Emmanuel Macron appelle à « refonder l’Europe » au Parlement européen

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 41 Vues comments

Devant les parlementaires européens réunis à Strasbourg, le président de la République a encouragé ce mardi matin 17 avril, à ne pas céder aux tentations autoritaires. Il s’affiche en fervent défenseur de la construction européenne et invite à refonder « l’Europe des peuples ». Il espère que cette « Europe libérale » remportera les élections européennes de 2019.

Après les chefs de gouvernement d’Irlande, de Croatie et du Portugal, c’était au tour d’Emmanuel Macron de livrer sa vision de l’Europe au Parlement européen lors d’un débat avec les eurodéputés, ce mardi matin 17 avril.

Lors de ce premier grand oral dans l’hémicycle strasbourgeois, le président a tenté de rallier les députés à son objectif « de refonder l’Europe ». Une gageure pour le président car cette ambition est loin de faire l’unanimité dans une Europe confrontée à des défis majeurs.

Résister aux tentations « autoritaires »

Le président a d’entrée de jeu insisté sur les menaces qui pèsent sur l’unité européenne. « Nous allons échanger dans un contexte de divisions et parfois de doute. Le Brexit continue à être discuté. Nous faisons face à ce doute qui naît dans l’ombre de nos pays européens avec la tentative de repli sur nos égoïsmes nationaux ».

Emmanuel Macron souligne l’importance de la pérennité de l’unité européenne : « Je souhaite qu’on puisse dépasser le clivage entre l’est et ouest. (…) J’appartiens à une génération qui n’a pas connu la guerre, qui est en train de s’offrir le luxe d’oublier ce que les prédécesseurs ont vécu » et refuse d’appartenir « à une génération de somnambules, qui a oublié son propre passé, et refuse de voir les tourments de son propre présent. Je veux appartenir à une génération qui veut défendre fermement sa démocratie et qui défendra cette souveraineté européenne. Car nous nous sommes battus pour l’avoir. Je ne céderai à aucune facilité des temps présents, des temps autoritaires. »

Sur l’Europe, ce qu’a (déjà) dit Emmanuel Macron dans ses discours

Le président français refuse les discours pessimistes sur l’avenir européen. « Je ne veux pas l’abandon des libertés et cette idée qui gagne l’Europe : la démocratie serait vouée à l’impuissance. La réponse n’est pas la démocratie autoritaire mais l’autorité de la démocratie face à l’autoritarisme qui monte. »

Emmanuel Macron met en garde face à la menace de l’immobilisme. Il faut se méfier d’« une logique qu’on connaît bien, celle de la paralysie. Ce n’est pas le peuple qui a abandonné l’idée européenne, c’est la trahison des clercs qui la menace. Ils n’ont pas besoin de pédagogie mais d’un projet nouveau. Ce qui attise leur colère, c’est la proposition du retour aux nationalismes d’hier. Or, nous en avons déjà expérimenté toutes les voies et toutes les conséquences. »

« Dans ce monde, la démocratie européenne est notre plus grande chance »

Au cours de son discours, le président a évoqué les enjeux qui seront décisifs sur l’issue des élections européennes de 2019. « Nous aurons à revivre nos combats. J’ai la conviction que si nous décidons d’abandonner notre attachement à la démocratie, nous ferons fausse route. Nous devons construire une nouvelle souveraineté européenne, donner la réponse ferme à nos concitoyens que nous pouvons les protéger et que nous pouvons apporter une réponse à ces désordres du monde. »

Tout au long de son discours, Emmanuel Macron a invité à refonder « l’Europe des peuples ». « Comment se satisfaire d’élection européenne ou moins d’un citoyen sur quatre va voter ? Nous ne pouvons pas aujourd’hui faire comme hier, c’est-à-dire accuser Bruxelles ou Strasbourg de tous les maux. Continuer de faire cela, c’est faire un jeu de dupe. »

