«Jérusalem comme capitale d'Israël»: «Cette décision unilatérale ouvre un boulevard pour le Hamas»

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Donald Trump annonce mercredi 6 décembre depuis la Maison Blanche, la reconnaissance officielle par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale de l'Etat d'Israël. — Alex Brandon/AP/SIPA

  • Mercredi 6 décembre, Donald Trump a annoncé que les Etats-Unis reconnaissaient Jérusalem comme la capitale de l’Etat d’Israël.
  • Une décision lourde de conséquences pour le Moyen-Orient mais qui répond aux volontés de la droite évangéliste américaine.
  • « Le président américain a créé une situation de tension extrême », estime Vincent Lemire, historien et spécialiste de Jérusalem.

C’est une décision d’une ampleur inédite. Mercredi 6 décembre, Donald Trump a annoncé que les Etats-Unisreconnaissaient Jérusalem comme capitale d’Israël, en lieu et place de Tel-Aviv. Jusqu’à présent, aucun grand Etat n’avait franchi le pas, Jérusalem étant également revendiquée comme capitale par l’Autorité palestinienne. Vincent Lemire, historien spécialiste de Jérusalem et coauteur de Jérusalem, histoire d’une ville-monde (ed. Flammarion), revient pour 20 Minutes, sur les conséquences de cette décision.

Il y a deux niveaux de lecture. Le premier concerne les convictions de Trump qui sont proches de celles de la droite évangéliste américaine. Cette dernière est bien plus sioniste que la communauté juive américaine elle-même, qui je le rappelle, a voté à 80 % pour Clinton à la dernière présidentielle. On ne peut d’ailleurs pas parler de l’action d’un hypothétique lobby juif aux Etats-Unis. C’était une mesure inscrite dans le programme de Trump et elle répond donc d’abord aux attentes de son électorat.

Ensuite, le président américain est empêtré dans l’affaire russe et sa tactique préférée, dans ces cas-là, consiste à allumer un contre-feu pour se donner de l’air. D’ailleurs on a commencé à entendre parler d’un transfert de l’ambassade au moment même où son ex-conseiller, le général Flynn, a plaidé coupable de fausses déclarations au FBI.

Dans son discours, les deux premiers tiers ont été consacrés à la question de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale et ont consisté en une reprise stricte de la position israélienne. Mais le dernier tiers consacré à la paix n’a comporté que des formules très creuses. Donald Trump n’a rien mis sur la table, n’a proposé aucune solution de paix. L’Etat palestinien n’a même pas été évoqué, ni même la Jordanie, seule l’Arabie saoudite a été mentionnée. Je m’attendais à quelque chose de plus nuancé, plus mesuré par rapport aux dernières annonces et ça n’a pas du tout été le cas.

L’administration américaine avait prévu de présenter une feuille de route pour la paix fin décembre-début janvier, mais c’est contradictoire avec ce qui vient de se passer. Mais surtout la situation est catastrophique pour Mahmoud Abbas. Le président de l’autorité palestinienne avait adopté la position du bon élève des négociations qui n’ont pas abouti, bien au contraire. Son crédit est absolument ruiné. Pour lui, cette décision est en quelque sorte un coup de grâce diplomatique.

Cette décision unilatérale ouvre un boulevard pour le Hamas. Elle le favorise car c’est dans ces situations conflictuelles qu’il est le plus fort. Le Hamas devait remettre dans les prochains jours la gestion de la bande de Gaza, dont il ne veut plus, à l’Autorité palestinienne. Mais avec cette reconnaissance, va-t-il encore pouvoir le faire ? Va-t-il vouloir sauver la réconciliation palestinienne ? Ou le mouvement va-t-il au contraire se lancer dans une nouvelle séquence d’affrontements avec Israël ? On est dans l’inconnue.

Netanyahou a été humilié l’été dernier lors de la crise des portiques, sur l’Esplanade des mosquées. Ça a été un événement absolument décisif. C’est la première victoire palestinienne depuis la guerre des Six-Jours en 1967, qui a vu le gouvernement israélien reculer et démonter les portiques. Ça a été un coup dur pour Netanyahou qui a cherché à prendre une revanche, pour laver cet affront. Il y a une prise de risques car si ça dérape et qu’il y a des affrontements avec des morts, l’opinion risque de se retourner contre lui. Mais le premier ministre israélien est très proche de Trump, dans les idées comme dans son comportement. Comme lui, son imprévisibilité est son principal atout et il en joue.

L’Iran a été désigné l’ennemi principal de Donald Trump, qui menace d’ailleurs de revenir sur l’accord sur le nucléaire iranien. Mais la république islamique n’est absolument pas affaiblie par cette reconnaissance, bien au contraire. Elle va la fortifier ainsi que ses alliés, comme le Hezbollah au Liban. Donald Trump a créé une situation de tension extrême. Il ne faut pas lui prêter une rationalité qu’il n’a pas. C’est un véritable pyromane.

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