« Don Romano », le faux prêtre devant la justice

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 19 Vues comments

Edmond Romano comparaît vendredi 15 juin devant le tribunal correctionnel de Toulon pour escroquerie. Depuis plus de trois décennies, ce sexagénaire se fait passer pour un prêtre dans des villes de France.

Juillet 2017. Lors d’un forum organisé par des associations chrétiennes dans le Var, le père Samuel, jeune vicaire de la paroisse Saint-Georges de Toulon, rencontre un sympathique prêtre sexagénaire qui dit travailler pour la secrétairerie d’État du Vatican. En soutane, muni d’un bréviaire, « Don Romano » célèbre une messe, participe à une procession du Saint-Sacrement, confesse plusieurs fidèles.

Arrêté grâce au père Samuel

Près d’un an plus tard, le 24 mai dernier, « Don Romano » frappe à la porte de l’église Saint-Georges, en tenue de civil et l’œil au beurre noir. Il dit avoir été agressé à Marseille et n’avoir plus d’argent ni de papiers. « Comme il ne connaissait que moi dans la région, je l’ai évidemment accueilli au presbytère », explique le père Samuel.

Le soir même, alors que le diacre de la paroisse cherche sur Internet des informations sur le parcours inhabituel de cet hôte, il découvre, stupéfait, un article intitulé « Don Romano, fripouille de bénitier », paru dans Libération il y a… vingt ans. L’homme est arrêté sans résistance un peu avant une heure du matin et incarcéré. Il comparaît demain devant le tribunal correctionnel de Toulon pour escroquerie et filouterie d’hôtel.

Un escroc multirécidiviste courtois et doté d’une solide culture religieuse

Depuis 1984, Edmond Romano a été condamné 23 fois : chèques volés, abus de confiance, grivèlerie… Cet ancien chef d’entreprise père de deux enfants, que son avocat présente comme un « accidenté de la vie » actuellement sans domicile, a tout de l’escroc multirécidiviste.

Courtois et doté d’une solide culture religieuse, il s’est fait passer pour médecin, juge… et prêtre. De l’évêché de Saint-Étienne à l’abbaye de Jouques (Bouches-du-Rhône), de la paroisse d’Épinal (Vosges) à celle de Chamalières (Puy-de-Dôme), son scénario et son jeu d’acteur se sont progressivement affinés.

« Certaines choses auraient pu nous alerter »

À Épinal, où il a séjourné plusieurs mois au presbytère de la basilique Saint-Maurice à la fin des années 1990, il s’est attiré l’amitié du curé de l’époque avant de s’en aller avec des chèques volés et en laissant des ardoises dans les bistrots du coin.

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« Il était très habile, il prêchait bien, se souvient le père Alain Cuny, de la commune voisine de Chantraine. Mais certaines choses auraient pu nous alerter, comme quand il avait intégralement recopié son homélie sur une méditation du magazine Pèlerin… » Un autre prêtre avance que si le passage d’Edmond Romano à Épinal n’a pas créé de scandale auprès des paroissiens, qui l’ont peu connu, cela a été « très douloureux » pour le curé de l’époque : celui-ci s’était senti « trahi et ridiculisé ».

« Je crois qu’il a la foi et qu’il aime sincèrement la partager »

« Cela peut faire bondir, mais je crois qu’Edmond Romano a la foi et qu’il aime sincèrement la partager, avance son avocat Richard Gianelli. Quand il se fait passer pour un prêtre, son but n’est pas de s’enrichir, mais d’établir une relation spirituelle avec les fidèles. »

Pour le procès qui se tient demain à Toulon, le père Samuel s’est constitué partie civile. Cela ne l’empêche pas de prier et dire des messes pour Edmond Romano : « Il me fait de la peine. En tant qu’humain, il m’intéresse. »

Mélinée Le Priol

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