L’intervention du cardinal Baldisseri lors de l’ouverture des travaux du Synode 2018 sur les jeunes

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 9 Vues comments

Texte original italien dans l’Osservatore Romano du 5 octobre 2018 (*)

Le 3 octobre 2018 a débuté au Vatican la première Congrégation générale de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, sur le thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Après la prière de l’Assemblée et l’intervention du pape François, le cardinal Lorenzo Baldisseri, secrétaire général du Synode des évêques, a prononcé le rapport d’ouverture. En saluant les membres et participants du Synode 2018, il a souligné « l’importance capitale » que revêtait le sujet abordé – celui de la jeunesse – « pour l’avenir de l’Église et de la société ». Le cardinal Baldisseri a également précisé que cette Assemblée synodale était la troisième convoquée par le pape François après les deux synodes, extraordinaire et ordinaire, consacrés à la famille. Soulignant les liens existants entre ces trois événements, il a tenu à relever l’attachement du pape François « au travail collégial et synodal » de l’Église. Dans la suite de son discours, le secrétaire général du Synode des évêques a mis en avant quatre clefs de lecture permettant d’entrer dans la Constitution apostolique Episcopalis communio, document couronnant un « long chemin de révision de l’institution notamment de la méthodologie synodale ». Première clef, celle de « la référence au concile Vatican II, “entrailles” qui ont généré le Synode des évêques… » ; deuxième clef, celle du « thème du renouvellement de l’Église » ; troisième clef, celle qui « consiste à considérer le Synode comme un organisme à l’intérieur d’une Église d’une dimension constitutive tout entière synodale » ; enfin dernière clef, « donnée par la dimension œcuménique ». Poursuivant son intervention, le cardinal Lorenzo Baldisseri a fait une présentation de cette XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques. Des participants, mais aussi de tout le travail de préparation : du questionnaire on-line proposé aux jeunes, du Séminaire international sur la condition des jeunes ou de la Réunion pré-synodale qui s’est tenue à Rome en présence du pape François… Enfin, il est intervenu assez longuement sur l’Instrumentum laboris du Synode 2018, document qui « réunit et résume tout le matériel parvenu de la consultation conduite par la Secrétairerie générale » et sur la méthodologie du Synode 2018.

La DC

Très Saint Père,
Chères éminences, béatitudes, excellences,
Chers frères et sœurs,

C’est avec joie et émotion que je prends la parole en ce début de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, qui a pour thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Au nom des Pères synodaux et des autres participants, je souhaite remercier très sincèrement le Saint-Père pour avoir voulu confier au Synode la réflexion sur un thème aussi important et transversal, qui concerne tous ceux qui se trouvent au cœur de l’Église et qui représente un immense espoir pour le présent mais aussi pour l’avenir de l’humanité. En effet, selon les mots du bienheureux Paul VI à l’occasion de la clôture du concile Vatican II, l’Église « vient de travailler à rajeunir son visage, pour mieux répondre au dessein de son Fondateur, le grand Vivant, le Christ éternellement jeune. Et au terme de cette imposante “révision de vie”, elle se tourne vers vous. C’est pour vous, les jeunes, pour vous surtout, qu’elle vient, par son Concile, d’allumer une lumière : lumière qui éclaire l’avenir, votre avenir » (1).

Ces paroles sont encore valables aujourd’hui comme le montre le fait que Votre Sainteté les rappelait dans son Discours inaugural de la réunion pré-synodale qui s’est tenue en mars dernier. Vous disiez alors : « Il me vient à l’esprit le splendide message aux jeunes du concile Vatican II. C’est, aujourd’hui encore, un stimulant pour lutter contre tout égoïsme et construire courageusement un monde meilleur. C’est une invitation à chercher de nouveaux chemins et à les parcourir avec audace et confiance, en gardant le regard fixé sur Jésus et en s’ouvrant à l’Esprit Saint pour rajeunir le visage même de l’Église. Parce que c’est en Jésus et dans l’Esprit que l’Église trouve la force de toujours se renouveler, accomplissant une révision de vie sur sa manière d’être, demandant pardon pour ses fragilités et ses défauts, sans économiser ses énergies pour se mettre au service de tous, avec pour seule intention d’être fidèle à la mission que le Seigneur lui a confiée : vivre et annoncer l’Évangile » (2).

Ainsi, cette assise synodale, qui entre aujourd’hui dans sa phase de célébration, est un véritable défi pour tout le Peuple de Dieu, pasteurs et troupeau, ainsi que pour tous les jeunes du monde, afin de construire la civilisation de l’amour tant désirée. Il convient de rappeler ce que le Saint-Père a affirmé, depuis le début du chemin synodal « l’Église veut se mettre à l’écoute de la voix, de la sensibilité, de la foi et aussi des doutes et des critiques des jeunes » (3). Par conséquent, non seulement nous devons écouter avant tout les jeunes, mais aussi – et c’est pour cela que nous sommes ici réunis ! – répondre avec un cœur de pasteurs à leurs défis en apportant des propositions appropriées et de bons conseils au Saint-Père.

