L’Europe tétanisée par l’afflux de migrants

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 51 Vues comments

Les 629 migrants à bord de l’Aquarius sont en route vers l’Espagne, ce mardi 12 juin, après le refus de l’Italie et de Malte d’ouvrir leurs ports.

Mais, alors que l’Europe est restée silencieuse, la question de la prise en charge des migrants reste entière.

Les 629 migrants secourus par l’Aquarius depuis dimanche 10 juin, dont 123 mineurs non-accompagnés et 7 femmes enceintes, vont être acheminés au port de Valence (Espagne) après le feuilleton politique de lundi 11 juin.

L’Italie et son nouveau gouvernement de coalition constitué de la Ligue du Nord (extrême droite) et du Mouvement 5 étoiles (populiste antisystème) avaient interdit dimanche 10 juin l’accès de l’Aquarius à l’un de ses ports. S’en était suivi un bras de fer haletant entre l’Italie et Malte, qui refusaient tous deux d’accueillir le navire, avant que l’Espagne ne se propose lundi.

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En Italie, un sentiment d’abandon

Cet épisode révèle une fois de plus les dysfonctionnements du règlement de Dublin. En déléguant la responsabilité du traitement de la demande d’asile au pays d’entrée du migrant, ce règlement, revu en 2013, laisse les pays côtiers en première ligne, comme l’Italie et la Grèce, bien seuls.

En 2017, 119 310 migrants sont arrivés en Italie, soit 70 % du flux, selon l’Organisation internationale pour les migrations (IOM). Ce sentiment d’abandon italien explique en partie la percée des partis populistes et extrêmes, opposés à l’Union européenne et à l’accueil des demandeurs d’asile. Le gouvernement issu de ces partis se réserve à présent le droit de refuser de nouveaux migrants si l’Europe ne se décide pas à venir à l’aide de l’Italie.

« Ce n’est pas une surprise, mais l’aboutissement de faits connus », explique Antoine Laurent, responsable des opérations maritimes pour l’association SOS Méditerranée qui gère l’Aquarius. Avec l’augmentation du flux migratoire durant l’été, il n’est donc pas exclu que ce genre d’épisode se renouvelle.

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L’urgence d’un accord au niveau européen

« Les gouvernements européens doivent se réunir pour éviter qu’une telle situation ne se reproduise » avait tweeté le premier ministre maltais, Joseph Muscat, après l’incident. Les priorités seraient « d’alléger la pression qui pèse sur l’Italie et la Grèce » et de « développer l’agence Frontex et ses actions de sauvetage en mer », estime Claire Rodier, juriste au Groupe d’information et de soutien des immigrés (Gisti).

Boris Vallaud, porte-parole du Parti socialiste français, rejoint la juriste : « Il faut des accords de Paris de la migration qui s’emparent des sujets du développement, de l’accueil et des mobilités. »

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Des dirigeants complètement tétanisés

Pourtant, un accord européen sur la politique migratoire ne semble pas en vue, comme l’avait illustré le sommet des ministres de l’intérieur de l’UE, le 5 juin dernier. « L’Europe pourrait adopter une directive européenne, mais il n’y a pas de volonté politique », explique Catherine Wihtol de Wenden, directrice de recherche émérite au CNRS, alors que les chefs d’État européens se réuniront en sommet le 28 juin prochain.

« Les dirigeants sont tétanisés par les sondages ; la gestion migratoire est la première préoccupation des citoyens européens et les gouvernements n’osent pas agir, ajoute-t-elle, avant de conclure : L’épisode de l’Aquarius montre, comme en 2015, la faiblesse de l’Europe. »

L’UE est en effet restée silencieuse bien longtemps à propos du navire. Alors que le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (UNHCR) qualifiait la situation d’« impératif humanitaire urgent », la réaction des gouvernements s’est fait attendre.

En France, des réactions politiques contrastées

En France, la réponse est d’abord venue de Jean-Guy Talamoni, président de l’Assemblée de Corse. Lundi 11 juin au soir, il a jugé dans un tweet qu’il serait « naturel d’ouvrir un port corse pour porter secours à ces personnes en détresse ».

Saluée par une partie de la gauche, cette initiative a provoqué la colère d’Éric Ciotti. « L’Aquarius a une destination toute trouvée, il faut qu’il retourne vers les côtes libyennes » a lancé le député LR des Alpes Maritimes, avant d’appeler les autorités françaises à « une extrême fermeté ».

Le gouvernement français est sorti de son silence mardi matin. Le secrétaire d’État Benjamin Griveaux a affirmé sur CNews que la France avait « pris sa part » de migrants, provoquant un tollé auprès des députés, y compris LREM. 

Emmanuel Macron a ensuite braqué les projecteurs sur l’Italie, dénonçant son « cynisme » et son « irresponsabilité ». Devant l’Assemblée nationale, Édouard Philippe tentant d’éteindre la polémique, a affirmé que la France était « prête à aider » l’Espagne pour « accueillir » des migrants.

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L’Italie, première porte d’entrée maritime

D’après l’Organisation internationale pour les migrations, 33 400 migrants et réfugiés sont arrivés en Europe par la mer entre janvier et juin 2018, soit 55 % de moins que l’an passé. Au moins 785 personnes sont décédées en mer.

L’Italie a accueilli 13 808 migrants par la mer ces six derniers mois, contre 61 201 durant la même période 2017. Au total 119 369 d’entre eux avaient débarqué sur les côtes italiennes l’an dernier.

La Grèce a comptabilisé 11 236 arrivées par la mer entre le 1er janvier et le 6 juin. L’an dernier, 29 595 migrants et réfugiés avaient accosté en Grèce.

Troisième porte d’entrée par la mer, l’Espagne a accueilli 8 309 migrants ces six derniers mois (22 108 en 2017).

Raphaël Hasenknopf

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