Harcèlement. La galanterie à la française en débat

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par Nouvel Ordre Mondial 7 Vues comments

La tribune signée par la comédienne CatherineDeneuve, défendant une « liberté d'importuner » les femmes, suscite des réactions indignées parmi les féministes.
La tribune signée par la comédienne CatherineDeneuve, défendant une « liberté d'importuner » les femmes, suscite des réactions indignées parmi les féministes.

« Le viol est un crime. Mais la drague insistante ou maladroite n'est pas un délit, ni la galanterie une agression machiste », soutient la tribune publiée, mardi, dans Le Monde. Signée par une centaine de personnalités, elle s'inquiète d'un retour du « puritanisme ». En octobre, les révélations sur le puissant producteur hollywoodien Harvey Weinstein avaient entraîné sur les réseaux sociaux une vague de témoignages d'agressions sexistes et sexuelles, que ces personnalités qualifient de « campagne de délations ». 

Des propos à rebours des réactions publiques suscitées jusque-là, d'autant plus remarqués qu'ils sont signés par une actrice de renommée internationale et ont été publiés deux jours après la cérémonie des Golden Globes, où le milieu du cinéma américain avait fait front contre les violences sexuelles. La France serait-elle la seule, en vertu d'une singularité culturelle, à pouvoir s'attaquer au phénomène #Metoo et #Balancetonporc ? 

« La culture de la galanterie à la française existe depuis toujours », répond l'historienne du féminisme, Françoise Picq. « Déjà au Moyen-âge, on appelait ça l'amour courtois, tradition poétique de faire des vers pour les femmes, de les mettre sur un piédestal ». Pour elle, cette culture est « perverse » car elle nourrit « l'absence de révolte des femmes ».

En octobre, l'actrice Isabelle Adjani observait qu'« en France, il y a les trois G : galanterie, grivoiserie, goujaterie. Glisser de l'une à l'autre jusqu'à la violence en prétextant le jeu de la séduction est une des armes de défense des prédateurs et des harceleurs », dénonçait-elle. « On est un petit peu "empoisonnés", en France, par cette idée de la galanterie » qui « serait l'expression de la civilisation, de la culture française, des bons rapports qu'il y aurait dans notre pays par rapport aux autres, entre les hommes et les femmes », a estimé, sur France Culture, l'historienne Michelle Perrot. « C'est un mythe intéressant, mais qui recouvre au fond une domination particulière des hommes sur les femmes dans notre pays », a-t-elle ajouté. 

Pour Réjane Sénac, directrice de recherches CNRS à Sciences Po, « notre modèle républicain est construit sur un mythe égalitaire paradoxalement fondé sur la complémentarité entre hommes et femmes, sur le modèle papa/maman », estime-t-elle. « C'est au nom de cela que les femmes ont longtemps été exclues du droit de vote, car elles n'étaient pas considérées comme des êtres autonomes ». Avec cette tribune, « s'exprime la persistance des assignations à une complémentarité asymétrique », ajoute-t-elle.

Au-delà des signataires, le texte a cependant trouvé des soutiens. « Ce que j'ai aimé, c'est que ce soit des femmes qui prennent la parole pour dire ce que les hommes ne peuvent plus dire depuis des mois. À savoir que nous ne sommes pas tous des porcs », a déclaré, ce mercredi, sur France Inter, l'écrivain Frédéric Beigbeder. 

Sociologue et directrice de recherche au Cevipof, Janine Mossuz-Lavau a enquêté sur la vie amoureuse des Français. Aujourd'hui, comparé à il y a 17 ans, « on parle plus facilement des attouchements subis et des agressions. Il y a eu une prise de conscience ». Selon l'Institut national d'études démographiques (Ined), près de trois millions de femmes de 20 à 69 ans subissent, chaque année, dans l'espace public une situation de drague importune, et plus d'un million des situations de harcèlement et atteintes sexuels.


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