Je désire adresser un salut déférent aux membres et aux autres participants à cette XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques, venus de toutes les Églises particulières pour aborder ce sujet d’une importance capitale pour l’avenir de l’Église et de la société. Comme vous le savez, c’est la troisième Assemblée synodale convoquée par le pape François. En effet, la première était la IIIe Assemblée générale extraordinaire, la seconde, la XIVe Assemblée générale ordinaire, toutes deux sur le thème de la famille.

À ces deux Assemblées a fait suite la publication de l’Exhortation apostolique post-synodale Amoris Lætitia (a), qui a largement eu recours aux résultats des travaux synodaux, tout en les projetant vers d’autres horizons. En effet, les documents conclusifs des deux Assemblées synodales ont été la base fondamentale du document pontifical : Relatio synodi 2014 (b) a été cité 52 fois, tandis que Relatio finalis 2015 (c) a été cité 84 fois, c’est-à-dire au total 136 citations. Le Saint-Père a montré ainsi qu’il attribuait une importance particulière au travail collégial et synodal, en l’accueillant et en l’intégrant.

Amoris lætitia a incontestablement représenté un point de référence obligé pour le renouvellement de la pastorale matrimoniale et familiale, que plusieurs Conférences épiscopales ont évoqué, comme également beaucoup de diocèses et paroisses. On peut retrouver le cœur de ce renouvellement dans le chapitre IV, où le Saint-Père, en appliquant l’Hymne de la charité de Saint Paul à la vie matrimoniale, présente les caractéristiques d’un amour mûr, qui trouve en Christ sa plus haute expression.

De tout aussi grande importance est le chapitre VII, consacré à l’éducation des enfants. Il fournit des suggestions très intéressantes qui peuvent également éclairer diverses thématiques que nous aborderons dans cette XVe Assemblée générale ordinaire, qui est précisément la troisième du pontificat du pape François, dédiée au thème « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Il est clair que ces Assemblées synodales sont reliées par un fil conducteur qui est le renouvellement de l’Église et de la société à partir des groupes les plus importants, c’est-à-dire la famille et les jeunes.

A – La constitution apostolique Episcopalis communio

Avant d’entrer dans le plein déroulement de cette Assemblée générale ordinaire, nous devons évoquer un événement d’une très grande ampleur historique pour l’institution synodale et pour toute l’Église. Je veux parler de la constitution apostolique Episcopalis communio qui vient d’être promulguée par le Souverain Pontife.

Depuis le début de ce pontificat, la Secrétairerie générale du Synode des évêques, par la volonté expresse du pape François, a entrepris un long chemin de révision de l’institution notamment de la méthodologie synodale. Ce processus de révision a été couronné par la promulgation de ladite constitution apostolique. Je remercie le Saint-Père pour ce document important de son magistère pontifical, rendu public dans la conférence de presse du 17 septembre 2018.

Le texte de la Constitution apostolique est articulé en deux grandes sections : une section doctrinale, composée de dix paragraphes, et une section disciplinaire, composée de vingt-sept articles. Il peut y avoir quatre clefs de lecture de ce document.

• La première est la référence au concile Vatican II, « entrailles » qui ont généré le Synode des évêques, dont le rappel à la dernière assise œcuménique est l’occasion pour reprendre et approfondir de la part du pape certains nœuds théologiques cruciaux du Concile, en particulier dans le domaine ecclésiologique.

• La deuxième clef de lecture se rapporte au thème du renouvellement de l’Église. Le pape François, en se tournant vers le concile Vatican II, veut inaugurer – comme on peut le lire dans l’Exhortation apostolique Evangelii gaudium (d) – « une nouvelle étape évangélisatrice » (EG, n. 1), en mettant l’Église « dans toutes les régions de la terre dans un “état permanent de mission” » (EG, n. 25).

• La troisième clef de lecture du document consiste à considérer le Synode comme un organisme à l’intérieur d’une Église d’une dimension constitutive toute entière synodale, comme le Saint-Père l’a proposé dans son Discours pour le 50e anniversaire du Synode des évêques (e).

• La quatrième et dernière clef de lecture est donnée par la dimension œcuménique (cf. Episcopalis communio, n.10), qui s’inspire du discours du Saint-Père, mentionné ci-dessus, dans lequel était réaffirmé que « l’engagement pour édifier une Église synodale (…) est plein d’implications œcuméniques ».

