Le système de santé britannique en plein chaos

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 7 Vues comments

Des patients obligés de patienter des heures dans les ambulances, des opérations annulées au dernier moment, le système de santé britannique souffre des réductions budgétaires.

Londres

De notre correspondant

Les Britanniques sont fiers de leur système national de santé, le NHS (pour National Health Service). « Le premier système de santé universel gratuit, lancé en 1948 », aiment-ils à rappeler. Sauf que le NHS est actuellement en plein chaos. Leah Butler-Smith l’a expérimenté de près. Cette quadragénaire a accompagné la semaine dernière sa mère, victime d’un accident vasculaire cérébral (AVC), à l’hôpital de Broomfield, proche de Londres.

Tout s’est bien déroulé jusqu’à l’arrivée à l’hôpital : « Il y avait une file d’ambulances à l’entrée des urgences si bien que nous avions peur que notre tour n’arrive jamais. L’ambulance était arrêtée. Le personnel faisait ce qu’il pouvait mais il n’y avait pas assez de lits pour accueillir les malades. C’était effrayant. Nous avons attendu cinq heures avant de voir un médecin. » Alors que les patients victimes d’un AVC sont censés être auscultés dans les quinze minutes après leur arrivée aux urgences.

Files d’attente, opérations annulées et manque de lits

Ce cas n’a rien d’exceptionnel. Cette année, 75 700 ambulances, soit 13 % du total des trajets effectués, ont attendu plus de trente minutes avant de débarquer leurs patients, dont 17 000 plus d’une heure ; seul 6 des quelques 130 regroupements d’hôpitaux du pays ont enregistré des retards inférieurs à trente minutes. En moyenne, 3 351 opérations ont été annulées chaque semaine en raison d’un manque de lits disponibles, contre 1 948 l’hiver dernier, une année déjà considérée comme très compliquée.

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La direction du système de santé britannique a en effet autorisé les hôpitaux à annuler leurs opérations non-urgentes pour leur permettre de réquisitionner des lits supplémentaires. Certains hôpitaux ont également réclamé aux malades, dont la vie n’est pas en danger, de se rendre chez un médecin généraliste ou dans une pharmacie plutôt qu’aux urgences.

Les caisses sont vides

Pour expliquer ces dysfonctionnements, le gouvernement invoque une vague de froid et une épidémie de grippe exceptionnelles. La véritable raison est pourtant pécuniaire. Avant l’annonce du budget 2018 il y a quelques semaines, les professionnels de santé réclamaient 4 milliards de livres sterling (4,6 milliards d’euros) pour combler les trous. Le chancelier de l’échiquier Philip Hammond ne leur en a accordé que 2,5 milliards (2,8 milliards d’euros).

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La crise du système de santé remonte au retour des conservateurs au pouvoir en 2010 et à leur politique d’austérité. Du coup, le budget du NHS n’est plus adapté à la hausse de la population et à son vieillissement. Les ministres successifs de la santé ont réclamé, et réclament encore, à leurs administrés de fournir le même service avec des moyens réduits.

Un manque de personnel

Selon l’OCDE, le gouvernement britannique dépense moins que la moyenne européenne par habitant soit 2 781 € contre 3 037 € en France et 3 932 € en Allemagne, en 2016. Concrètement, le personnel médical du NHS a fondu. Les Britanniques disposaient en 2009 de 9,75 infirmières pour 1 000 habitants, soit plus que les Français (8,45). En 2016, la situation s’est inversée : ils ne disposaient plus que de 7,91 infirmières contre 10,21 en France, suivant en la matière une progression semblable à la moyenne européenne.

Pour le nombre de médecins, le Royaume-Uni est l’un des pays les plus mal lotis en Europe avec 2,81 médecins pour 1 000 habitants (contre 3,35 en France et 4,14 en Allemagne), même si ce taux a légèrement progressé depuis 2010. Enfin, le nombre de lits hospitaliers disponibles pendant la nuit a diminué de 11,6 % entre avril 2010 et juillet 2017.

Fermetures de nombreux centres d’accueil locaux

Autres victimes de ces coupes budgétaires : les centres d’accueil locaux créés par le gouvernement travailliste dans les années 2 000 pour permettre aux malades de voir un généraliste sans rendez-vous. Sur les 236 existants dans le pays en 2010, 95 ont fermé leurs portes, même si certains ont été remplacés par des centres de traitement d’urgence. Ils ne peuvent donc plus alléger la charge de travail des hôpitaux, qui se retrouvent pris d’assaut.

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« La fermeture à courte vue de tant de ces centres est déprimante », estimait ce week-end le député libéral-démocrate Norman Lamb, dont un des hôpitaux de sa circonscription fait partie des plus affectés. De son côté, la première ministre Theresa May s’est déclarée « désolée » de la situation, sans pour autant débloquer des fonds supplémentaires.

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Le NHS craint une fuite du personnel européen

Entre le 23 juin 2016 (date du référendum sur le Brexit) et fin juin 2017, les 3 399 infirmiers européens qui ont rejoint le système de santé britannique n’ont pas compensé
les 3 837 départs de leurs compatriotes.

Le nombre total de citoyens européens employés dans le système de santé britannique, a cependant progressé au cours de cette même période (+ 13 377).

Selon une enquête réalisée au printemps 2016 par l’Association médicale britannique, 42 % des médecins européens (5 % de tous les médecins du pays) pensent quitter le Royaume-Uni une fois le Brexit effectif, soit le 29 mars 2019.

Tristan de Bourbon

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