L’Afghanistan devra patienter des semaines pour connaître son nouveau Parlement

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par Nouvel Ordre Mondial 5 Vues comments

Des Afghanes font la queue pour voter lors des législatives, le 20 octobre 2018 à Hérat. (AFP/HOSHANG HASHIMI)

Les électeurs afghans qui ont voté ce week-end au péril de leurs vies devront patienter plusieurs semaines avant de connaître la composition de leur nouveau parlement dans l’attente de plusieurs enquêtes sur la légitimité du scrutin.

Les premières données disponibles indiquent qu’environ quatre millions de personnes ont bravé les menaces des talibans samedi, jour de vote officiel, sur les 8,9 millions d’inscrits.

On ignore à ce stade combien d’électeurs ont voté dimanche dans 253 bureaux qui n’avaient pu ouvrir la veille en raison de multiples dysfonctionnements et problèmes de sécurité. Environ 150 autres sont restés fermés les deux jours.

L’absence d’assesseurs, de liste électorale, de terminaux biométriques imposés à la dernière minute ou de personnel sachant les manipuler avait entraîné de longues files d’attentes samedi dans tout le pays.

Un nouveau chiffre de participation sera publié une fois que la province de Kandahar (sud) aura voté à son tour. Le vote y avait été repoussé d’une semaine après une attaque revendiquée par les talibans, qui avait décimé son état-major jeudi dernier. Les élections dans la province de Ghazni (sud-est) ont également été repoussées à une date indéterminée.

La publication des résultats préliminaires est officiellement attendue le 10 novembre.

La Commission électorale indépendante (CEI), en charge de l’organisation du scrutin a été sévèrement critiquée dès dimanche pour les multiples couacs recensés au cours du week-end.

La Commission afghane des plaintes électorales (ECC) a déclaré avoir reçu des « milliers de rapports de problèmes » au cours de ces deux jours.

« Nous avons chargé une commission d’enquêter sur la mauvaise gestion et les violations, y compris l’ouverture tardive des centres et l’utilisation de dispositifs biométriques », a déclaré Abdul Badi Sayyad, le responsable de la CEI en conférence de presse.

« Quiconque a été négligent ou est impliqué dans des manquements sera puni », a-t-il dit.

– « Leçons à tirer » –

La gestion chaotique de ce scrutin législatif organisé avec trois ans de retard et largement financé par la communauté internationale laisse planer le doute sur la capacité de la CEI d’organiser l’important scrutin présidentiel prévu en avril prochain.

La CEI a « beaucoup de leçons à tirer » du vote, a déclaré à l’AFP Pierre Mayaudon, chef de la délégation de l’Union européenne en Afghanistan, évoquant « une préparation inégale ».

« Dans certains bureaux de vote tout s’est très bien passé, dans d’autres c’était un peu catastrophique. Si nous voulons que l’élection présidentielle soit un succès, la CEI doit rapidement documenter les erreurs commises pour les corriger », a-t-il dit.

« Mais le plus important aujourd’hui est que le processus post-électoral se passe bien » entre la CEI et la l’ECC, a-t-il insisté.

Au moins une centaine d’attaques ont été comptabilisées samedi contre les centres de vote, tuant ou blessant près de 300 personnes, selon un décompte de l’AFP, soit plus de quatre fois le bilan fourni par le ministère de l’Intérieur.

Les menaces des talibans et les nombreux épisodes de violences ont pu dissuader nombre d’inscrits d’aller voter.

« Compte tenu du fait que neuf millions d’Afghans se sont inscrits, on peut difficilement dire que le taux de participation a été bon », a estimé l’Afghan analyst network (AAN) dans un rapport.

Or l’intégrité du scrutin était déjà sujette à caution avant le vote: de nombreux cas d’inscriptions multiples ont été découverts, laissant craindre des tentatives de bourrage d’urnes.

Plus de 2.500 candidats étaient en lice pour les 249 sièges à la chambre basse du parlement. Il s’agit pour la plupart d’élus déjà établis, de descendants de seigneurs de la guerre, d’hommes d’affaires ou de membres de la société civile.


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