La section disciplinaire, est articulée en cinq titres, au total vingt-sept articles. La structure de cette section met en évidence une nouveauté fondamentale de la constitution, celle qui prévoit la phase préparatoire et celle de mise en œuvre intégrées durablement sur le chemin synodal, transformant le Synode d’« événement ponctuel » à « processus qui se déroule dans le temps ».
Dans ce processus, la phase préparatoire revêt effectivement un rôle particulier. Les activités, les initiatives peuvent être multiples et variées. La constitution prévoit, par ailleurs, la possibilité de convoquer une réunion pré-synodale (art. 8), sur le modèle de celle célébrée au cours du mois de mars dernier, en tant qu’instrument d’élargissement de l’écoute directe du Peuple de Dieu.

La phase de mise en œuvre est aussi très importante. Les conclusions des Assemblées synodales, reçues par le pape, qui pourra en tenir compte pour l’exhortation post-synodale, demeurent une référence nécessaire. Le Dicastère de la Curie Romaine compétent sur le thème travaillera en harmonie avec le Synode pour la phase de la mise en œuvre.

La phase de célébration reste indiscutablement le moment central et fondamental du chemin synodal. Il faut noter que la constitution apostolique prévoit la possibilité de célébrer, après jugement du Souverain Pontife, les Assemblées du Synode en plusieurs périodes distinctes entre elles.

Deux autres documents font suite à la constitution apostolique : l’« Instruction sur la célébration des Assemblées synodales et sur l’activité de la Secrétairerie générale du Synode des évêques » et un Règlement spécifique sur le déroulement des travaux synodaux. L’Instruction est entrée en vigueur le 1er octobre 2018, date de sa publication. Le Règlement, établi pour cette Assemblée générale ordinaire dans différentes versions linguistiques à ce Synode. Celui-ci remplace le Vademecum.

B – La XVe Assemblée générale ordinaire

1. Les participants de l’Assemblée synodale

Selon la procédure synodale, confirmée et mise à jour par la constitution apostolique Episcopalis communio, participent à l’Assemblée générale ordinaire les chefs des Églises orientales catholiques sui iuris, les évêques élus par les Synodes des évêques et par les Conseils des hiérarques des Églises orientales catholiques, les évêques élus par les Conférences épiscopales, dix religieux élus par l’Union des supérieurs généraux et les chefs des Dicastères de la Curie Romaine (4). S’ajoutent à ceux-là plusieurs membres nommés par le Saint-Père (5).
Ainsi, globalement, prennent part à cette Assemblée 267 Pères synodaux : trente-deux ex officio (quinze patriarches, archevêques majeurs et métropolites des Églises métropolitaines sui iuris des Églises orientales catholiques ; seize chefs des Dicastères de la Curie Romaine ; le Secrétaire général et le Sous-secrétaire du Synode des évêques, quinze membres du XIVe Conseil ordinaire), 182 élus par les Conférences épiscopales [166], par les Églises orientales [six] et par l’Union des supérieurs généraux [dix]) et 41 membres ex nominatione pontificia.

Parmi les membres, on compte 51 cardinaux (dont deux patriarches et trois archevêques majeurs), six patriarches, un archevêque majeur, quarante-cinq archevêques, 102 évêques résidentiels, trente-sept auxiliaires, six vicaires apostoliques et un évêque prélat), dix religieux comme représentants de l’Union des supérieurs généraux et dix membres non investis par l’ordre épiscopal entre diocésains et religieux.

Notre Assemblée est étendue et composite, c’est une fresque admirable de la catholicité de l’Église, où se reflètent les sensibilités et résonnent les voix des différents continents et milieux culturels. En effet, cette Assise synodale est une manifestation particulière de l’unité de l’Église catholique qui agit cum Petro e sub Petro, le disciple choisi par le Maître pour « affermir » ses frères dans l’unique foi (cf. Lc 22, 32).

Je saisis cette occasion pour saluer cordialement les huit délégués fraternels, représentants d’autres Églises et Communautés ecclésiales, et un invité particulier, dont la présence ravive en nous la volonté de travailler ensemble pour atteindre la pleine unité visible de l’Église du Christ, dans la certitude que sur un thème aussi significatif que celui des jeunes, tous les chrétiens sont appelés à trouver et à parcourir un chemin commun, afin que leur témoignage unanime soit crédible aux yeux du monde.

Un remerciement, en outre, aux vingt-trois experts, désignés en vertu de leurs compétences pour contribuer aux travaux synodaux en qualité de collaborateurs des secrétaires spéciaux, et aux quarante-neuf auditeurs et auditrices, qui proviennent eux aussi de toutes les parties du monde. Parmi eux, figurent non seulement des spécialistes et des opérateurs de la pastorale juvénile, mais surtout se dégage la présence de trente-quatre jeunes de diverses cultures et de régions géographiques qui font entendre la voix des institutions des Églises locales.

