Guillaume Peltier. « Macron veut enjamber les européennes »

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par Nouvel Ordre Mondial 3 Vues comments


Que vous inspirent les atermoiements britanniques sur le Brexit ?

Nous devons être dans la démarche d’une main tendue à l’égard du Royaume-Uni. Mais l’impuissance de l’Europe, tant au plan économique, social que migratoire, milite pour une refondation. Or, le départ des Britanniques et le bras d’honneur fait par les Allemands à Emmanuel Macron dans la réponse de la CDU à sa tribune sur l’Europe démontrent que le chef de l’État a raté un rendez-vous historique : l’occasion d’apparaître en fédérateur.


Pire, vous estimez qu’il manque de vision et joue avec le feu.

En effet, c’est un jeu dangereux, en cadenassant le débat public, de faire croire que le choix se situerait entre lui, c’est-à-dire l’Europe sans les peuples, et le chaos des extrêmes, c’est-à-dire la France sans l’Europe. Les Français ne veulent pas jouer le match retour entre Macron et Le Pen. Aujourd’hui, les Français veulent une troisième voie. Nous le dirons aujourd’hui lors de notre Conseil national : avec Laurent Wauquiez, nous sommes les seuls à dire oui à l’Europe et non à Macron.


Pour autant, vous contestez de nombreuses pratiques européennes.

Rendons l’Europe efficace par un « Grand soir » des compétences. Que l’Europe arrête de s’occuper de tout, de la taille des saucisses aux rétroviseurs des tracteurs, ou encore de l’égalité des territoires, comme si quelques hauts fonctionnaires bruxellois pouvaient mieux connaître que nous les besoins de nos régions ! À l’inverse, il faut lui confier les enjeux de co-développement avec les pays du Sud pour régler la question des migrations (en dix ans, les Chinois ont créé 3 000 entreprises en Afrique), d’harmonisation fiscale, de politique agricole commune ou de protection commerciale. Il faut réhabiliter les frontières. Tout le monde se protège, sauf nous : les Chinois, les Américains… 100 % du marché européen leur sont ouverts quand les leurs nous sont fermés à 70 %. Assumons un patriotisme économique et une préférence européenne pour nos agriculteurs et nos ouvriers. Avec 500 millions d’Européens, nous avons le plus fort pouvoir d’achat du monde. Cessons d’être naïfs dans la mondialisation et disons clairement non à la concurrence déloyale de certains traités internationaux. Comment l’Europe peut-elle continuer à importer du colza OGM ou du saumon transgénique canadiens ?


Mais l’Europe ne fait plus rêver ?

Il faut réenchanter le rêve européen. Je propose la création d’une première Université de la Recherche et de l’Innovation pour inventer les géants du web et de l’intelligence artificielle (IA) de demain. On peut racheter nos chercheurs partis à l’étranger. Sur l’Europe, Macron parle beaucoup mais n’agit pas. Il n’y a rien de concret. Le « en même temps » fut le succès de sa campagne et ce sera le tombeau de sa présidence : son ambiguïté sur tous les sujets exaspère les Français. Sur l’Europe, comme sur le grand débat, il faut maintenant qu’il cesse de bavarder et qu’il décide.


N’êtes-vous pas vous-même un peu ambigu sur la doctrine économique en dissimulant honteusement votre libéralisme de naguère, notamment en refusant la privatisation d’Aéroports de Paris ?

Nous refusons la privatisation d’ADP. Ce sont les aéroports, donc les frontières. On ne privatise pas une frontière ! Même les Américains ne le font pas. Par ailleurs, nous voulons lutter contre les gaspillages de l’État central : c’est 40 milliards d’euros par an d’économies afin que nous baissions les charges des entreprises et que nous augmentions les salaires. Comment ? En luttant contre les fraudes fiscales et sociales. En rétablissant l’égalité public-privé des retraites et en supprimant tous les régimes spéciaux. En luttant contre l’assistanat et en rendant dégressives les allocations-chômage. Le grand enjeu qui vient, c’est de remettre la France au travail, de récompenser ceux qui travaillent, et ont travaillé, et de défendre les classes moyennes.


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