Il y a 40 ans, les mormons ouvraient leurs temples aux Noirs

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 69 Vues comments

À l’occasion de leur 188e conférence générale, du 31 mars au 1er avril à Salt Lake City (États-Unis), les mormons commémorent la fin du rejet des Afro-Américains au sein de leur religion.

L’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours (les mormons) organise durant sa deuxième conférence générale de l’année, du 31 mars au 1er avril. Ce rassemblement est le 188e du genre et se déroule comme toujours à Salt Lake City dans l’Utah, bastion historique des mormons. La ville s’apprête à accueillir pendant deux jours des visiteurs venant du monde entier pour des conférences et des offices religieux.

La manifestation est d’autant plus attendue qu’en 2018, l’Église mormone célèbre les 40 ans de l’acceptation en son sein des Afro-Américains.

En effet, c’est seulement à la suite d’une « révélation » des autorités mormones datant de juin 1978 que les familles noires furent acceptées, et que les hommes accédèrent à la prêtrise et aux responsabilités au sein de la communauté. Colloques, expositions et conférences seront organisés durant l’année pour se souvenir de cette page de l’histoire.

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Une politique discriminatoire

Les noirs étaient exclus de l’Église de Jésus-Christ des saints des derniers jours depuis qu’en 1852, le chef des mormons Brigham Young avait affirmé dans un texte que « ces gens que l’on nomme communément’nègres’ sont des enfants de Caïn ». Ce faisant, il associait leur peau noire à la malédiction biblique de celui qui, dans le livre de la Genèse, tua son frère Abel par jalousie.

À partir de cette décision, les Afro-Américains ne furent plus autorisés à venir à l’église, et par voie de conséquence, les hommes noirs ne pouvaient plus envisager de devenir prêtres.

Cette décision discriminatoire fut prise de manière soudaine. Il n’existe aucune trace écrite des disputes théologiques sur les noirs qui auraient agité l’église mormone depuis sa création en 1830, et provoqué ensuite cette exclusion. « C’est pour cela qu’il faut parler de politique, explique Carter Charles, professeur de civilisation américaine et spécialiste du mormonisme à l’université Bordeaux-Montaigne. Cela n’a jamais été une doctrine, car sinon, il n’y aurait jamais eu de prêtres noirs avant 1852. Or, on sait qu’il y en a eu. »

En effet, des Afro-Américains comme Elijah Abel et Walker Lewis furent ordonnés prêtres avant l’exclusion des noirs. « Il s’agissait purement et simplement d’une politique raciste ».

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Les Afro-Américains vécurent ce rejet comme une humiliation publique, car le culte mormon repose sur l’acquisition de responsabilités. « La religion se vit à travers les messes où tout le monde vient chanter, la présence au Temple. Pour les hommes, cela implique forcément la prêtrise, pour pouvoir ensuite jouer un vrai rôle dans la communauté. Avant 1978, les familles ne pouvaient pas se rendre à la messe, et les femmes noires étaient exclues des différentes activités du Temple », explique Carter Charles.

L’Église mormone plus ouverte aujourd’hui ?

Depuis la fin de la politique discriminatoire en 1978, l’église de Jésus-Christ des Saints des derniers jours met en œuvre différentes actions pour se détacher de ce passé. Elle s’est développée en Afrique et en Amérique Latine, et affirmait compter en 2015 près de 15 millions de fidèles répartis dans 176 pays. Une présence rendue possible par l’activité missionnaire, obligatoire chez les jeunes.

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Mais aux États-Unis où cette religion est née, le mormonisme reste une religion majoritairement « blanche ». Une étude du Pew Research Center datant de 2015 intitulée « Religions les plus et les moins ethniquement diversifiées aux États-Unis » montrait que 85 % des mormons sont blancs, 8 % sont latino-américains et environ 3 % sont noirs. Par ailleurs, au sein du haut clergé, on ne compte que deux noirs sur plus de 80 membres, et aucune femme.

Les questions raciales ne seront pas les seules à alimenter le débat : l’église mormone est également tourmentée par un scandale d’abus sexuels, perpétrés par le dirigeant d’un groupe de missionnaires en 2010. Celle-ci a confirmé dans un communiqué ne pas avoir dénoncé l’agresseur à l’époque des faits.

Asmaa Boussaha

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