Enfin, je tiens à remercier tout particulièrement les assistants, les traducteurs, le personnel technique, mais aussi les consulteurs, les officiels et les collaborateurs de la Secrétairerie générale du Synode des évêques, qui – grâce aussi à la coordination compétente du Sous-secrétaire, Son Éminence Mgr Fabio Fabene – ont travaillé avec diligence lors de la préparation de l’Assemblée et seront encore appelés, pendant toute sa durée, à fournir un travail constant et généreux.

2. La préparation de l’Assemblée synodale

La présente Assemblée synodale se place au terme d’un long chemin, qui a commencé avec la décision du Saint-Père, le 6 octobre 2016, de convoquer la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques sur le thème : « Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ». Le but de cette Assemblée synodale a bien été défini par le Souverain Pontife avec les paroles suivantes : « accompagner les jeunes dans leur chemin existentiel vers la maturité de sorte que, à travers un processus de discernement, ils puissent découvrir leur projet de vie et le réaliser dans la joie, l’ouverture de la rencontre avec Dieu et avec les hommes, et participer activement à l’édification de l’Église et de la société ».

À partir de cette convocation, la Secrétairerie générale avec le XIVe Conseil ordinaire et un groupe d’experts a entamé le processus de la préparation avec l’élaboration du Document préparatoire, texte qui a fait l’objet d’une discussion et a été approuvé lors de la seconde Réunion du Conseil ordinaire les 21 et 22 novembre 2016. Ce Document a été publié le 13 janvier 2017 (f) en même temps qu’une Lettre pour les jeunes de la part du pape François (g), dans laquelle il invitait tous les jeunes à ne pas avoir peur et à « écouter l’Esprit qui (…) suggère des choix audacieux », à ne pas hésiter « quand la conscience (…) exige de risquer pour suivre le Maître », parce que l’Église souhaite se mettre à l’écoute de la voix, de la sensibilité, de la foi des jeunes, mais aussi de leurs doutes et de leurs critiques. Et il les exhortait : « Faites entendre votre cri, laissez-le résonner dans les communautés et faites-le arriver aux pasteurs ».

Et nous voici ici, venus des cinq continents, pour écouter la voix des jeunes et leur répondre avec un cœur de pasteurs ! La première écoute de la voix des jeunes s’est produite à travers la consultation entreprise à grande échelle avec le questionnaire figurant dans le Document préparatoire, envoyé aux Conférences épiscopales, aux Églises Orientales et aux autres ayant droit. À cette première écoute se sont ajoutés trois autres moments importants que la Secrétairerie générale a organisés : un questionnaire on-line, le Séminaire international sur la condition des jeunes, la Réunion pré-synodale avec la participation de jeunes venus du monde entier.

a) Le questionnaire on-line

Il s’agit d’un espace important pour l’écoute des jeunes à travers le site internet « www.synod2018.va », qui a été ouvert le 14 juin 2017, afin d’impliquer les jeunes du monde entier sur le chemin synodal et de leur montrer qu’ils en sont en quelque sorte les protagonistes. Sur le site, un Questionnaire on-line ad hoc a été inséré, différent de celui du Document préparatoire, avec des questions plus adaptées à leur situation existentielle, à leurs difficultés et à leurs souhaits. Il a été accueilli favorablement par les jeunes. Beaucoup parmi eux ont jugé l’initiative « intéressante », « utile », « très belle », « géniale », « une merveilleuse opportunité » (ce sont les mots qu’ils ont utilisés…).

Pour communiquer davantage avec eux, trois profils Facebook, Twitter, Instagram ont été ouverts sous le nom « Synod2018 », afin de pouvoir entrer directement dans le monde des jeunes. Cette initiative informatique a été une expérience couronnée de succès, qui permet de pouvoir l’utiliser sous diverses formes, – la confidentialité étant préservée – également lors des prochains travaux synodaux.

