En Irak, des jihadistes condamnés à mort se « confessent » à la télévision

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par Nouvel Ordre Mondial 64 Vues comments

Photo de la régie de l’émission irakienne « Dans les griffes de la loi », prise le 22 janvier 2018 à Bagdad. (Sabah Arar/AFP)

« Salam Aleikoum, chers auditeurs, où que vous soyez »: chaque vendredi le présentateur introduit ainsi les confessions de jihadistes condamnés à mort en Irak avant de les conduire sous bonne escorte sur les lieux de leur crime.

Dans un pays qui a été terrorisé par le groupe État islamique (EI), chaque émission diffuse, à une heure de grande écoute, des images, parfois insoutenables, des crimes attribués à celui qui va être interrogé, menotté et vêtu d’une tunique orange ou jaune.

« Je reçois l’information du ministère de l’Intérieur, de la Défense ou de la sécurité nationale, qui les ont capturés. Eux choisissent le dossier à traiter, moi, je demande au ministère de la Justice l’autorisation d’interviewer le condamné », explique Ahmad Hassan, 36 ans, qui présente depuis fin 2013 « Dans les griffes de la loi » sur la chaîne officielle Iraqiya.

Son émission fête son 150e numéro et elle n’est pas près de s’arrêter car, selon lui, même si l’EI « a peut-être perdu militairement, son idéologie existe toujours ». « Ses partisans considèrent les autres comme des incroyants et continueront à assassiner tant que son idéologie perdurera », dit-il.

Images choc, reconstitution

Cela commence toujours pas des images choc, comme la photo d’une cinquantaine de membres de la tribu d’Abou Nimr gisant dans une mare de sang. Ils ont été exécutés par l’EI à Hit (ouest).

Puis apparaît l’un des meurtriers condamnés, Mithaq Hamid Hekmet, 41 ans, qui raconte le massacre en détail et donne les noms de ceux qui y ont participé.

D’autres vidéos tournées par l’EI montrent l’attaque d’une bijouterie, des attentats, un camion bourré de 750 kg d’explosifs, l’exécution au pistolet de six hommes en tunique orange agenouillés sur une place, ou des rapts.

Dans la plupart des émissions, les coupables se rendent sur place pour la reconstitution.

Un responsable des Finances de l’EI, Mohammad Hamid Omar, surnommé Abou Hajjaj, détaille sa spécialité: l’extorsion de fonds auprès des pharmacies, écoles, agences immobilières, stations essence, médecins.

Le présentateur assure qu’il n’interroge que des personnes déjà « condamnées ». Pour la majorité, le verdict est la peine de mort, mais certains écopent de la réclusion à perpétuité ou des peines allant jusqu’à 20 ans de prison. Dans son émission, la plupart sont des Irakiens, mais il y a aussi des ressortissants d’autres pays arabes.

« Certains de ceux que j’ai interrogés ont été depuis exécutés. C’est l’affaire de la justice pas la mienne », dit-il.

Le Haut-commissariat aux droits de l’Homme a comptabilisé en 2017 106 exécutions, principalement pour « terrorisme ».

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