En Autriche, un ministre de l’intérieur d’extrême droite bien encombrant

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 9 Vues comments

Alors que Vienne a pris pour six mois la présidence tournante de l’Union européenne, le ministre de l’intérieur d’extrême droite Herbert Kickl réunit ses homologues à Innsbruck jeudi 12 juillet, sur la gestion migratoire.

L’ancienne plume de Jorg Haider enchaîne les scandales à son poste. Sa dernière proposition : proscrire les demandes d’asile dans l’UE. Une mesure impensable en regard du droit international.

L’homme devient encombrant pour le jeune chancelier conservateur autrichien Sebastian Kurz qui, dans son alliance avec l’extrême droite, ne veut pas trop s’exposer à la vindicte internationale. Son ministre de l’intérieur Herbert Kickl, pilier du parti FPÖ, fondé par des nazis, va de bourdes en scandales, alors qu’il doit présider ce jeudi 12 juillet dans la capitale du Tyrol, Innsbruck, une réunion avec ses homologues européens, sur le dossier migratoire. Sa dernière proposition en date : proscrire les demandes d’asile dans l’Union européenne.

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Infraction au droit international

Selon lui, toute autre solution « inciterait les passeurs à dire : je prends votre argent pour vous emmener dans l’Union européenne, parce que vous avez la garantie de pouvoir y faire une demande d’asile avec la probabilité très, très faible d’être renvoyé ». Cette proposition, en effet, est en contravention notamment avec la Convention de Genève, pour laquelle « toute personne a le droit de chercher asile et de bénéficier de l’asile en d’autres pays ».

Vienne est prête s’il le faut à fermer le col du Brenner qui sépare l’Autriche de l’Italie, et de déployer l’armée à la frontière Slovène, et même jusqu’en Afrique. À Innsbruck, Herbert Kickl devrait proposer d’externaliser au maximum la gestion migratoire.

Le ministre de l’intérieur va en outre proposer des « centres de retour » dans les pays extérieurs à l’UE qui voudront bien les mettre en place, après avoir, quelques semaines auparavant, émis le souhait de gérer les demandeurs d’asile « de manière concentrée », allusion douteuse aux camps nazis dénoncée dans les rangs des conservateurs.

Un document préparatoire interne, qui a fuité dans la presse autrichienne, estime que parmi les demandeurs d’asile « beaucoup sont tout particulièrement sensibles aux idéologies hostiles à la liberté ou qui prônent la violence ». Il propose de ne garantir l’asile qu’à « ceux qui respectent les valeurs de l’UE et ses droits et libertés fondamentales ».

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Un « cerveau » sans diplôme

Herbert Kickl a commencé à faire le ménage dans son ministère, pour placer ses sympathisants mais pas seulement. Une perquisition très contestée a en effet eu lieu dans les services de renseignement. Le ministre est accusé d’avoir fait disparaître des dossiers montrant les liens du FPÖ avec la Russie de Vladimir Poutine.

Pour comprendre le profil d’Herbert Kickl, il faut remonter à sa jeunesse, passée entre études et engagement précoce pour le parti. Il est resté sept ans sur les bancs universitaires (sciences politiques, journalisme, philosophie) sans jamais aller en bout d’un cursus, ce qui lui vaut encore aujourd’hui des complexes. « C’est un homme qui n’aime pas les intellectuels mais qui lit beaucoup », explique Patrick Moreau à propos de ce marathonien soigné, au visage surmonté de petites lunettes rondes, considéré comme l’un des « cerveaux » de son parti.

Le ministère de l’intérieur en récompense

C’est à la fin des années 1990 que sa carrière prend un tournant décisif, en devenant la plume du leader d’extrême droite Jorg Haider, mort en 2008 dans un accident de voiture. « On lui doit les traits d’esprit les plus méchants », raconte le politologue Patrick Moreau. Ce n’est qu’en 2005 qu’il rompra avec Jorg Haider pour se rapprocher du nouvel homme fort du FPÖ, Heinz-Christian Strache, et devenir l’une de ses éminences grises.

« Il a été chargé de l’organisation de toutes les campagnes électorales du parti », raconte le politologue Patrick Moreau. Avec une certaine efficacité, puisque le FPÖ est entré au gouvernement l’année dernière pour la deuxième fois de son histoire. Sa récompense a été le ministère de l’Intérieur. « Il était le seul à pouvoir occuper le poste au FPÖ, et en même temps, personne d’autre ne voulait du dossier migratoire, entièrement occupé par le chancelier Sebastian Kurz, qui ne veut pas pousser l’Italie à prendre des mesures trop extrêmes », selon Patrick Moreau.

Herbert Kickl, lui, a accepté d’occuper ce terrain même s’il sait qu’il n’aura pas le dernier mot. Cela lui donne l’occasion de s’illustrer la communication et la diffusion de l’idéologie, des domaines dans lesquels il excelle.

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