Le site internet, dont je viens de parler, reste encore ouvert, alors que le questionnaire on-line a été fermé à la fin du mois de décembre 2017. En six mois, j’ai eu environ 221 000 contacts. Globalement, ce sont 100 500 jeunes qui ont répondu à toutes les questions proposées : 58 000 filles et 42 500 garçons. Il en ressort que presque 51 000 participants, correspondant à 50,6 % des questionnaires complétés, sont des jeunes d’âge compris entre 16 et 19 ans, ce qui montre clairement que précisément les plus jeunes ont été sensibilisés par cette initiative. Il faut toutefois noter comme un fait très significatif que le pays qui a fait parvenir le plus grand nombre de réponses au questionnaire est l’Ouganda, avec plus de 16 000 réponses complètes.

b) Séminaire international sur la condition des jeunes

En septembre 2017, un Séminaire international s’est tenu sur la condition des jeunes, auquel ont participé environ cinquante experts et une vingtaine de jeunes provenant de tous les Continents. Le Séminaire a eu non seulement une dimension internationale, avec des contributions qui ont reflété la situation de diverses régions géographiques, mais il a également revêtu un caractère multidisciplinaire, dans la mesure où divers secteurs disciplinaires, qui ont rarement l’opportunité d’entrer en contact, ont participé à la réflexion. La participation des jeunes a été particulièrement fructueuse. Ils ont contribué avec créativité et originalité aux travaux du Séminaire.

L’importance de se mettre à l’écoute des jeunes a été clairement soulignée par le pape François dans son homélie de la veillée de prières en préparation à la Journée mondiale de la jeunesse de cette année, célébrée dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure : « Un Synode dont aucun jeune ne doit se sentir exclu ! (…) Le Synode est un Synode pour et de tous les jeunes ! Les jeunes en sont les protagonistes. (…) Chaque jeune a quelque chose à dire aux prêtres, aux sœurs, aux évêques et au pape. Tous nous avons besoin de vous écouter ! »

Les thèmes développés lors du Séminaire ont concerné les jeunes et l’identité, les jeunes et l’orientation, les jeunes et l’altérité, les jeunes et la technologie, les jeunes et la transcendance. Les Actes de ce Séminaire ont été publiés par la Secrétairerie générale et sont à la disposition de tous les Pères synodaux ainsi que des participants à cette Assemblée synodale.

c) La Réunion pré-synodale

Du 19 au 24 mars dernier, une Réunion pré-synodale s’est tenue à Rome, à laquelle ont participé plus de trois cents garçons et filles, accompagnés d’experts, d’éducateurs et de formateurs. La moitié des jeunes participants environ a été choisie par les Synodes des Églises catholiques orientales et par les Conférences épiscopales. L’autre partie était constituée de jeunes garçons et filles provenant des séminaires et des maisons de formation à la vie religieuse ; de membres d’associations, de mouvements et de nouvelles communautés ecclésiales ; de représentants des écoles et des Universités catholiques. Ont également été invités des jeunes provenant du monde de l’art (musique, danse, littérature, théâtre) et des professionnels (journalisme, recherche, informatique), de la politique, de l’économie, du service militaire, du sport, du bénévolat, de handicap, du trafic d’êtres humains, etc. Enfin, quelques jeunes représentant d’autres confessions chrétiennes, d’autres religions ainsi que des non-croyants ont également participé.

Au-delà des jeunes présents physiquement ici, à Rome, quelque 15 000 jeunes ont pu participer à distance, connectés à travers six pages Facebook, une pour chacune des principales langues. Ils ont ainsi pu faire parvenir en temps réel leurs opinions sur les thèmes qui étaient débattus par les jeunes du même âge présents à Rome.

La Réunion a abouti sur un texte très riche, qui a été approuvé par les jeunes participants le samedi 24 mars et remis ensuite au Saint-Père le lendemain, à l’occasion de la célébration eucharistique du Dimanche des Rameaux, où était célébrée la XXXIIIe Journée mondiale de la jeunesse.

Les jeunes, parlant à la première personne, se définissent dans le texte the young Church, la jeune Église. En effet, il existe, de leur propre aveu, une Église des jeunes, qui n’est pas « en face » ou « en opposition » à une Église des adultes, mais « à l’intérieur » de l’unique Église comme le levain l’est dans la pâte. Le document est d’une grande utilité pour comprendre que les jeunes sont l’élément vital de l’Église et pas de simples interlocuteurs d’une institution qui leur est étrangère.

En définitive, les jeunes réclament une Église « extravertie », engagée dans le dialogue avec la modernité qui progresse, notamment avec le monde des nouvelles technologies, dont il faut reconnaître les atouts et définir une utilisation correcte. Les jeunes souhaitent être les protagonistes du renouvellement ecclésial en cours : ils veulent contribuer à bâtir avec les pasteurs et les adultes une Église plus évangélique, plus courageuse, plus participative et plus missionnaire. Le rapport final de la Réunion pré-synodale est une expression profonde de la voix des jeunes qui représente une des sources les plus importantes de la consultation.

d) L’Instrumentum laboris

Ce document a été préparé par la Secrétairerie générale et son Conseil ordinaire, avec la collaboration d’experts qualifiés sur le thème du synode. Celui-ci a été rendu public durant la conférence de presse du 19 juin dernier.

