Le pape François invite les OPM à une conversion qui articule conscience et responsabilité missionnaire

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 21 Vues comments

Les Œuvres pontificales missionnaires (OPM) ont tenu leur assemblée générale du 28 mai au 2 juin 2018 à Rome. Le 1er juin, le pape François a reçu en audience, dans la salle Clémentine du Vatican, les participants à cette assemblée. Le pape les a remerciés pour le travail missionnaire qu’ils accomplissent dans le monde. Puis, il a évoqué le mois extraordinaire missionnaire d’octobre 2019 et invité les membres de l’assemblée générale « à vivre cette phase de préparation comme une grande opportunité » de renouvellement pour l’Église, pour les OPM et comme une opportunité de renouvellement personnel. Il s’est dit également préoccupé face au risque que les OPM ne se réduisent qu’au seul volet économique de leur action, c’est-à-dire, à l’aide matérielle qu’elles octroient. « Ce n’est pas ce que les fondateurs des Œuvres pontificales et le pape Pie XI souhaitaient », a-t-il rappelé, avant de les inviter à un renouveau de la conscience missionnaire et « à redéfinir de façon évangélique la mission de l’Église dans le monde ». Cela suppose, a-t-il continué, que l’on laisse toute la place à l’Esprit, ce « protagoniste de la mission ». Ensuite, le pape a décliné ce qu’il entendait par définir de façon évangélique la mission de l’Église. Il s’agit, pour lui, d’une conversion qui prenne en compte conscience et responsabilité missionnaire. C’est à cette condition que les OPM peuvent contribuer au salut du monde, a-t-il conclu.

Texte original italien dans l’Osservatore Romano des 1-2 juin 2018 (*)

Monsieur le cardinal,
chers frères et sœurs,

Je vous accueille avec joie à l’occasion de votre assemblée générale et je vous salue tous cordialement. Je remercie le cardinal Filoni pour ses paroles d’introduction et je salue le nouveau président des œuvres pontificales missionnaires, Mgr Giampietro Dal Toso, qui, pour la première fois, participe à votre rencontre annuelle. J’exprime à tous mon vif sentiment de gratitude pour le travail de sensibilisation missionnaire du peuple de Dieu et je vous assure de mon souvenir dans la prière.

Nous avons devant nous un chemin intéressant : la préparation du mois missionnaire extraordinaire d’octobre 2019, que j’ai voulu annoncer au cours de la journée mondiale des missions de l’année 2017. Je vous encourage fortement à vivre cette phase de préparation comme une grande opportunité pour renouveler l’engagement missionnaire de toute l’Église. C’est également une occasion providentielle pour renouveler nos œuvres pontificales missionnaires. Il faut toujours renouveler les choses : renouveler son cœur, renouveler les œuvres, renouveler les organisations, parce qu’autrement, nous finirons tous dans un musée. Nous devons nous renouveler pour ne pas finir dans un musée. Vous connaissez bien ma préoccupation face au danger que votre œuvre ne se réduise à la simple dimension économique
de l’aide matérielle – cela est une vraie préoccupation –, en vous transformant en une agence comme beaucoup d’autres, même si elle est d’inspiration chrétienne. Ce n’est pas ce que les fondateurs des œuvres pontificales et le pape Pie XI souhaitaient quand ils les firent naître et qu’ils les organisèrent au service du successeur de Pierre. C’est pourquoi j’ai reproposé comme étant actuelle et urgente pour le renouveau de la conscience missionnaire de toute l’Église aujourd’hui, une grande et courageuse intuition du pape Benoît XV, contenue dans sa Lettre apostolique Maximum illud (1) : à savoir la nécessité de redéfinir de façon évangélique la mission de l’Église dans le monde.

Cet objectif commun peut et doit aider les œuvres pontificales missionnaires à vivre dans une communion d’esprit, de collaboration réciproque et de soutien mutuel. Si le renouveau est authentique, créatif et efficace, la réforme de vos œuvres consistera dans une refondation, une redéfinition selon les exigences de l’Évangile. Il ne s’agit pas simplement de repenser les motivations pour mieux faire ce que vous faites déjà. La conversion missionnaire des structures de l’Église (cf. Exhort. ap. Evangelii gaudium, n. 27) (2) demande sainteté personnelle et créativité spirituelle. Il faut donc non seulement renouveler l’ancien, mais permettre que l’Esprit Saint crée le nouveau. Pas nous : l’Esprit Saint. Faire de la place à l’Esprit Saint, permettre que l’Esprit Saint crée le nouveau, fasse toutes choses nouvelles (cf. Ps 104, 30 ; Mt 9, 17 ; 2 P 3, 13 ; Ap 21, 5). Il est le protagoniste de la mission : c’est lui le « chef de bureau » des Œuvres pontificales missionnaires. C’est lui, pas nous. N’ayez pas peur des nouveautés qui viennent du Seigneur crucifié et ressuscité : ces nouveautés sont belles. Ayez peur des autres nouveautés : celles-là ne vont pas ! Celles qui ne viennent pas de l’Esprit. Soyez audacieux et courageux dans la mission, en collaborant avec l’Esprit Saint toujours en communion avec l’Église du Christ (cf. Exhort. ap. Gaudete et exsultate, n. 131). Et cette audace signifie avancer avec le courage, avec la ferveur des premières personnes qui annoncèrent l’Évangile. Que votre livre de prière et de méditation habituel soit les Actes des apôtres. Allez y puiser l’inspiration. Et le protagoniste de ce livre est l’Esprit Saint.

