Le Taj Mahal, mal aimé des nationalistes hindous

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Joyau architectural perçu comme l’une des sept Merveilles du monde, le Taj Mahal est devenu l’otage d’une guerre culturelle menée par les nationalistes hindous. Une guerre incarnée par le premier ministre Narendra Modi et son parti du Peuple indien (BJP), qui cherche à privilégier en priorité le patrimoine hindou, au détriment des héritages issus d’autres confessions.Le courant s’épanouit depuis peu dans l’Uttar Pradesh, État du nord de l’Inde qui, dans la ville d’Agra, abrite le Taj Mahal. Et le dirigeant de cet État, l’extrémiste hindou Yogi Adityanath, ne voit pas d’un bon œil la mise en lumière d’un monument qui consacre l’apogée de l’art moghol au XVIIe siècle.La « partialité religieuse » du gouvernement en causeL’aura universelle du Taj Mahal, inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco, semblait pourtant le protéger de telles controverses. Car le mausolée consacre aussi l’amour. L’empereur moghol Shah Jahan imagina ce chef-d’œuvre architectural en souvenir de son épouse préférée, Mumtaz Mahal, morte en couches en 1631. Avec son marbre blanc incrusté de pierres fines et de calligraphies coraniques, c’est un prodige d’équilibre et de beauté. Il attire près de 6 millions de visiteurs par an, des simples touristes aux grandes personnalités de la planète.Et c’est justement la visite traditionnelle des dignitaires étrangers qui agace les autorités de l’Uttar Pradesh. Pour Yogi Adityanath, le Taj Mahal « ne reflète pas la culture indienne ». Ces propos ont été précédés, cet été, par l’omission du mausolée dans un budget prévisionnel de l’Uttar Pradesh et dans une brochure touristique. Le Congrès, le parti de l’opposition, a réagi en dénonçant la « partialité religieuse » du gouvernement.RELIRE : Le Taj Mahal retiré des guides touristiques en IndeL’interprétation d’historiens radicauxCe n’est pas tout. Des responsables politiques du BJP affirment que l’édifice a été construit à l’emplacement d’un temple hindou. À leurs voix se joignent celles d’historiens radicaux, sortis de l’ombre sous l’ère de Narendra Modi. Un certain PN Oak avance que le Taj Mahal cacherait un ancien temple hindou de Shiva. Cette théorie trouve un franc succès chez les extrémistes hindous et certains d’entre eux ont même été arrêtés pour tenter d’accomplir des rituels hindous dans le jardin du site.LIRE AUSSI : En Inde, les chrétiens inquiets de l’intolérance religieuseLes historiens de renom ont été prompts à réfuter l’interprétation. « C’est absolument faux et absurde », a assuré le spécialiste R. Nath. La justice, elle aussi, a fustigé des plaignants ayant demandé la reconnaissance d’un site hindou à la place du Taj Mahal. Face au tollé suscité, Yogi Adityanath a tenté fin octobre de calmer le jeu en visitant lui-même le Taj Mahal.Un mausolée « construit par des traîtres »Pour Ali Khan Mahmudabad, professeur en sciences politiques à l’Université d’Ashoka, « l’enjeu principal concerne la définition de l’idée de l’Inde ». Les nationalistes hindous s’inscrivent dans une volonté de dépréciation du passé moghol, qu’ils réduisent à un passé « musulman », au profit de l’image fantasmée d’une Inde hindoue glorieuse et conquérante. Narendra Modi appartient, lui aussi, à cette école de pensée. Sangeet Som, du BJP, estime ainsi que le Taj Mahal est « une tache » dans la culture indienne et qu’il « a été construit par des traîtres », ajoutant que l’empereur Shah Jahan « voulait anéantir les hindous ».LIRE AUSSI : En Inde, un internat catholique fermé sous prétexte de prosélytismeLa thèse n’est certes pas nouvelle au sein des sphères pro-hindoues, qui apparentent les règnes musulmans à une période de servitude. Depuis l’arrivée au pouvoir, en 2014, de Narendra Modi, le dénigrement de l’identité musulmane décuple. Manuels scolaires revisités dans leurs chapitres d’histoire, « vaches sacrées » de la religion hindoue portées aux nues, les gestes, souvent symboliques, se multiplient.

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