Le document Instrumentum laboris (h) réunit et résume tout le matériel parvenu de la consultation conduite par la Secrétairerie générale. Pour y parvenir, la Secrétairerie générale s’est assurée de la collaboration d’un groupe d’experts pour la lecture et la synthèse du matériel obtenu de la consultation, qui a été reçu en six langues : anglais, français, espagnol, italien, portugais et allemand.

Cinq ont été les sources utilisées pour l’élaboration de l’Instrumentum laboris. La première et fondamentale résulte des réponses au questionnaire final du Document préparatoire. Les réponses sont arrivées globalement de six Synodes des évêques des Églises orientales (40 %) et de 78 Conférences épiscopales (68,4 %). Ce chiffre, qui ne s’écarte pas de la moyenne des consultations effectuées par les Synodes précédents, correspond environ aux deux tiers des organismes interrogés. S’ajoutent ensuite à ces réponses celles parvenues de six Dicastères de la Curie Romaine, de l’Union des supérieurs généraux et aussi des deux Réunions internationales de Conférences épiscopales.

La seconde, la troisième et la quatrième source sont représentées respectivement : par les résultats du questionnaire online proposé aux jeunes ; par les conclusions du Séminaire international sur la condition des jeunes ; et par la Réunion pré-synodale. À cela, il convient d’ajouter, en outre, une cinquième source représentée par les contributions libres sur le Document préparatoire de la part de particuliers et d’organismes ecclésiaux.

À partir de ces sources-là, la Secrétairerie générale aidée d’experts qualifiés a préparé un texte qui a été débattu, modifié et approuvé lors de la quatrième réunion du Conseil ordinaire, qui s’est tenu du 7 au 8 mai de cette année.

Le texte, assez approfondi et structuré – je me permets de le souligner – a été élaboré en suivant la « méthode du discernement », ce processus que le pape François présente dans Evangelii gaudium n. 51 (i), avec trois verbes : reconnaître, interpréter, choisir.

Son Éminence le Rapporteur général en parlera longuement dans son Rapport.

3. La méthodologie synodale

Ce matin, avec la solennelle célébration eucharistique présidée par le Saint-Père, Place Saint – Pierre, a débuté la seconde étape du chemin synodal : la XVe Assemblée ordinaire du Synode des évêques. Durant les 25 jours des travaux qui s’ouvrent aujourd’hui devant nous, l’Instrumentum laboris constitue non seulement le point de départ de la réflexion et du débat, mais aussi le texte de base pour l’élaboration du Document final, qui, au terme des travaux, accueillera les résultats atteints par cette Assise synodale.

Ce que nous nous apprêtons à vivre devient le point culminant d’un long chemin, qui tiendra compte du précieux patrimoine d’idées et de réflexions jusqu’ici exprimées, afin de les approfondir pour atteindre les objectifs de cette Assemblée synodale, parmi lesquels celui de rendre toute l’Église plus consciente de son devoir d’accompagner chaque jeune vers la joie de l’amour, que Jésus offre aux générations futures ; celui de développer le concept traditionnel de vocation afin de faciliter la compréhension de sa formulation, utilisée par le Document préparatoire, « pastorale juvénile et vocationnelle » ; et enfin, celui du dynamisme juvénile de l’Église renouvelé, que le Synode entend favoriser en lien avec ce « renouveau ecclésial qu’on ne peut différer » dont le pape François parle d’un point de vue constitutif dans Evangelii gaudium (n. 27) (j).

Sur la base de ce qui précède, je souhaite maintenant expliquer brièvement les modalités selon lesquelles les travaux se dérouleront, vous renvoyant pour de plus amples précisions au Règlement remis à tous les Pères synodaux ainsi qu’aux autres participants à l’Assemblée, qui comprend également le calendrier des travaux. Rédigé par la Secrétairerie générale sur la base de l’Instruction, le Règlement contient des informations complètes et détaillées sur la procédure des activités des assemblées, c’est pourquoi il s’agit d’un outil indispensable pour suivre les travaux.

Durant la première Congrégation générale, l’Instrumentum laboris sera présenté dans ses grandes lignes générales avec le témoignage d’un jeune auditeur. Après la présentation, les interventions des Pères synodaux sur la première partie dudit document débuteront en assemblée, suivant l’ordre de la présentation des demandes qui seront parvenues par le biais du formulaire petitio loquendi envoyé en temps opportun. Chaque Père synodal a la possibilité de parler une seule fois au cours de l’Assemblée, en choisissant la partie et le numéro du paragraphe de l’Instrumentum laboris qu’il préfère. En outre, comme par le passé, certaines Congrégations générales prévoient des moments, de la durée d’une heure chacun, consacrés aux interventions libres des Pères. Le nombre de ceux ayant droit à la parole étant élevé (267 parmi les Pères, quarante-neuf auditeurs et huit délégués fraternels) et ayant donné davantage d’espace aux Circuli minores (12 sessions), chacun sera autorisé à s’adresser à l’Assemblée au maximum pendant quatre minutes, tandis que lors des Circuli il disposera de davantage de temps. Les travaux synodaux se dérouleront en trois unités de travail, en se conformant aux trois parties de l’Instrumentum laboris, texte de base.

