Contrôle aérien. « Grave incident » dans le ciel breton

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par Nouvel Ordre Mondial 7 Vues comments

Le bug technique et humain à l’origine de l’incident serait lié à la mise à jour du système national gérant tous les plans de vols.
Le bug technique et humain à l’origine de l’incident serait lié à la mise à jour du système national gérant tous les plans de vols. (Photo Le Télégramme)
Pour l’antenne brestoise du syndicat des ingénieurs de contrôle de navigation aérienne Unsa-Icna, cela ne fait aucun doute : « Nous sommes passés proche d’une collision aérienne ». L’incident, rapporté hier par Les Échos, s’est déroulé au-dessus de la Bretagne, entre Nantes et Brest, dans la matinée du mardi 26 juin.


À la suite d’un bug technique et humain lié à la mise à jour du système national gérant tous les plans de vols, un avion de moyen-courrier (100 à 150 places) effectuant une liaison entre l’Espagne et le Royaume-Uni a disparu des radars pendant « au moins une dizaine de minutes ». À Brest, le Centre régional de navigation aérienne (CRNA) Ouest, qui gère le plus vaste espace aérien français s’étendant de la Normandie à l’Espagne et, à l’ouest, jusqu’au large de l’Irlande, n’apprend ce jour-là l’incident que grâce… à l’appel d’un autre pilote. Son avion, un long courrier (200 à 250 sièges) à destination du Canada, vient de croiser l’avion fantôme, à moins de 5 km de distance ! « Cinq kilomètres au lieu de neuf, qui sont la norme, à la vitesse où vont ces avions, cela représente 20 à 30 secondes. C’est très grave », rapporte un spécialiste. « On ne sait pas combien d’autres avions il a croisés et qui ne l’ont pas forcément aperçu, ajoute Stéphane Lesage, représentant local de Unsa-Icna. Nous attendons avec impatience les résultats de l’enquête en cours ».

Sollicitée, la Direction générale de l’aviation civile (DGAC) n’a pas répondu à nos sollicitations. L’incident et sa gravité sont confirmés par le Syndicat national des contrôleurs du trafic aérien (SNCTA), qui appelle cependant à « ne pas dramatiser ». « Le niveau de sécurité aérienne est deux fois meilleur qu’il y a dix ans, insiste son secrétaire national, Stéphane Lonné. Concernant l’incident, il restait une sécurité. Les avions de ligne sont équipés d’un système (TCAS) qui avertit d’un risque de collision imminente. Aucune alerte ne se serait déclenchée. Il faut aussi être prudent et attendre les résultats de l’enquête ». À Brest, Stéphane Lesage évoque un épisode qui a « traumatisé les équipes, qui ont été abandonnées à leur sort pendant de longues heures, alors que les anomalies techniques se multipliaient ».

Les deux syndicats pointent « l’obsolescence des équipements français », que confirme d’ailleurs un « très sévère » rapport sénatorial, publié il y a quinze jours. « Nos équipements datent des années 1990, rapporte Stéphane Lesage. À Brest, comme à Bordeaux, nous sommes passés au tout électronique il y a deux ans, alors que les trois autres centres en sont encore à lire les informations sur des bandelettes de papier… ». « Et dans ces deux centres, on a changé l’interface, mais pas le cœur du système », déplore Stéphane Lonné. D’où une multiplication des incidents techniques et des déclenchements de mesures de sécurité, qui engendrent des retards toujours plus nombreux. « Notre hiérarchie n’a pas pris la mesure de la situation, accuse Stéphane Lesage. On a aussi taillé 20 % de nos effectifs alors que le trafic augmentait de 30 %, tout en nous demandant toujours plus de flexibilité ».Un nouveau système devait entrer en service en 2015. Mais sa conception se heurte à de nombreux « défis technologiques » qui repousseraient cette arrivée à… 2023, pour un surcoût qui pourrait atteindre 1,6 milliard d’euros. D’ici là, 1 200 vols quotidiens supplémentaires sont attendus…

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