Migrants : Matteo Salvini traque les navires des ONG dans les ports italiens

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 44 Vues comments

Les migrants pris en charge par l’« Aquarius », le navire de SOS Méditerranée, et de deux garde-côtes italiens devraient arriver à Valence vendredi 15 juin.

Trois navires transportant 629 migrants faisaient route mercredi 13 juin, côte à côte, vers le port espagnol de Valence qu’ils devraient toucher deux jours plus tard. Le premier est l’Aquarius. Ce bâtiment de l’ONG SOS Méditerranée a secouru ces naufragés au large de la Libye. Les deux autres navires appartiennent aux garde-côtes de la marine italienne. Ils ont pris le 12 juin chacun 250 de ces personnes à leur bord dans une opération de transbordement depuis l’Aquarius qui en conservait ainsi un peu plus d’une centaine.

Depuis 2016, l’Aquarius a sauvé 29 318 personnes

Ces migrants, dont sept femmes enceintes et onze enfants en bas âge, peuvent ainsi affronter la traversée dans de meilleures conditions. Ils ont déclaré à l’ONG être de 26 nationalités différentes, Soudanais pour un quart d’entre eux. À Valence, ils seront accueillis dans l’ancienne base navale, qui a été choisie pour la Coupe de l’America en 2007. Soixante-dix personnes de la Croix-Rouge leur porteront assistance.

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Cette odyssée en Méditerranée a été motivée par le refus de l’Italie d’ouvrir ses ports à l’Aquarius. « Le ministre de l’intérieur, Matteo Salvini, ne veut plus voir de navires humanitaires dans les ports italiens », résumait le 13 juin Fabienne Lassalle, de SOS Méditerranée. L’ONG a commencé à opérer avec l’Aquarius en février 2016. Depuis, la trentaine de personnes à son bord, dont une équipe médicale d’une dizaine de membres de Médecins sans frontières (MSF), a secouru 29 318 personnes. L’équipage est composé d’Européens et d’Américains, souvent marins pompiers. Ils touchent une rémunération et restent à bord de six à neuf semaines.

Un sauvetage en mer très réglementé

Les quelques bateaux des ONG qui se sont fixé la tâche d’empêcher les morts en Méditerranée ne représentent que 20 % des sauvetages en mer. Le reste est assuré par des navires marchands, des bâtiments des forces navales des pays européens ou de l’organisation Frontex.

Ces bateaux sont alertés au préalable par le MRCC (Maritime rescue coordination center), basé à Rome. Il reçoit les appels de détresse des naufragés et coordonne les secours en alertant le navire qui croise le plus près du lieu de l’embarcation en difficulté. Il lui indique alors le port où il pourra débarquer les rescapés.

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« Le sauvetage en mer est réglementé depuis très longtemps. Le MRCC fonctionne pour les risques en mer comme une caserne de pompiers pour les risques à terre. Il n’est pas envisageable qu’il ne porte pas secours », explique Fabienne Lassalle. Elle souligne que les navires marchands ne sont ni préparés, ni équipés pour accueillir des naufragés à leur bord.

900 migrants accueillis à Catane

Le nouveau gouvernement italien ne remet pas en cause l’activité du MRCC. Le 13 juin, le port sicilien de Catane a reçu 900 migrants transportés par le Diciotti, un garde-côtes italien, qui a récupéré ces migrants, en majorité érythréens, au large des côtes de la Libye.

Le 9 juin, l’Aquarius croisait dans les eaux internationales également au large de la Libye. Il a reçu un appel du MRCC pour porter secours à deux embarcations. Le bateau a recueilli, en pleine nuit, 229 personnes, dont une cinquantaine qui était déjà à l’eau après le naufrage de leur barque. La marine italienne a ensuite transbordé, sur l’Aquarius, 400 rescapés qu’elle avait récupérés. Ce sont ces gens qui, aujourd’hui, se dirigent vers Valence.

L’Aquarius entend poursuivre ses opérations

Matteo Salvini a confirmé que les autres ONG opérant au large de la Libye seraient traitées de la même manière que l’Aquarius. Autrement dit, que les ports italiens leur seraient interdits. Ils ne sont plus que trois bateaux d’ONG à assurer des opérations de sauvetage au large de la Libye. L’Aquarius est le bâtiment le plus important. Depuis un an, l’administration italienne s’emploie à mettre des entraves à leur activité.

« Il a fallu se battre pour que soit retiré du nouveau code de conduite l’interdiction de transbordement et la présence de personnel armé à bord de nos navires », souligne Fabienne Lassalle. Malgré ces entraves, SOS Méditerranée a dit vouloir poursuivre ses opérations, dès que l’Aquarius serait de retour d’Espagne. L’ONG a révélé que lors d’un naufrage survenu mardi 12 juin, malgré le secours de l’ONG allemande Sea-Watch et d’un bateau américain, seuls 41 naufragés ont été secourus, au moins 12 personnes sont mortes.

Pierre Cochez

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