Il y aura évidemment de la souplesse dans les temps et dans les façons de procéder selon l’intérêt et les demandes de parole des pères synodaux.

À la fin des interventions – réparties dans les trois unités de travail dont je viens de parler – on passera chaque fois aux cercles mineurs, divisés selon la langue, où on procédera à l’élaboration des moyens collectifs sur le texte de base (Instrumentum laboris), qui seront ensuite remis à la Secrétairerie générale le jour et l’heure fixés dans le calendrier. Par la suite, lors d’une Congrégation générale qui sera prévue spécialement, chaque cercle mineur présentera à l’assemblée par la voix de son rapporteur, une synthèse de ses propres travaux.

Les interventions des Pères synodaux, les moyens collectifs des cercles mineurs et les rapports des cercles seront réunis et résumés en un texte, qui représentera un développement complémentaire de l’Instrumentum laboris. Dans chaque « unité de travail » – qui correspond à chacune des trois parties de l’Instrumentum laboris – l’examen des moyens aura lieu sous la coordination du rapporteur général, qui fera appel à la collaboration des deux secrétaires spéciaux et de quelques experts.

Comme cela s’est produit lors des dernières Assemblées générales sur la famille, une Commission pour l’élaboration du Document final sera créée. Elle sera composée du Rapporteur général (qui la préside), du Secrétaire général, des secrétaires spéciaux et des huit Pères synodaux (cinq d’entre eux élus par l’Assemblée représentant chaque Continent, et trois nommés par le Saint-Père). Compte-tenu également de l’expérience acquise par le passé, la Commission aura pour mission de coordonner et de superviser l’élaboration des textes synodaux, tout au long des différentes phases des progrès accomplis jusqu’au Document final du Synode. En effet, au terme de chaque « unité de travail », une fois la réception des moyens présentés par les Circuli minores finalisée, par le Rapporteur général et les secrétaires spéciaux, la Commission se réunira pour procéder à la révision du texte de la section correspondante du Document final.

La troisième « unité de travail » achevée, la Commission se réunira à nouveau pour élaborer le projet du Document final, fruit du travail collégial, en partant de l’Instrumentum laboris, soutenu par l’apport constructif des interventions en assemblée des Pères synodaux, des moyens collectifs élaborés par les Circuli minores, des auditions des auditeurs et des délégués fraternels.

Dans la matinée du mercredi 24 octobre, ce projet sera présenté devant l’assemblée et remis aux Pères synodaux pour son appréciation. Au cours de la Congrégation générale de l’après-midi, les Pères pourront intervenir ultérieurement sur le projet, soit sous forme orale, soit en présentant par écrit leurs textes à la Secrétairerie générale. Étant donné que le projet du Document final sera le résultat de la composition de trois textes qui auront préalablement intégré les moyens collectifs des Circuli minores – dont les rapports auront été lus en assemblée et publiés –, d’ultérieures interventions devront être formulées dans le respect du travail collégial mené jusqu’alors.

Ensuite, ladite Commission supervisera l’élaboration du texte définitif du Document final, qui sera présenté dans la matinée du samedi 27 octobre en assemblée, et soumis dans l’après-midi au suffrage de l’Assemblée synodale. Conformément à la nature du Synode, le Document, fruit des travaux synodaux, sera enfin remis au Souverain Pontife, à qui revient toute décision en la matière (6).

Je souhaite encore ajouter que, s’agissant d’une Assemblée générale ordinaire, l’Instruction prévoit que durant les travaux on procède à l’élection du nouveau Conseil ordinaire de la Secrétairerie générale du Synode, le XVe, qui restera en fonction jusqu’à la prochaine Assemblée générale ordinaire. L’élection s’effectuera au cours de la Congrégation de l’après-midi du mardi 26 octobre, selon les règlements et les modalités, qui seront précisés si nécessaire.

Le pape François nous a rappelé plusieurs fois que « le Synode n’est pas un parlement », mais « c’est un espace protégé afin que l’Esprit Saint puisse œuvrer ». Ce qui se passe est « une confrontation entre évêques (…) après un long travail de préparation », qui se poursuivra « dans un autre travail, pour le bien des familles, de l’Église et de la société. C’est un processus, c’est le chemin synodal normal » (7). Ces paroles nous offrent de précieuses indications en ce qui concerne aussi l’information sur les activités du Synode.

