Droits de l’homme, famille et migrants : le discours du pape au corps diplomatique

Droits de l’homme, famille et migrants : le discours du pape au corps diplomatique

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par Nouvel Ordre Mondial 43 Vues comments

Le pape a centré son discours au corps diplomatique, lundi 8 janvier au Vatican, sur le centenaire de la fin de la Grande Guerre et les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Il a notamment mis en garde contre les « nouveaux droits » nés de 1968 qui fragilisent les droits de l’homme.

Certes, le pape aura relu une année diplomatique riche en événements avec des voyages en Colombie, en Égypte ou en Birmanie et au Bangladesh à la forte coloration politique. Certes, il aura effectué un tour d’horizon des « points chauds » de la planète qui préoccupent le Saint-Siège, à commencer par la tension en Corée et la situation à Jérusalem et dans la région, mais aussi le Venezuela, l’Ukraine, l’Afrique…

Mais plutôt que de regarder le passé, c’est vers l’avenir que François a voulu se tourner dans son discours au corps diplomatique, lundi 8 janvier, dans la Salle royale du Vatican, se concentrant sur une année 2018 qui sera marquée par le centenaire de la fin de la Première Guerre mondiale et les 70 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme. Deux événements qu’il a voulu lier, rappelant que « des cendres de la Grande Guerre, on peut tirer deux avertissements, que malheureusement l’humanité n’a pas su comprendre immédiatement, arrivant une vingtaine d’années après à affronter un nouveau conflit encore plus dévastateur ».

Document Le discours du pape François au corps diplomatique

Le pape a une nouvelle fois plaidé pour le désarmement

Soulignant d’abord que « vaincre ne signifie jamais humilier l’adversaire », il a aussi rappelé que « la paix se consolide lorsque les nations peuvent traiter entre elles dans un climat de parité ». « La condition fondamentale de cette attitude est l’affirmation de la dignité de chaque personne humaine, dont le mépris et la méconnaissance portent à des actes de barbarie qui offensent la conscience de l’humanité », a-t-il expliqué, relevant que, pour le Saint-Siège, « parler des droits humains signifie avant tout proposer de nouveau la centralité de la dignité de la personne, en tant qu’elle est voulue et créée par Dieu à son image et à sa ressemblance ».

Dans cette optique, rappelant que « ces droits trouvent leur fondement dans la nature qui objectivement unit le genre humain », il s’est inquiété du fait que, « surtout à la suite des bouleversements sociaux de 1968, l’interprétation de certains droits s’est progressivement modifiée, de façon à inclure une multiplicité de “nouveaux droits” ».

Des « conceptions controversées », « en contraste avec la culture de nombreux pays » qui ne se sentent pas « respectés dans leurs traditions socio-culturelles propres » et qui amènent « des formes modernes de colonisation idéologique des plus forts et des plus riches au détriment des plus pauvres et des plus faibles ». Et qui viennent fragiliser l’application même des droits humains les plus fondamentaux.

A relire Le pape François appelle à « construire des sociétés ouvertes et accueillantes »

Au premier rang d’entre eux, François a placé « celui à la vie, à la liberté et à l’inviolabilité de chaque personne humaine », menacé d’abord par « la guerre ou la violence ». À ce sujet, il a une nouvelle fois plaidé pour le désarmement, se félicitant du Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, signé par le Saint-Siège, et demandant « un débat serein et le plus ample possible sur la question », au-delà des positions de principe, notamment des pays dotés de l’arme atomique.

Dénoncer les discours de rejet

Mais le pape a aussi dénoncé « des formes plus subtiles » d’atteinte au droit à la vie : « enfants innocents, rejetés avant même de naître », personnes âgées « rejetées » elles aussi, femmes violentées, victimes de la traite… Il a aussi relevé le « droit de former une famille », reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme comme un « élément naturel et fondamental de la société » alors qu’elle « est considérée comme une institution dépassée », notamment en Occident.

« Je juge, par conséquent, urgent qu’on entreprenne de réelles politiques de soutien aux familles, dont par ailleurs dépendent l’avenir et le développement des États », a-t-il insisté, mettant en garde contre l’« hiver démographique » causé par la baisse de la natalité.

« C’est le signe de sociétés qui ont du mal à affronter les défis du présent et qui deviennent donc toujours plus craintives face à l’avenir, en finissant par se replier sur elles-mêmes », a-t-il regretté, juste avant de plaider une nouvelle fois pour l’accueil des migrants et de dénoncer les discours de rejet « parfois juste pour susciter des peurs ancestrales ».

Tout en appelant à ce que les réfugiés syriens puissent retourner dans leur pays, il a aussi demandé un meilleur accueil des immigrés en Europe, souhaitant la « construction de sociétés inclusives » fondées sur « une compréhension intégrale de la personne humaine » et mettant en garde contre l’utilisation de la religion « pour justifier idéologiquement de nouvelles formes d’extrémisme, ou bien prétexte à l’exclusion sociale, voire à des formes de persécutions des croyants ».

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185 ambassadeurs au Vatican

183 États ont des relations diplomatiques avec le Saint-Siège, auxquels s’ajoutent l’Ordre de Malte et l’Union européenne. La Birmanie est le dernier État à avoir établi des relations diplomatiques, en mai dernier.

89 ont un ambassadeur présent à Rome (les autres résident dans d’autres capitales en Europe).

Sur les 185 ambassadeurs accrédités, seules 25 sont des femmes (12 résidents, 13 non-résidents), relève cette année le Vatican, de façon inhabituelle.

Nicolas Senèze, à Rome

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