La grogne des Italiens contre les sacs biodégradables payants

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 24 Vues comments

Depuis le 1er janvier, une nouvelle loi oblige tous les commerces à utiliser des sacs biodégradables pour les fruits et légumes et à les faire payer aux clients.

Beaucoup d’Italiens dénoncent une mesure absurde et inutile en termes de protection de l’environnement.

Rome applique enfin la directive européenne 2015/720 qui vise à réduire la consommation de plastique. Mais en Italie, les sacs biodégradables, à usage unique, pour fruits, légumes, viande ou poisson, doivent être payés par le consommateur, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays de l’UE, dont la France.

Si nos voisins transalpins se sont bien accoutumés, depuis 2011, aux sacs payants que l’on trouve en caisse, ils sont vent debout contre l’obligation de payer ceux utilisés pour les produits frais vendus en vrac.

D’après l’observatoire d’Assobioplastiche (1), le coût annuel par famille ne devrait pourtant pas dépasser 15 € : l’équivalent d’une quinzaine d’espresso pris au comptoir. « Au marché, nous avons le droit de mettre différents fruits ou légumes dans un même sac après les avoir pesés, le client ne paie donc qu’un sac à 3 centimes », explique Marco, vendeur de primeurs à Rome.

Dans les supermarchés, où les sacs sont vendus entre 2 et 3 centimes d’euros, c’est en revanche impossible. Il faut un sac pour les citrons, un autre pour les oranges, etc. Et les gérants d’enseignes qui ne respectent pas la loi sont passibles d’une amende pouvant aller de 2 500 à 100 000 €.

« On nous contraint au gaspillage »

« Comme nombre de mes concitoyens, je suis favorable à la responsabilisation du consommateur pour protéger l’environnement. Mais cette loi n’apporte aucun avantage », se désole Alfredina, directrice d’école.

Et de détailler : « Les sacs ne sont biodégradables qu’à 40 %, on ne peut les réutiliser, et l’encre et la colle des étiquettes sont très polluantes. Il faudrait une vision environnementaliste plus intelligente. Hélas nos dirigeants n’en ont pas la capacité… »

Lina, documentaliste, raconte comment elle a habitué ses trois enfants à faire les courses en utilisant des sacs apportés de la maison et un filet à provisions « zéro déchet » pour le marché. « C’est surréaliste, déplore-t-elle, on éduque nos petits au respect de la nature et au final une loi nous contraint au gaspillage ! ».

Une entreprise bénéficiaire de la loi pointée du doigt

Une association de consommateurs italiens, Codacons, a demandé à 104 parquets dans le pays d’ouvrir une enquête pour délit d’escroquerie. Motif : des clients de grandes surfaces ont observé que le coût d’un sac non pris a été ajouté sur leur ticket de caisse. La Fédération des Consommateurs, elle, dénonce des excès de spéculation « dans des pharmacies où les sacs sont vendus à 60 centimes ».

Au moment où démarre officiellement la campagne pour les élections législatives, prévues le 4 mars, force est de constater que le centre gauche, au pouvoir, a manqué d’astuce en faisant adopter cette loi : aucune campagne institutionnelle pour rappeler que l’environnement est étouffé par 800 000 tonnes de sacs plastique à usage unique utilisés chaque année en Europe ; aucune mesure non plus pour corriger des rigidités non prévues par la directive de l’UE.

Une « aubaine » pour l’opposition, qui pointe du doigt le principal bénéficiaire de la loi italienne, l’entreprise Novamont, leader sur le marché des produits bioplastiques et dont la dirigeante est proche du chef du Parti démocrate, Matteo Renzi…

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Anne Le Nir, à Rome

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