Par conséquent, le service de diffusion médiatique des nouvelles correspondant aux travaux des assemblées, sera traité par le Dicastère pour la communication, présidé par son préfet, Monsieur Paolo Ruffini, qui, à son tour, sera le président de la Commission synodale pour l’information. De plus, la Commission sera composée de son secrétaire, le père Antonio Spadaro, du Secrétaire général et du sous-secrétaire du Synode des évêques, du directeur de la Salle de presse et de cinq membres élus parmi les Pères synodaux.

La principale source d’information sera représentée par les briefing quotidiens coordonnés par le préfet du Dicastère pour la communication : à ces rendez-vous participeront les Pères synodaux et les autres participants du Synode indiqués au fur et à mesure par la Commission pour l’information. Par ailleurs, à travers les réseaux sociaux (Twitter, Facebook et Instagram) de Vatican News et de la Secrétairerie générale du Synode des évêques, des informations sur l’évolution des travaux synodaux seront diffusées et partagées. Il est conseillé également d’utiliser l’hashtag #Synod2018 pour toutes les langues de manière à pouvoir avoir un panorama global des nouvelles sur le Synode.

Les Pères synodaux seront libres d’accorder des interviews hors de l’Assemblée synodale ainsi que de communiquer en général avec les médias selon leur gré et leur responsabilité, à titre bien évidemment personnel, tout en gardant la nécessaire confidentialité sur les débats en assemblée et dans les Circuli minores. Pour garantir la confidentialité requise au déroulement du Synode, lors des travaux, que ce soit en assemblée ou dans les cercles, les participants ne devront pas communiquer avec l’extérieur à travers les réseaux sociaux. Les rapports présentés par les Circuli seront publiés à chaque fois, tandis que les différentes étapes d’élaboration du Document final resteront confidentielles, compte tenu du fait que le texte est susceptible de modifications continuelles jusqu’à sa rédaction finale.

Conclusion

Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter à tous un excellent travail synodal au service de l’Église et des jeunes, en invoquant la protection de la Vierge Marie, jeune femme courageuse dès son premier « oui » dans l’Annonciation jusqu’aux pieds de la croix, Mère du disciple aimé qui espère aujourd’hui encore être accueillie comme Mère de la miséricorde par tant de jeunes dans le monde.

(*) Traduction française de Sophie Lafon d’Alessandro pour La DC. Titre et notes (a) à (j) de La DC.

(1) Pape Paul VI, Message aux jeunes, 8 décembre 1965 ; DC 1966, n. 1462, col. 58-60.

(2) Pape François, Discours à l’occasion de l’ouverture de la réunion pré-synodale, 19 mars 2018 ; DC 2018, n. 2531, p. 83-87.

(3) Pape François, Catéchèse à l’occasion de l’audience générale, 4 octobre 2017.

(4) cf. Pape François, Constitution apostolique Episcopalis communio, Art. 2 ; Instruction, Art 2.

(5) cf. Instruction, Art 6.

(6) cf. Pape François, Constitution apostolique Episcopalis communio, Art. 18 ; Instruction Art. 1 § 4° e 5°, Art. 35 § 5.

(7) Pape François, Audience générale, 10 décembre 2014.

(a) Pape François, Exhortation apostolique post-synodale sur l’amour dans la famille, Amoris laetitia ; DC 2016, n. 2523, p. 5-96.

(b) Rapport final du Synode extraordinaire des évêques sur la famille (18 octobre 2014) ; DC 2015, n. 2517, p. 63-76.

(c) Rapport final du Synode ordinaire des évêques sur la famille (24 octobre 2015) ; DC 2016, n. 2521, p. 31-70.

(d) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium ; DC 2014, n. 2513, p. 6-83.

(e) Pape François, Discours lors de la commémoration du 50e anniversaire de l’institution du synode des évêques (17 octobre 2015) ; DC 2016, n. 2521, p. 75-80.

(f) Lineamenta, document préparatoire pour le Synode des évêques de 2018 sur la jeunesse ; DC 2017, n. 2526, p. 53-71.

(g) Pape François, Lettre aux jeunes à l’occasion de la présentation du Document préparatoire de la XVe Assemblée générale ordinaire du Synode des évêques (13 janvier 2017) ; DC 2017, n. 2526, p. 72-73.

(h) Instrumentum laboris, Les jeunes, la foi et le discernement vocationnel ; DC 2018, n. 2532, p. 5-62.

(j) Ibid., p. 14.

(i) Pape François, Exhortation apostolique Evangelii gaudium ; DC 2014, n. 2513, p. 20.

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