En Allemagne, Angela Merkel arrache un accord de principe pour un gouvernement

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 8 Vues comments

L’accord doit encore être validé vendredi 12 janvier par les instances des trois partis concernés. S’il est accepté, il permettra à la chancelière de rester au pouvoir.

Après plus de 24 heures de négociations non-stop, Angela Merkel et les sociaux-démocrates sont parvenus vendredi 12 janvier dans la matinée à un accord de principe pour un nouveau gouvernement en Allemagne.

Assurer la survie politique d’Angela Merkel

Cet accord de principe doit encore être validé dans la journée de vendredi par les instances dirigeantes des trois partis concernés, les démocrates-chrétiens (CDU et CSU) et les sociaux-démocrates (SPD), entrés à reculons dans ces discussions après une défaite cuisante lors des élections législatives de septembre 2017.

Ce compromis devrait permettre à la première économie européenne de sortir de son impasse politique trois mois et demi après le scrutin. Et à Angela Merkel d’assurer sa survie politique, avec un possible quatrième mandat après douze ans de pouvoir.

Après un premier échec en novembre pour former une coalition majoritaire avec les écologistes et les libéraux, la chancelière n’avait plus le droit à l’erreur si elle voulait rester à la tête du pays.

Lire aussi : Allemagne, de nouvelles discussions en vue d’une « grande coalition »

La réforme de la zone euro

Mais rien n’est encore définitif. Côté social-démocrate, la décision d’entrer dans un nouveau gouvernement de coalition avec les conservateurs devra aussi recevoir le feu vert des délégués du parti lors d’un congrès extraordinaire le 21 janvier à l’issue très incertaine.

Ensuite les négociations détaillées sur un programme de coalition débuteront. Dans le meilleur des cas, un nouvel exécutif ne sera en place que fin mars, alors que toute l’Europe s’impatiente. Paris, en particulier, attend une réponse à ses propositions de réformes de la zone euro.

« Nous voulons, en étroite collaboration avec la France, renforcer durablement et réformer la zone euro » afin qu’elle puisse « mieux résister aux crises », indique le document accepté par les deux camps. Il n’entre toutefois pas dans le détail des propositions faites par Emmanuel Macron en vue notamment de la création d’un budget de la zone euro, d’un ministre des finances pour les pays de l’Union monétaire, voire d’un parlement propre à la zone euro.

Un accord forcé pour le SPD

« Si nous acceptions de rentrer au gouvernement, ce ne serait qu’à la condition de renforcer l’Europe », avait insisté le président du SPD, Martin Schulz, jeudi 11 janvier. Après le scrutin de septembre, les sociaux-démocrates avaient dans un premier temps choisi l’opposition. Mais l’échec de novembre entre conservateurs, libéraux et écologistes, puis la pression du chef de l’État Frank-Walter Steinmeier, poids lourds du SPD qui voulait éviter de nouvelles élections risquant de profiter à l’extrême droite, ont contraint Martin Schulz à une volte-face délicate.

La base du SPD, qui aura le dernier mot, peut toutefois encore tout faire capoter au bout du compte. Elle reste très sceptique à l’idée de servir à nouveau d’appoint aux conservateurs.

Désireux de convaincre les militants, Martin Schulz a mis en avant les thèmes de justice sociale lors des pourparlers. Il a réclamé d’importants investissements dans l’éducation et les infrastructures ; un soutien aux classes moyennes et défavorisées ; la suppression des inégalités face à l’assurance santé entre riches et pauvres ; et une augmentation du taux d’imposition sur les gros salaires de 42 à 45 %.

« Coalition des perdants »

L’Allemagne, en pleine croissance, a les moyens d’être généreuse. Avec plus de 38 milliards d’excédent budgétaire en 2017, les caisses publiques n’ont jamais été aussi remplies depuis la réunification, selon des chiffres officiels publiés jeudi. Les conservateurs ont, eux, insisté sur des baisses d’impôt limité pour tous.

Les deux camps se sont également opposés sur la politique migratoire, que la CSU veut durcir alors que le SPD prône un assouplissement du regroupement familial. L’accord prévoit finalement de limiter le nombre de demandeurs d’asile à environ 200 000 par an. Cette limite correspond aux souhaits des démocrates-chrétiens, même si le document de travail autorise une flexibilité vers le haut.

Le contexte politique est défavorable pour les deux camps. Certains médias ont déjà qualifié la possible alliance de « coalition des perdants », chacun ayant été, d’une certaine façon, sanctionné par les électeurs lors du scrutin législatif, marqué par la percée de l’extrême droite.

Lire aussi : À Berlin, le blues des députés déboussolés

La Croix (avec AFP)

Et aussi


Commentaires