L’axe Berlin-Vienne-Rome teste sa solidité sur les migrants

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 7 Vues comments

Le ministre de l’intérieur allemand Horst Seehofer a rejoint le 12 juillet ses homologues européens à Innsbruck, en Autriche, pour évoquer la gestion migratoire.

Ce partisan d’une ligne dure partagée avec Vienne et Rome est montré du doigt pour son « manque d’humanité » en Allemagne, alors qu’un Afghan expulsé d’Allemagne s’est pendu à Kaboul.

Pourquoi Horst Seehofer se retrouve-t-il personnellement mis en cause, après le suicide d’un Afghan expulsé d’Allemagne ?

Ce drame intervient après l’expulsion, le 4 juillet dernier, d’un groupe d’Afghans que le ministre de l’intérieur a accueillie comme son cadeau d’anniversaire. « Pile le jour de mes 69 ans – sans que je le demande –, 69 personnes ont été expulsées vers l’Afghanistan », s’est-il réjoui au moment de présenter son « plan » migratoire. « C’est bien au-dessus de ce qu’on a fait jusqu’à maintenant », a-t-il ajouté.

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L’ironie a fait scandale, en Allemagne, alors que les autorités ont confirmé le suicide par pendaison de l’un des migrants dans son hébergement provisoire de Kaboul. Le jeune homme de 23 ans (connu pour des faits de délinquance, a insisté la police) résidait en Allemagne depuis huit ans dans la région de Hambourg. Il avait épuisé tous ses recours pour obtenir l’asile.

Quelles ont été les réactions ?

Les dénonciations se sont multipliées. « La coupe est pleine », a estimé Gyde Jensen, députée du parti libéral-démocrate FDP, parti à la ligne dure, pourtant, sur l’immigration. Présidente de la commission des droits de l’homme du Bundestag, elle a demandé – comme d’autres élus – la démission de Horst Seehofer, qui n’en était pas à son premier dérapage. Sur les 69 expulsés, 51 venaient de Bavière. Cette région est dirigée par la CSU, parti conservateur ­allié de la CDU d’Angela Merkel et dont le ministre de l’intérieur est le président. L’expulsion des déboutés et des demandeurs d’asile est en effet, avec la fermeture des frontières, la pierre angulaire de sa politique migratoire.

Pourquoi Horst Seehofer compte-t-il tant sur l’Autriche et l’Italie ?

Ce n’est pas pour rien que le sommet « informel » des ministres de l’intérieur européens sur l’immigration s’est déroulé à Innsbruck, capitale du Tyrol qui fait la charnière entre la Bavière et l’Italie du Nord. La rencontre à 28 a été précédée d’une « trilatérale » entre Horst Seehofer et ses deux « partenaires » d’extrême droite, l’Autrichien Herbert Kickl (FPÖ) et l’Italien Matteo Salvini (Ligue). Le Bavarois tente de les convaincre d’accepter que les migrants qui ont été enregistrés en Autriche et en Italie avant de se rendre en Allemagne puissent y être renvoyés.

Les trois pays peuvent-ils s’entendre ?

« Nous sommes en discussion avec la Grèce, l’Autriche et l’Italie », a assuré jeudi 12 juillet Horst Seehofer, convaincu de décrocher un accord d’ici à la fin du mois. Mais rien n’est fait. « Avant d’accepter en Italie un seul migrant, nous voulons que l’Europe protège les frontières extérieures. Quand ce sera réalité, nous discuterons de tout le reste », a répondu Matteo Salvini. C’est pourquoi les Européens ont planché jeudi sur les moyens d’empêcher les arrivées sur les côtes européennes.

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Le récent Conseil européen des 28 et 29 juin proposait d’« explorer » la piste de « plateformes de débarquement » des migrants secourus dans les eaux internationales. Ces dernières seraient placées en dehors de l’Union européenne. La France, favorable à un accueil dans les ports européens les plus proches, s’oppose à cette idée, notamment pour des raisons de conformité avec le droit international. De l’autre côté de la Méditerranée, les pays ne se bousculent pas pour créer de telles plateformes. Le Maroc et la Tunisie ont d’ores et déjà refusé d’en accueillir.

Jean-Baptiste François

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