En Bavière, une « élection très importante » pour Angela Merkel

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par Nouvel Ordre Mondial 23 Vues comments

Les Bavarois élisent dimanche 14 octobre 2018 leur Parlement régional. L’Union chrétienne-sociale (CSU) gouverne la région presque sans interruption depuis 1946, mais devrait cette fois perdre la majorité absolue.

C’est la fin d’une époque pour « l’État libre » de Bavière, et un nouveau revers pour la chancelière allemande Angela Merkel, de plus en plus fragilisée à Berlin.

En Allemagne fédérale, le renouvellement des Parlements régionaux tourne rarement au plébiscite pour ou contre le gouvernement fédéral. Contrairement à la France, les élections régionales n’ont jamais lieu en même temps dans les 16 Länder du pays, et ils se focalisent ainsi souvent sur des thèmes purement locaux.

Cette fois, à deux jours des élections bavaroises, qui se tiendront dimanche 14 octobre 2018, tous les regards se tournent vers Berlin et la chancelière Angela Merkel.

Vers un affaiblissement de la CSU, alliés traditionnels de la CDU d’Angela Merkel

L’affaiblissement annoncé des chrétiens-sociaux bavarois (CSU), alliés traditionnels de la CDU d’Angela Merkel, se confirmera-t-il, et si oui, signifiera-t-il une sanction envers la chancelière et sa politique ? C’est en tout cas ce que pense Markus Söder, tête de liste CSU et ministre-président de Bavière, dont le parti est crédité de 33 % d’intentions de vote, loin des 47,7 % obtenus en 2013.

À une semaine des élections, il a accusé la grande coalition au pouvoir à Berlin depuis 2013 d’être à l’origine des mauvais sondages de son parti. Car selon lui, rien ne justifie une sanction électorale des chrétiens-sociaux bavarois, alors que l’économie bavaroise est en plein boom. Si la CSU est à la peine, c’est selon lui, à cause du « tourisme de l’asile » né de l’ouverture temporaire des frontières allemandes en 2015 par Angela Merkel.

« Cette élection en Bavière est d’une très haute importance pour Angela Merkel », reconnaît Michael Weigl, de l’université de Passau. Pour lui, les thèmes de cette campagne restent en partie régionaux, mais l’atmosphère générale est influencée par la politique nationale. « De nombreux électeurs de la CSU ne supportent plus Angela Merkel. D’autres, encore nombreux, continuent de la soutenir, mais demandent des changements dans sa manière de gouverner », explique le politologue.

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En cas de défaite dimanche, la chancelière devrait selon lui rejeter la responsabilité sur la seule CSU, « sur sa manière de faire de la politique, de polariser les débats, sur son manque de solidarité au niveau gouvernemental », estime Michael Weigl. Mais dans les faits, une déroute régionale ne ferait « qu’accroître les voix dissidentes au sein de son propre parti ».

Angela Merkel ne tient plus ses troupes

De fait, jamais Angela Merkel, réélue chancelière il y a tout juste un an pour la quatrième fois, ne s’est retrouvée dans une telle position de faiblesse. Malmenée au sein de son gouvernement entre des Bavarois et des sociaux-démocrates que tout oppose, elle ne tient plus ses troupes.

La semaine dernière, elle a subi un affront inattendu lorsque l’un de ses plus fidèles cadres, Wolfgang Kauder, a échoué à se faire réélire à la tête du groupe parlementaire au Bundestag. Angela Merkel avait pourtant soutenu sa candidature. Dans la foulée, la branche jeunesse de son parti l’a appelé à faire des ajustements dans sa politique et dans son style de management.

L’année 2019 promet d’être aussi houleuse

Dans ce contexte tendu, les élections bavaroises s’annoncent comme un premier test grandeur nature pour la chancelière et sa politique. Suivra le 28 octobre un autre scrutin, en Hesse. Dans ce Land, le chef du gouvernement, un proche de la chancelière, Volker Bouffier, est loin d’être assuré de se maintenir.

L’année 2019 promet d’être tout aussi houleuse, avec des élections à l’automne dans trois autres régions (Brandebourg, Saxe, Thuringe), là où l’AfD dépasse déjà les 25 % d’intentions de vote. D’ici là, les scrutins en Bavière et en Hesse pourraient avoir des conséquences sur le court terme, lors du congrès de la CDU, début décembre. Angela Merkel se représentera-t-elle à la tête de son parti ? Organisera-t-elle enfin sa succession ? Les paris sont déjà lancés.

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La CSU face à son déclin

Environ 9,5 millions de Bavarois sont appelés dimanche à élire leurs 180 députés au Parlement régional pour un mandat de cinq ans. Près de 600 000 votent pour la première fois. Seuls les partis ­obtenant au moins 5 % des voix à l’échelle du Land seront représentés.

Depuis 1962, les conservateurs de l’Union chrétienne-sociale (CSU) n’ont perdu qu’une fois la majorité absolue, en 2008. Aux dernières législatives de 2013, la CSU avait obtenu 47,7 % des voix contre 20,6 % au Parti social-démocrate (SPD), 9 % aux Freie Wähler (« électeurs libres »), un petit parti conservateur, et 8,6 % aux Verts. Markus Söder a succédé en mars 2018 à Horst Seehofer (nommé ministre fédéral de l’intérieur) à la tête de l’exécutif régional.

La CSU oscille entre 33 % et 35 % dans les intentions de vote contre 16 % à 18 % pour les Verts. Le parti d’extrême droite Alternative pour l’Allemagne (AfD) et le Parti social-démocrate (SPD) sont tous deux au coude-à-coude, entre 10 % et 14 % des voix, suivis de près par les Freie Wähler (11 %) puis les libéraux du FDP (5,5 %).

Delphine Nerbollier, correspondante à Berlin

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