Italie: Les autonomistes l'emportent largement au référendum en Vénétie et en Lombardie

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Les résultats du référendum sur l'autonomie à Milan, le 22 octobre 2017. — Luca Bruno/AP/SIPA

Les riches régions italiennes de la Vénétie et de la Lombardie ont voté dimanche à une écrasante majorité en faveur d’une plus grande autonomie, avec une participation suffisamment importante pour leur donner un pouvoir de négociation face à Rome.

Ce scrutin consultatif avait pris une teinte particulière après le vote d’autodétermination de la Catalogne, même si ses organisateurs ont répété dimanche soir que leur démarche restait pleinement dans le cadre de l’unité italienne. Selon les chiffres quasi définitifs, les électeurs ont voté à 95% en faveur du oui en Lombardie et à 98% en Vénétie, une région à l’identité forte, autour de Venise, qui a été indépendante pendant un millénaire. La participation était elle estimée à respectivement quelque 40% et 57%.

Le président de la Lombardie, Roberto Maroni, avait indiqué qu’une participation supérieure à 34 % serait un succès. Luca Zaia, le président de la Vénétie, où le scrutin n’était valide que si un quorum de 50 % était dépassé, a évoqué un « beau résultat », avec « plus de deux millions » d’habitants qui se sont rendus aux urnes. Roberto Maroni a pour sa part insisté sur les « 3 millions de Lombards » qui sont allés voter.

Mais la transmission des résultats a été affectée par une attaque informatique en Vénétie qui retardait la publication des chiffres définitifs. « Nous avons trois niveaux de sécurité, les hackers en ont atteint deux. Pour le moment, nous sommes un peu bloqués, nous téléphonons à chaque commune… », a déclaré Luca Zaia. En Lombardie en revanche, où l’on votait pour la première fois sur des tablettes, Roberto Maroni a assuré que le système avait fonctionné.

Les électeurs devaient dire s’ils souhaitaient que leur région dispose de « formes supplémentaires et conditions particulières d’autonomie », selon la formule inscrite dans la Constitution. La nature et l’ampleur de cette autonomie doivent désormais être négociées avec Rome et validée par le Parlement.

« J’ai voté oui pour donner davantage de pouvoir à la Vénétie dans une future Italie plus forte et plus fédérale. Non aux égoïsmes, oui à la bonne administration », a tweeté le maire de Venise, Luigi Brugnaro, à la tête d’une municipalité de centre-droit.

« Je suis heureux que des (…) millions, d’électeurs de Vénétie et de Lombardie demandent une politique plus proche, plus concrète et efficace, moins de bureaucratie et de gâchis », a déclaré pour sa part Matteo Salvini, le leader de la Ligue du Nord (extrême droite), parti au pouvoir dans les deux régions et promoteur du référendum.

Le oui avait aussi le soutien de Forza Italia de Silvio Berlusconi (centre droit), du Mouvement Cinq étoiles (populiste) et de plusieurs syndicats et organisations patronales. Le Parti démocrate (centre gauche, au pouvoir) n’avait pas donné de consigne.

La Lombardie (10 millions d’habitants) et la Vénétie (5 millions) figurent parmi les régions les plus riches d’Italie, et contribuent à hauteur de 30 % au PIB du pays. Elles sont aussi parmi les plus « vertueuses » en termes d’endettement, de dépenses publiques par habitant et du fonctionnement du système de santé. Surtout, elles présentent à elles deux un solde fiscal - différence entre ce que les habitants versent en taxes et impôts et reçoivent au titre des dépenses publiques - de quelque 70 milliards d’euros.

Une somme colossale dont les présidents des deux régions entendent réclamer la moitié à Rome, parallèlement à des compétences renforcées en matière d’infrastructures, de santé ou d’éducation. Ils estiment en effet que les fonds publics sont mal gérés par l’Etat central et pourraient être utilisés de manière beaucoup plus efficace, y compris via des partenariats entre régions.

Si la Catalogne est dans toutes les têtes, « les similarités sont minimes, le sentiment indépendantiste n’étant pas très répandu » dans les deux régions, a expliqué Nicola Lupo, professeur de droit constitutionnel à l’université Luiss de Rome. La Ligue du Nord elle-même a relégué aux oubliettes les velléités indépendantistes de ses jeunes années. Mais même les vrais indépendantistes, très minoritaires, soutenaient le oui à ce référendum, qu’ils considéraient comme un galop d’essai.


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