La solidité du viaduc de Gênes avait fait l’objet de multiples mises en garde

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par Nouvel Ordre Mondial 21 Vues comments

Construit par une société italienne, le pont accidenté mardi 14 août était présenté par celle-ci comme « un chef-d’œuvre ». Mais un sénateur italien et un expert indépendant avaient relevé des erreurs de conception. Le drame a coûté la vie à au moins trente personnes.

Le viaduc qui s’est écroulé mardi 14 août à l’entrée de Gênes, en Italie, était long de 1 182 mètres. Il permettait d’enjamber la rivière Polcevera, des immeubles, et des voies de chemin de fer. Il avait été inauguré en 1967 après avoir été construit par une entreprise italienne, la Società Italiana per Condotte d’Acqua.

Il s’agissait d’un pont à haubans tenus par trois pylônes en béton armé, d’une hauteur de 90 mètres. Le tablier en béton était à 45 mètres de haut. Il s’est effondré sur près d’une centaine de mètres, semble-t-il au-dessus des voies de chemin de fer.

Au moins trente morts dans l’effondrement d’un viaduc à Gênes en Italie

Six ans de réalisation

Sur le site Internet de la Società italiana per condotte d’acqua, un document historique est consacré à ce viaduc, dit « de Polcevera ». L’ouvrage d’art, qui a été construit sur les plans de l’ingénieur Riccardo Morandi, décédé en 1989, a nécessité 6 ans de travail avant son inauguration le 4 septembre 1967.

« À l’époque, le viaduc constituait l’une des œuvres d’ingénierie les plus complexes de son genre », affirme le document. « Ce viaduc remarquable conçu pour l’Autoroute de Gênes-Savona qui est cité aujourd’hui dans tous les livres d’histoire de l’architecture du XXe siècle comme un chef-d’œuvre de l’architecture, et il a contribué à faciliter le trafic en Ligurie et particulièrement à Gênes. »

Des travaux de rénovation avaient été conduits sur ce pont. Le concessionnaire de l’autoroute concernée, Atlantia , a publié un communiqué pour indiquer que « des travaux étaient en cours pour consolider la dalle du viaduc et, comme prévu, un pont roulant a été installé pour permettre les activités de maintenance. »

Des travaux nécessaires ?

Dès 2016, un sénateur italien, Maurizio Rossi, avait adressé une question écrite au ministre des infrastructures dans laquelle il avait jugé que l’entretien du pont laissait à désirer. « Le pont présentait un défaut inquiétant des joints qui nécessitait un travail de maintenance extraordinaire, sans lequel il y avait un risque de devoir le fermer à la circulation », notait le sénateur.

À la même époque, des critiques virulentes sur la structure de ce pont avaient été émises par l’ingénieur Antonio Brencich. Sur le site italien Ingegneri. info, il soulevait dans un entretien, toujours en 2016, plusieurs faiblesses dans la conception.

« Le viaduc de Morandi a immédiatement présenté plusieurs aspects problématiques, en plus de l’augmentation des coûts de construction estimés. Il y a eu une évaluation incorrecte de l’évolution du béton, qui a produit un plan routier non horizontal. », peut-on lire.

Selon l’ingénieur, la conception du pont était archaïque et instable, ce qui a déformé une partie de sa structure. Des fissures étaient apparues et des travaux superficiels avaient été faits. Le coût de la maintenance du pont était plus cher, à terme, que celui d’une reconstruction, estimait cet expert indépendant.

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Une entreprise présente aux États-Unis et en Argentine

La Società Italiana per Condotte d’Acqua est une très ancienne entreprise, spécialiste des grands travaux, et dont le siège est à Rome. Elle a été privatisée en 1997. Elle a aussitôt été acquise par une autre entreprise du même secteur, Ferrocemento Costruzioni e Lavori Pubblici, qui a pris le nom de sa filiale, plus connu.

Le groupe compte à son actif un très grand nombre de réalisations parmi lesquelles de nombreux ponts, mais aussi des tunnels, des barrages ou des autoroutes.

En dehors d’Italie, elle a décroché des contrats aux États-Unis, en Argentine ou en Jordanie. Parmi les ponts qu’elle a construits, on peut citer le pont Sydney Lanier sur le fleuve Brunswick, dans l’Etat de Georgie, aux États-Unis, achevé en 2003. Et le Chaco Correntes sur le fleuve Parana en Argentine, terminé en 1973.

Le groupe compte plusieurs filiales à l’étranger : aux États-Unis, en Jordanie, en Algérie, en Roumanie, au Panama, en Suisse et en Macédoine. En dehors de la construction, il est présent dans l’immobilier et l’énergie.

L’entreprise indique avoir réalisé un chiffre d’affaires de 1,3 milliard en 2016, dernier chiffre publié. Elle est dirigée par Duccio Astaldi, présent depuis 18 ans dans l’entreprise, ingénieur diplômé de l’université de Rome.

Clémence Barbier, Michel Waintrop et Alain Guillemoles

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