Crise politique en Allemagne : Angela Merkel contestée

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 44 Vues comments

Le bras de fer entre Angela Merkel et son ministre de l’intérieur, Horst Seehofer, a tourné à la crise politique en Allemagne ce jeudi 14 juin. La CDU et sa branche bavaroise CSU n’arrivent plus à s’entendre sur la question des réfugiés. De quoi faire trembler la coalition gouvernementale.

Un désaccord majeur régnait depuis lundi 11 juin au sein du gouvernement d’Angela Merkel (CDU). Le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer, président de la CSU (la branche bavaroise de la CDU), refusait en effet de s’aligner sur la politique migratoire voulue par sa chancelière. Jeudi 14 juin, ce désaccord a tourné à la crise politique, semant la confusion au sein de la coalition gouvernementale.

Fermeté de la CSU avant les élections régionales bavaroises

Horst Seehofer devait présenter son « plan général pour la migration » mardi dernier, dans lequel il prévoyait de renvoyer systématiquement à la frontière les demandeurs d’asile étant déjà inscrits dans un autre pays de l’UE. Ces mesures illustrent la fermeté que veut incarner la CSU avant les élections régionales bavaroises d’octobre prochain, alors que l’AfD (extrême droite) a capté une partie de son électorat. Mais la chancelière, redoutant la fin de toute politique européenne de gestion des migrations, s’y était opposée lundi, affirmant que le droit national ne devait pas prévaloir sur le droit européen.

Depuis, la relation entre Horst Seehofer et la cheffe du gouvernement s’était tendue. Le ministre de l’intérieur a boudé mardi l’invitation d’Angela Merkel à une conférence sur l’intégration, préférant s’entretenir avec le chancelier autrichien Sebastian Kurz, de passage à Berlin. Ils y ont affirmé la formation d’un « axe des volontaires » entre les ministres de l’intérieur italien, allemand et autrichien, laissant de côté Angela Merkel.

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« Les lignes se sont durcies »

La pression sur la chancelière est montée encore un peu mardi soir. La CSU, indispensable à la coalition gouvernementale, a exclu tout compromis avec la chancelière. Plus inquiétant encore : lors d’une réunion du groupe parlementaire CDU/CSU, 11 députés sur 13 ont pris la parole en faveur du projet du ministre, tournant le dos à Angela Merkel.

De plus en plus isolée, la chancelière allemande a convoqué une réunion de crise entre les ténors de la CDU et de la CSU, dans la nuit du mercredi 13 au jeudi 14 juin. D’après l’agence de presse allemande dpa, elle y a proposé de faire des accords bilatéraux, « sous l’égide européenne », avec les pays qui sont le plus exposés à la pression migratoire. En guise de compromis, elle a également proposé d’expulser directement les migrants qui reviennent en Allemagne alors qu’ils ont déjà été déboutés.

Mais ces avances n’ont pas suffi à la CSU, qui dit ne pas vouloir perdre de temps. Le secrétaire général de la CSU, Markus Blume, aurait même fixé un ultimatum d’une semaine à la chancelière, sous entendant l’implosion de la coalition si le projet de Horst Seehofer n’était pas adopté. « Les lignes se sont durcies » confiait un proche d’Angela Merkel à la sortie de la réunion nocturne.

Le groupe CDU/CSU déchiré, Merkel en danger

Au Bundestag, le parlement allemand, la séance a dû être suspendue pendant plus de trois heures suite aux désaccords trop forts au sein de la majorité. Signe des tensions extrêmes, les parlementaires CDU et CSU se sont réunis séparément alors qu’ils sont membres du même groupe parlementaire. « Il ne manque plus grand-chose jusqu’à la rupture définitive » confiait un « député important » à la Augsburger Allgemeine. Les deux partis s’étaient déjà fortement disputés en 2015, toujours à propos des migrants, mais n’en étaient jamais arrivés à ce stade historique, se réconciliant peu de temps avant les élections législatives de 2017.

Après plus de 70 prises de parole, une grande majorité des députés CDU s’est rangée derrière les propositions de compromis de la chancelière. Peu de temps avant, la direction de la CDU, à l’exception du ministre de la santé Jens Spahn, avait annoncé son soutien à la chancelière. Une première victoire pour la cheffe du gouvernement.

Mais la CSU est elle aussi restée sur ses positions. En réunion, Horst Seehofer a menacé de faire appliquer son projet par décret ministériel, si la chancelière s’y opposait. Une solution techniquement possible, mais politiquement inconcevable, puisqu’elle marquerait l’implosion du gouvernement. Lundi 18 juin, les chefs de la CSU devraient à nouveau se réunir.

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Le désaccord a donc pris des proportions inattendues. Alors qu’Angela Merkel demande d’attendre le sommet européen des 28 et 29 juin prochain qui se tiendra à Bruxelles pour trouver une solution européenne, la CSU de Horst Seehofer veut qu’une décision soit prise d’ici à la semaine prochaine. L’issue de la crise est donc incertaine, mais il est d’ores et déjà clair que la chancelière en sortira fragilisée, si ce n’est destituée.

Raphaël Hasenknopf

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