Jean-Louis Debré. « Les Français ont le sentiment que Chirac est un homme comme eux »

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par Nouvel Ordre Mondial 4 Vues comments

Selon Jean-Louis Debré, Jacques Chirac « aimait le combat, la conquête, mais il n’était pas un jouisseur du pouvoir ».
Selon Jean-Louis Debré, Jacques Chirac « aimait le combat, la conquête, mais il n’était pas un jouisseur du pouvoir ». (Photo EPA)

Dans le film « Mon Chirac», vous livrez une vision très personnelle de l’ancien président de la République. Comment l’idée a-t-elle germé ?

Tous les films sur Chirac racontent l’homme politique. Je voulais aborder une autre facette, évoquer sa culture, ses passions… Dans la vie, on croise beaucoup de copies et très peu de personnalités originales. J’ai croisé, il y a 50 ans, quelqu’un sortant de l’ordinaire !


Tout au long du film, vous le vouvoyez, il vous tutoie…

Je le vouvoie et je l’appelle Monsieur car j’ai toujours été exaspéré par tous ces politiques qui se tutoient tout de suite, comme s’ils se connaissaient depuis longtemps. C’est une façon pour moi de montrer mon respect pour ce qu’il est, pour ce qu’il a été.


Considérez-vous Jacques Chirac comme un père ou comme un ami ?

Nos rapports sont des rapports d’affection et de fidélité.


L’amitié et la fidélité en politique, c’est donc possible ?

C’est quelque chose de très rare. Mais, pour moi, c’est essentiel. On ne fait rien sans amitié et affection. Chirac a toujours été très attentif à celles et ceux qui l’ont accompagné, qui ne l’ont pas trahi, qui n’ont pas changé d’itinéraire parce que les sondages étaient bons ou moins bons.

« La seule fois où je ne l’ai pas vu prendre de bière, c’est quand il prenait du cidre... »


Les deux intervenants bretons du film, François Pinault et Yves Coppens, racontent le Chirac homme de culture. Une facette importante du personnage ?

Chirac est un homme curieux de tout, qui a une très grande culture. Il y a chez lui une recherche très profonde sur l’origine de l’Homme. Avec l’idée que pour comprendre ce qu’il est aujourd’hui, il faut comprendre d’où il vient et comment il s’est construit à travers les siècles.


Dans ce film, vous racontez aussi le Chirac qui dévore la vie, capable de manger une entrecôte de 800 grammes lors d’une visite matinale à Rungis…

Chirac est un épicurien. Il aime les mets qui sentent le terroir et sont l’expression d’une culture.


Et son amour de la bière n’est pas une légende ?

La seule fois où je l’ai vu ne pas prendre de bière, c’est quand il prenait du cidre…

« Jacques Chirac aime le combat, la conquête, mais qu’il n’est pas un jouisseur du pouvoir »


Quel est le moteur du Chirac homme politique ?

Contrairement à certains présidents, comme Mitterrand, et peut-être Giscard, Chirac n’aime pas le pouvoir pour le pouvoir. Si on écarte l’écume, on se rend compte qu’il aime le combat, la conquête, mais qu’il n’est pas un jouisseur du pouvoir.


Vous dites dans le film qu’il n’est pas obsédé par l’image qu’il va laisser…

Chirac ne se raconte pas une histoire, il ne pose pas pour l’avenir. Il cherche à rester ce qu’il est. Le pouvoir transforme. Il crée une distance entre son titulaire et les autres. Chirac a toujours fait en sorte que cette distance soit la moins forte possible. C’est un homme vrai, qui a pour ses concitoyens, quels qu’ils soient, une affection très profonde.

« Jacques Chirac aime rire, aime l’authenticité plus que l’apparence ».


C’est ce qui explique, selon vous, le lien particulier entre Chirac et les Français ?

Le lien particulier, c’est que les Français ont le sentiment que Chirac est un homme comme eux, qui aime rire, qui aime l’authenticité plus que l’apparence.


Si Jacques Chirac avait 20 ans aujourd’hui, serait-il tenté par la politique ?

C’est très difficile de répondre. Ce sont des époques différentes. La politique est devenue un métier du spectacle. Or, Chirac ne sème pas l’illusion ! Mais c’est un conquérant. Il se serait adapté aux usages, aux règles de la politique d’aujourd’hui.


Vous êtes l’un de ceux qui lui rendent visite régulièrement. À quel rythme ?

Le plus souvent possible ! Pendant longtemps, cela a été quotidien. Maintenant, c’est plusieurs fois par mois.


Quelles nouvelles pouvez-vous nous donner de lui ?

Il est très serein. Et toujours attentif aux autres.


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