En Pologne, un remaniement en signe d’apaisement

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 18 Vues comments

Deux ténors de l’aile dure du gouvernement conservateur polonais ont été limogés mardi 9 janvier, avant un dîner prévu à Bruxelles entre le premier ministre Mateusz Morawiecki et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker.

Objectif, le dégel des relations avec l’UE, qui reproche à Varsovie de violer l’État de droit.

Dans quel contexte intervient cette recomposition du gouvernement ?

Nommé il y a un mois, le premier ministre Mateusz Morawiecki a pour mission de redorer le blason du gouvernement conservateur auprès de la Commission européenne, qui a enclenché contre la Pologne l’article 7 du traité de l’UE.

Cette procédure, lancée par crainte d’une main-mise de l’exécutif sur le pouvoir judiciaire, peut aller jusqu’à suspendre le droit de vote de la Pologne au Conseil européen. Le remaniement éjecte deux ténors de l’aile dure du parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS) : le ministre de la Défense Antoni Macierewicz et le ministre des affaires étrangères, Witold Waszczykowski.

Les deux hommes ont été remplacés par deux figures plus euro-compatibles. L’ancien ministre de l’Intérieur Mariusz Blaszczak prend la tête des armées. Le vice-ministre de la diplomatie Jacek Czaputowicz, de l’aile modérée du PiS, est promu à la place de son ancien patron. Trois autres portefeuilles – environnement, santé et numérique – sont renouvelés.

Que reprochait-on aux ministres limogés ?

Surnommé le « Liquidateur », l’ancien opposant anticommuniste Antoni Macierewicz est connu pour avoir fait le ménage dans les services secrets, soupçonnés d’être sous influence russe, alors qu’il était le n° 2 à la défense en 2006. Ministre titulaire depuis 2015, il a poursuivi son travail de purge.

Cet homme fort du parti paie ses positions trop atlantistes, alors que la Pologne a signé en faveur d’une coopération renforcée des défenses européennes. Antoni Macierewicz s’y était opposé. Il fait par ailleurs les frais de ses relations houleuses avec le président Andrzej Duda à propos de la réforme des armées.

À lire : En Pologne, la jeunesse tiraillée entre Varsovie et Bruxelles

C’est tout de même une surprise : Antoni Macierewicz était protégé par le président du PiS, Jaroslaw Kaczynski, qui tire à distance les ficelles du pouvoir. Le ministre déchu était le principal défenseur de la thèse d’un attentat, dans la catastrophe aérienne de Smolensk, qui a entraîné la mort de son frère jumeau, l’ancien président Lech Kaczynski.

Quant au maintien de Witold Waszczykowski, il n’était plus tenable alors qu’en tant que chef de la diplomatie il s’était opposé à la réélection de l’ancien premier ministre polonais libéral Donald Tusk à la présidence du Conseil européen. La Pologne avait alors été le seul pays à voter contre.

Cela a durablement terni les relations, notamment avec Paris et Berlin. Le ministre de l’Environnement Jan Szyszko était quant à lui au centre d’une procédure d’infraction lancée à Bruxelles, en raison de l’abattage des arbres de la forêt de Bialowieza, considérée comme la plus ancienne d’Europe.

Cela peut-il suffire à sortir de la crise entre Varsovie et Bruxelles ?

Le remaniement constitue sans conteste un signe d’ouverture à l’égard de l’UE. Mais il ne règle pas la question de l’indépendance de la justice, au cœur de la discorde entre Varsovie et Bruxelles.

« Je pense néanmoins que le geste sera pris au sérieux. Toute la question maintenant est de savoir si le PiS est en train de marginaliser la vieille garde avec un mouvement plus centriste réformateur, incarné par le premier ministre », commente Christian Lequesne, directeur de recherche à Sciences-Po Paris.

Bruxelles, en attendant de voir, ne veut pas envisager, contrairement à Paris et Berlin, de conditionner le versement des fonds européens au respect de l’État de droit. Mardi 9 janvier, le président de la commission européenne, Jean-Claude Juncker, l’a affirmé : « Nous voulons engager un dialogue avec le nouveau gouvernement polonais, avec le nouveau Premier ministre, pour trouver une solution constructive. »

À lire aussi : Contre la Pologne, l’UE enclenche une procédure sans précédent

Jean-Baptiste François

Et aussi


Commentaires