L’état de droit patine au Kosovo

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 41 Vues comments

La mission européenne Eulex réduit sa voilure mais prolonge sa mission jusqu’en 2020.

Dix ans après l’indépendance du Kosovo et l’implantation dans le pays de la mission d’État de droit de l’Union européenne (Eulex), celle-ci se retire sur la pointe des pieds. Certes, sa mission qui s’achevait jeudi 14 mai a été prolongée de deux ans, jusqu’au 14 juin 2020 par le Conseil européen la semaine dernière.

Toutefois, son mandat a été « recentré ». Le Conseil a mis un terme à son volet exécutif judiciaire qui est donc transféré aux autorités locales pour limiter la mission d’Eulex à une activité d’encadrement et de conseil aux institutions kosovares, et de soutien au dialogue pour la normalisation des relations entre le Kosovo et la Serbie.

Kosovo, une jeunesse au goût amer

Eulex se voulait la plus grande mission civile déployée dans le cadre de la politique de sécurité et de défense commune de l’Union européenne afin d’assister le jeune État et d’assurer un rôle d’enquête et de justice concernant les crimes de guerre, la criminalité organisée et la corruption.

« Au bout de dix ans la mission n’est pas accomplie »

Jusqu’à 1 600 personnes, magistrats, policiers, agents des douanes ont été employés et un budget d’environ 90 millions d’euros par an a été consacré à ce petit État de 1,8 million d’habitants et 10 000 km2. Certes, 648 verdicts ont été rendus grâce à Eulex. « Mais force est de constater qu’au bout de dix ans la mission n’est pas accomplie », reconnaît le politologue Jacques Rupnik du Centre de recherches internationales de Sciences-Po.

Le Kosovo, maillon faible de l’intégration des Balkans dans l’UE

L’organisation, censée être un modèle pour l’état de droit, a été secouée par des scandales et gangrenée par des affaires de corruption. Le président des juges d’Eulex, le Britannique Malcolm Simmons, a été contraint à la démission fin 2017 pour avoir interféré dans des affaires de justice. « Cette mission ne fonctionne pas, or il n’y a rien de plus difficile que de réformer une organisation de l’intérieur », estime Loïc Trégourès de l’université de Lille 2.

Faibles avancées dans le pays

Pourtant le Kosovo ne semble pas prêt à prendre la relève. La Commission européenne pointait les faibles avancées dans le pays, dans son rapport d’avril 2018. Le gouvernement en place depuis septembre 2017 n’a guère changé la donne. Le système judiciaire et la lutte contre le crime organisé n’en sont qu’à un stade très précoce dans le pays. Le Parlement n’a pas pu fonctionner correctement. Certains élus ont même usé de gaz lacrymogènes dans l’hémicycle.

Les assassinats et kidnapping de 14 journalistes serbes et albanais pendant la guerre et après, entre 1998 et 2005, sont restés irrésolus. La Fédération européenne des journalistes a réclamé le 7 juin dernier que les chambres spéciales pour le Kosovo délocalisées à La Haye enquêtent sur ces crimes. Chambres spéciales que les députés ont tenté d’abroger en décembre dernier…

L’assassinat d’un leader serbe rompt le dialogue entre le Kosovo et la Serbie

Quant au dialogue Kosovo-Serbie, il connaît un coup de froid depuis l’assassinat en janvier d’Oliver Ivanovic, personnalité politique serbe, à Mitrovica dans le nord du Kosovo. « Les avancées dépendront des amicales pressions internationales », fait valoir Loïc Trégourès. Or 2018 représente une fenêtre de tir à ne pas rater pour le Kosovo, comme pour l’ensemble des Balkans, avant que les élections européennes de 2019 ne rebattent les cartes et ne risquent de mettre les Balkans sur le bas-côté des préoccupations.

Marie Verdier

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