Les dessous de la popularité de Poutine

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 27 Vues comments

Dans les sondages, plus de huit Russes sur dix se disent actuellement derrière l’action de leur président.

Mais certains politologues expliquent que l’autoritarisme du régime va jusqu’à empêcher les citoyens de penser à une alternative.

Moscou

Correspondance particulière

L’extraordinaire popularité de Vladimir Poutine auprès des Russes reflète-t-elle la réalité ou s’agit-il d’un mythe savamment élaboré par le Kremlin ? La question agite les spécialistes. Les instituts de sondage, qu’ils soient indépendants ou officiels, créditent depuis de longues années le président d’une cote de popularité dépassant les 80 %.

Cela constitue depuis une décennie la colonne vertébrale de son pouvoir et, relayée par les médias internationaux, assoit sa légitimité dans le monde. « Le niveau de soutien dont dispose Vladimir Poutine n’est pas à la portée de ses adversaires », a ainsi déclaré fin décembre son porte-parole Dmitri Peskov, comme pour préparer le terrain.

« Jamais il n’y a eu de concurrence équitable entre Poutine et une autre figure politique »

En Russie, en amont du scrutin du 18 mars, médias et instituts de sondage travaillent en circuit fermé pour consolider l’idée d’une absence totale d’alternative pour exercer le pouvoir dans le pays. « Jamais il n’y a eu de concurrence équitable entre Poutine et une autre figure politique dans les médias, relève ainsi le politologue Fiodor Kracheninnikov. Nous avons Poutine du matin au soir sur toutes les chaînes. Dans cette situation, personne ne peut rivaliser. »

L’analyste Dmitri Orechkine ajoute que « si les sondages russes répètent en boucle qu’un écart énorme sépare le leader des autres candidats, les gens sont tentés par conformisme de se joindre à la majorité ».

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Comme ces deux spécialistes de la vie politique en Russie, plusieurs experts russes s’attachent à déconstruire ce mythe. « Il n’y a rien d’inhabituel dans le niveau de soutien » dont bénéficie Vladimir Poutine, décortique le politologue Kirill Rogov, qui cite les cotes de popularité comparables d’autres leaders en Chine, en Azerbaïdjan, en Corée du Nord, etc.

«La nation est lasse de lui »

Ces chiffres, poursuit-il, en disent davantage sur la nature des régimes en question et l’état de leurs institutions que sur l’opinion de leurs sujets. « Dans un système démocratique, la cote de popularité d’un chef d’État tend à avoisiner les 50 %. Il ne peut en être autrement dans un contexte de forte concurrence, analyse Kirill Rogov. Dans les régimes non compétitifs, à l’inverse, on va vous démontrer “l’unité de la nation” en toute chose. Tout cela est largement factice. »

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S’il n’y avait pas l’appareil répressif russe, de nombreuses figures politiques rivaliseraient en popularité avec Poutine, et il perdrait sans doute les élections, estime le politologue. « Il n’a presque aucune expérience de la concurrence en politique, et la nation est lasse de lui », insiste-t-il.

Une influence de « décennies d’oppression communiste »

Le système tient parce que les citoyens des pays autoritaires n’imaginent même pas une alternative. « Il existe dans notre culture politique et dans notre peuple une admiration pour l’autorité, ajoute l’historien et sociologue Leonid Sedov. Ce phénomène peut aller jusqu’à la déification de celui qui l’incarne ».

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La peur, corollaire de l’autoritarisme, est tout aussi profondément enracinée dans cette culture politique russe que le culte du pouvoir, estime pour sa part le journaliste et ancien dissident Alexandre Podrabinek. « Expliquer (la distorsion des sondages, NDLR) uniquement par les pressions du pouvoir sur les instituts de sondage ou par la méfiance des sondés est bien trop simple, prévient-il. Le comportement social de l’individu russe est influencé par des décennies d’oppression communiste et des siècles de servage. »

Emmanuel Grynszpan

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