Il a également fait part de sa vision de l’Europe, celle théorisée par le philosophe Tocqueville. « Dans ce monde, la démocratie européenne est notre plus grande chance. La pire de nos erreurs serait d’oublier notre identité. À Bruxelles, vous faites vivre chaque jour notre démocratie en Europe, celle dont parlait Tocqueville. Cette même démocratie qui protège nos droits fondamentaux, celle que j’appelle la démocratie libérale. »

L’enjeu des consultations européennes

Le président a également évoqué les consultations citoyennes. « J’ai décidé d’innover avec ces consultations. J’ai lancé un débat franc, ouvert et difficile pour savoir ce qui rassemble et sépare, pour sortir du débat simpliste du oui ou non. Je me réjouis que tous les États membres aient accepté cette démarche. Je vous invite à participer à ces débats essentiels, qui sont nécessaires à la souveraineté européenne. Défendre l’idée européenne, ce n’est pas défendre une idée abstraite. La dilution de notre propre souveraineté, c’est acter que face à ces bouleversements du monde, nous avons besoin d’une souveraineté plus forte que la nôtre qui permettra d’apporter de grandes réponses face aux défis des migrations, face aux questions environnementales (…), c’est cela auquel je crois. »

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Emmanuel Macron a également mis en garde contre la diplomatie de son homologue outre-atlantique. « Notre partenaire américain fait face à la tentation du désengagement. » Et mentionne le Brexit de façon implicite. « Ils disent que les peuples ne veulent plus d’Europe. Ils leur proposent des voies dorées mais quand il s’agit de s’embarquer dans l’aventure, ils s’y soustraient. »

Une aide aux collectivités locales qui accueillent des réfugiés

À la fin de son allocution, Emmanuel Macron a énuméré quatre grandes propositions pour l’Europe. Il souhaite notamment la mise en place d’une aide financière aux collectivités locales qui accueillent des réfugiés: « D’ici au printemps 2019, nous devons obtenir des réponses et débloquer le débat empoisonné sur le traité de Dublin et les relocalisations, en refondant le débat sur la solidarité. Je propose de créer un programme européen qui soutienne financièrement les collectivités locales qui accueillent et intègrent les réfugiés. »

Le président envisage également une taxation numérique « en créant une taxe à court terme qui mette fin aux abus les plus choquants ». Cette taxe constituerait selon lui « des pistes de ressources propres pour le budget à venir », et pourrait financer le soutien aux collectivités locales qui accueillent des réfugiés.

« La réforme de l’union économique et monétaire est un troisième front indispensable, en définissant une feuille de route sur l’union bancaire, favorisant la stabilité et la convergence dans la zone euro » a également déclaré Emmanuel Macron.

Enfin, Emmanuel Macron se porte garant de la protection de la culture européenne : « Ce qui nous tient, c’est un sentiment d’appartenance, autrement dit une culture. Je veux insister sur la protection des droits d’auteur et de la production artistique. »

« Revoir à la hausse la contribution européenne dans le cadre de l’accord de paris »

Le président a également invité à une contribution à la hausse dans le cadre de l’accord de Paris. « La souveraineté est aussi climatique et énergétique. Il faut revoir à la hausse la contribution européenne dans le cadre de l’accord de paris. Je souhaite que nous puissions rouvrir le débat sur un prix plancher du carbone. La France soutiendra l’idée d’une taxe aux frontières pour le CO2. C’est la condition d’une transition énergétique crédible. »

Emmanuel Macron s’est également engagé à une hausse de la contribution de la France au budget communautaire. « La France est prête à augmenter sa contribution, en créant de nouvelles ressources propres sur le numérique comme sur de nouvelles ressources énergétiques. »

« Aux élections européennes à venir, ce sera le choix de ceux qui veulent une Europe du repli, de l’habitude ou celui de ceux qui peuvent proposer une démocratie vivante, celle à laquelle nous croyons », a conclu le président français devant les parlementaires européens.

Marie Briand-Locu

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