le 29 décembre à 22 ans après avoir été raillée au téléphone par une opératrice du Samu de Strasbourg, est « la conséquence d’une intoxication au paracétamol absorbé par automédication sur plusieurs jours », a indiqué, ce mercredi, Yolande Renzi, procureur de la République. « La destruction évolutive des cellules de son foie a généré une défaillance de l’ensemble de ses organes conduisant rapidement à son décès », a-t-elle ajouté. Des conclusions contestées par la famille : « Je ne crois pas que la prise de paracétamol soit la cause qui a précipité le décès de ma fille », qui était « bien informée sur la manière de prendre ce médicament », a réagi le père de la jeune femme.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, « une dose unique de 10 à 15 g suffit à provoquer une nécrose hépatique pouvant être mortelle ». C’est pourquoi, le paracétamol est souvent utilisé dans les suicides. La dose maximale est 3 g par 24 heures, en espaçant les prises. « Quand on prend 4 g par jour pendant plusieurs jours, en particulier si on consomme de l’alcool en même temps, c’est de nature à provoquer une hépatite médicamenteuse dite fulminante, c’est-à-dire radicale rapidement », souligne le Pr Chast. Il s’agit d’une urgence, qui nécessite l’administration d’une molécule appelée N-acétylcystéine. Faute de traitement rapide, cette affection du foie peut être fatale.Une surdose provoque d’abord des « signes discrets d’irritation gastro-intestinale », selon l’OMS. « Deux jours plus tard, ils sont généralement suivis d’anorexie, de nausées, de malaise, de douleurs abdominales, puis de signes progressifs d’insuffisance hépatique et, finalement, de coma hépatique ». « Chaque année en France, près d’une centaine de transplantations hépatiques (sur environ 1 200 au total, NDLR) sont liées à une intoxication au paracétamol », déplore le Pr Chast. « C’est une proportion considérable, tout ça pour un mésusage d’un médicament réputé anodin ».

Il y a un problème d’information pour lequel je me bats depuis 40 ans

Et même si on est vigilant, on peut parfois dépasser la dose maximale sans le savoir. « Il existe 200 médicaments qui contiennent du paracétamol, je suis spécialiste des médicaments depuis 50 ans et je suis incapable de tous les citer », lance le Pr Jean-Paul Giroud. « Si vous en prenez deux, par exemple l’un prescrit par un médecin et l’autre en automédication, vous pouvez vous retrouver à des doses supérieures à 4 g par jour ».Le Pr Giroud plaide pour une meilleure information du grand public sur les dangers potentiels du paracétamol : « Il y a un problème d’information pour lequel je me bats depuis 40 ans, mais on ne peut pas dire que les pouvoirs publics s’en saisissent. C’est à eux d’insister là-dessus ».

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