« Les aumôniers ont été d’un grand soutien moral durant la Grande Guerre »

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 7 Vues comments

Xavier Boniface, historien et professeur d’histoire contemporaine à l’Université de Picardie Jules-Verne d’Amiens, explique le rôle des aumôniers militaires durant la Première Guerre mondiale.

La Croix  : Qui sont les aumôniers pendant la Grande Guerre ?

Xavier Boniface : Il en existe de deux types, les officiels et les officieux. Les premiers sont recrutés parmi des prêtres volontaires qui ne sont pas mobilisables. Ils représentent au total environ 1 000 prêtres. Les officieux, au nombre de 22 000, sont des prêtres ou religieux consacrés mobilisés.

La moitié va être affectée aux services de santé, tandis que les autres sont sur le front comme soldats. Ces soldats, prêtres dans la vie, peuvent faire office d’aumôniers pour leurs camarades en célébrant l’eucharistie et les sacrements. Par ailleurs, il arrivait régulièrement qu’un colonel désigne un de ses hommes, prêtre, comme aumônier du régiment, mais ces désignations étaient tout à fait officieuses.

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Quel est leur rôle ?

X. B. : Leur fonction est construite autour de quatre pôles. Il y a, naturellement, l’administration des sacrements, mais aussi un rôle d’apostolat, qui consiste à visiter les soldats dans les tranchées. Les aumôniers sont aussi un soutien moral, à l’écoute. Enfin, ils ont un rôle humanitaire, à travers l’assistance des blessés.

Les aumôniers officieux exercent leur tâche avec leur unité. Les officiels, eux, sont rattachés au groupe de brancardiers, dans ce que l’on appelle l’immédiat arrière-front, à 5-10 kilomètres des lignes. Il est certain que les aumôniers ont été d’un grand soutien moral durant la guerre.

Toutefois, il est assez difficile de quantifier avec précision l’efficience de leur apostolat car les lettres de poilus en parlent très peu. De plus, étant donné le nombre de soldats et de prêtres, certains poilus n’ont pas dû voir d’aumônier pendant plusieurs semaines. Mais globalement, il y a beaucoup plus de soldats qui ont rencontré des prêtres que d’hommes qui fréquentaient les églises avant la guerre.

Cette importance des aumôniers se mesure aussi par le respect que l’on va porter au prêtre après la guerre. La société française est beaucoup moins anticléricale après l’armistice qu’avant 1914. Les aumôniers seront considérés comme des anciens combattants qui ont donné leur vie pour la nation.

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À quoi ressemblait la vie de foi sur le front ? Y avait-il des messes chaque jour ?

X.B. : L’effort des aumôniers officieux se concentre avant tout sur la célébration de la messe le dimanche. Ils n’ont pas nécessairement le temps de célébrer l’eucharistie tous les jours, contrairement aux aumôniers officiels qui sont tenus d’être fidèles à la prière du temps présent, avec les offices du bréviaire.

Les messes dans les tranchées, en revanche, tiennent un peu du mythe. Les offices sont quasiment toujours célébrés à l’arrière ou dans des abris. Une tranchée est extrêmement étroite, et il était très dangereux de se réunir dans un même endroit à quelques dizaines de mètres de l’ennemi.

Recueilli par Julien Tranié

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