Que peut signifier pour vous, œuvres pontificales qui, avec la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, êtes en train de préparer le mois missionnaire extraordinaire, le fait de se redéfinir évangéliquement ? Je crois que cela signifie simplement une conversion
missionnaire. Nous avons besoin de nous redéfinir – l’intuition de Benoît XV –, de nous redéfinir à partir de la mission de Jésus, de redéfinir l’effort de récolte et de distribution des aides matérielles à la lumière de la mission et de la formation que celle-ci demande, afin que conscience et responsabilité missionnaire fassent à nouveau partie du vécu ordinaire de tout le saint peuple fidèle de Dieu.

« Baptisés et envoyés : l’Église du Christ en mission dans le monde ». C’est le thème que nous avons choisi pour le mois missionnaire d’octobre 2019. Il souligne que l’envoi en mission est un appel inhérent au baptême et à tous les baptisés. Ainsi, la mission est un envoi pour le salut qui réalise la conversion de celui qui est envoyé et du destinataire : notre vie est, dans le Christ, une mission ! Nous-mêmes sommes mission, car nous sommes amour de Dieu communiqué, nous sommes sainteté de Dieu créée à son image. La mission est donc notre sanctification et celle du monde entier, depuis la création (cf. Ep 1, 3-6). La dimension missionnaire de notre baptême se traduit ainsi en témoignage de sainteté, qui donne vie et beauté au monde. Renouveler les Œuvres pontificales missionnaires signifie par conséquent avoir à cœur, avec un engagement sérieux et courageux, la sainteté de chacun et de l’Église comme famille et communauté. Je vous demande de renouveler avec créativité la nature et l’action des œuvres pontificales missionnaires, en les mettant au service de la mission, afin qu’au cœur de nos préoccupations, il y ait la sainteté de vie des disciples missionnaires. En effet, pour pouvoir collaborer au salut du monde, il faut l’aimer (cf. Jn 3, 16) et être prêts à donner la vie en servant le Christ, unique Sauveur du monde. Nous n’avons pas un produit à vendre – il n’est pas question de prosélytisme, nous n’avons pas un produit à vendre –, mais une vie à communiquer : Dieu, sa vie divine, son amour miséricordieux, sa sainteté ! Et c’est l’Esprit Saint qui nous envoie, nous accompagne, nous inspire : c’est lui l’auteur de la mission. C’est lui qui conduit l’Église, pas nous. Pas même l’institution des Œuvres pontificales missionnaires. Est-ce que je le laisse – pouvons-nous nous demander – être le protagoniste ?

Ou est-ce que je veux l’apprivoiser, le mettre en cage, dans les nombreuses structures mondaines qui, à la fin, nous conduisent à concevoir les Œuvres pontificales missionnaires comme une entreprise, quelque chose qui nous appartient, mais avec la bénédiction de Dieu ? Non, cela ne va pas. Nous devons nous poser la question : est-ce que je le laisse agir ou est-ce que je le mets en cage ? Lui, l’Esprit Saint, fait tout ; nous sommes seulement ses serviteurs.
Comme vous le savez bien, en octobre 2019, mois missionnaire extraordinaire, nous célébrerons le Synode pour l’Amazonie. En accueillant les préoccupations de nombreux fidèles, laïcs et pasteurs, j’ai voulu qu’ils se rencontrent pour prier et réfléchir sur les défis de l’évangélisation de ces terres d’Amérique du Sud, où vivent d’importantes Églises particulières. Je souhaite que cette coïncidence nous aide à garder notre regard fixé sur Jésus-Christ pour affronter les problèmes, les défis, les richesses et les pauvretés ; qu’elle nous aide à renouveler l’engagement de service à l’Évangile pour le salut des hommes et des femmes qui vivent dans ces terres. Prions afin que le Synode pour l’Amazonie puisse redéfinir évangéliquement la mission, également dans cette région du monde si éprouvée, injustement exploitée et qui a besoin du salut de Jésus.

Marie, quand elle est allée chez Élisabeth, ne l’a pas fait en suivant son propre geste, comme
missionnaire. Elle y est allée comme la servante de ce Seigneur qu’elle portait en elle : elle n’a
rien dit à propos d’elle-même, elle a seulement apporté son Fils et loué Dieu. Une chose est sûre : elle s’y est rendue en hâte. Elle nous enseigne cette hâte fidèle, cette spiritualité de la hâte. La hâte de la fidélité et de l’adoration. Elle n’était pas la protagoniste, mais la servante de l’unique protagoniste de la mission. Que cette icône nous aide. Merci !

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