En Inde, le meurtre d’une fillette réveille les tensions entre hindous et musulmans

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par Nouvel Ordre Mondial 15 Vues comments

Après le viol collectif puis le meurtre d’une fillette musulmane de 8 ans par des hommes hindous, dans l’État de Jammu-et-Cachemire (nord de l’Inde), les tensions sont à nouveau très vives entre les deux communautés.

Manifestation après le viol et le meurtre de la jeune Asifa  dans le district de Khujaria en Inde, février 2018.
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Manifestation après le viol et le meurtre de la jeune Asifa  dans le district de Khujaria en Inde, février 2018. / -/AFP

C’est le 17 janvier dernier que le corps sans vie d’Asifa, fillette de 8 ans dont l’identité est protégée par la loi indienne, a été retrouvé, après des recherches policières, dans une forêt isolée du district de Kathua, dans le sud du Jammu-et-Cachemire.

Mais c’est début avril, lorsque les détails horribles sur les circonstances de la mort de la fillette ont été rendus publics, que la colère et les tensions interreligieuses ont éclaté dans cet État du nord de l’Inde, où un long conflit oppose hindous, majoritaires, et musulmans, minoritaires.

En effet, les rapports de police ont révélé que la fillette, appartenant à l’ethnie Bakarwals, une communauté nomade musulmane (1), avait été enlevée le 12 janvier, « dans un pré où paissaient des chevaux ».

De là, elle aurait été emmenée dans un temple hindou, où elle aurait été droguée et gardée en captivité pendant cinq jours. Pendant cette période, l’enfant aurait été violée à plusieurs reprises par différents hommes, avant d’être assassinée et déposée dans une forêt voisine le 17 janvier. Les rapports post-mortem ont conclu qu’elle avait été étranglée.

Un ancien représentant du gouvernement

Assez rapidement, la police a arrêté huit suspects, dont un ancien représentant du gouvernement et trois policiers. Mais au lieu de calmer les tensions, l’action rapide de la police a transformé ce fait divers sinistre en « goutte d’eau » faisant déborder la colère des populations.

Une violente polémique s’est répandue sur les réseaux sociaux indiens, considérant que les enquêteurs ont été influencés par leur foi musulmane. Désormais, les suspects, tous hindous, sont soutenus par une coalition improbable de nationalistes religieux et de juristes qui font campagne pour faire tomber les charges qui pèsent contre eux.

« N’y a-t-il aucun fonctionnaire hindou dans la police locale capable de mener une enquête ? », a lancé Rakesh Singh, leader local du BJP (parti nationaliste hindou dont le leader est l’actuel premier ministre Narendra Modi). Rakesh Singh soutient que « les suspects hindous que les enquêteurs musulmans ont arrêtés sont innocents ». D’autres membres du BJP local ont exprimé leur perte de confiance en la police du Jammu-et-Cachemire.

La semaine dernière, de violentes protestations ont éclaté devant le tribunal de la petite ville de Kathua, lorsque des avocats d’État, soutenus par le Conseil d’unité hindou (HUC, groupe nationaliste hindou de droite), ont voulu interdire aux forces de police de venir déposer contre les accusés.

Pour justifier cette action, le leader du HUC, Vijay Sharma, a prétendu que l’État du Jammu-et-Cachemire avait adopté une « position trop clémente » envers les musulmans et avait laissé leur nombre augmenter ces dernières années, avec l’arrivée de plusieurs milliers de réfugiés Rohingya du Myanmar.

Réclamation d’une enquête CBI impartiale

« Nous sommes déjà un État sensible dans lequel les musulmans sont une menace, et leur population ne cesse d’augmenter », a déclaré Vijay Sharma, ajoutant que cette affaire complexe « pose des questions qui concernent l’État entier ».

L’Ordre des avocats exige maintenant que le Bureau central d’enquêtes (CBI) reprenne l’affaire. « Nous voulons une enquête CBI impartiale, basée sur des faits authentiques car la victime et les enquêteurs sont liés par la religion », a déclaré B.S. Slathia, président de l’Ordre des avocats du Jammu-et-Cachemire.

Du coup, une pétition a été lancée ces jours derniers par Ayan Raie, avocat à la Haute Cour de Calcutta, à travers toute l’Inde pour demander au conseil du Barreau indien de suspendre les avocats du Jammu-et-Cachemire qui protestent contre l’arrestation des accusés de viol d’Asifa.

« Un groupe d’avocats dévoyés a protesté contre l’arrestation des accusés, fermant les yeux sur leurs actes criminels », lit-on dans cette pétition. Ces avocats ne sont pas dignes d’exercer leur profession et ridiculisent notre système de justice pénale. Ces avocats ne devraient jamais être autorisés à représenter quelqu’un devant des tribunaux indiens. »

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Claire Lesegretain (avec CNN)

(1) Cette ethnie nomade se déplace traditionnellement avec son bétail entre Jammu (au sud du Jammu-et-Cachemire, où les hindous sont majoritaires) pendant les mois d’hiver, et Cachemire (au nord, dominé par les musulmans) quand la neige fond au printemps.

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