Comment se prépare l’« après-Juncker », à Bruxelles

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 5 Vues comments

La méthode de désignation du président de la Commission européenne fait l’objet de tractations. Pour établir les règles du jeu, les calculs politiques se multiplient.

Plus d’une année nous sépare encore des élections européennes, mais déjà, chacun avance ses pions en vue d’organiser le scrutin sous les meilleurs auspices. Et selon son propre intérêt. Car il n’est pas seulement question d’élire les députés ; mai 2019 rimera aussi avec la nomination du nouveau président de la Commission. Or, ce volet de la machinerie électorale s’annonce particulièrement épineux.

Lire aussi : Le « capitaine Juncker » guide l’UE vers de nouveaux horizons

Début février, le Parlement européen avait affirmé qu’il rejetterait tout candidat à la présidence de la Commission n’ayant pas été désigné, en amont du scrutin, comme Spitzenkandidat (candidat en tête de liste) d’un parti européen. Le 14 février, c’est au tour de l’exécutif européen de dévoiler ses vues. À Bruxelles, le terme allemand est sur toutes les lèvres, et renvoie au système de désignation qui a été utilisé dès 2014, pour choisir l’actuel locataire du Berlaymont, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, estampillé PPE (Parti populaire européen, droite).

À chacun son interprétation des textes

Cette méthode n’est inscrite dans aucun texte. Le traité de Lisbonne se contente de disposer que le Conseil européen désigne un président de la Commission dont le nom doit être approuvé par le Parlement, en tenant compte des élections. À chacun son interprétation des textes en fonction de ses intérêts.

« Il se joue actuellement une épreuve de force pour savoir qui aura le pouvoir en Europe », traduit l’eurodéputé Alain Lamassoure, figure de la droite européenne. Sa famille, le PPE, est favorable à ce processus dans la mesure où, compte tenu des équilibres politiques actuels, elle a de fortes chances de l’emporter.

Les socialistes, eux, ne sont pas arrivés en tête depuis 1999. « Les Spitzenkandidaten, c’est une belle idée démocratique, mais elle ne sert pas tout le monde de la même manière », lance une source bruxelloise. Le 23 février prochain, les chefs d’État et de gouvernement débattront des préparatifs des élections, en présence d’un président français décidé à imposer ses vues : pour Emmanuel Macron, les listes transnationales, c’est oui (alors que le Parlement européen les a rejetées) et les Spitzenkandidaten, c’est non.

Une « politisation » malvenue de la Commission

Ceux qui s’y opposent mettent en avant une « politisation » malvenue de la Commission. À quoi s’ajoute la crainte de voir des formations eurosceptiques hisser l’un des leurs à sa tête. Jean-Claude Juncker, dans la proposition qu’il a prévu de formuler le 14 février, devrait cependant minimiser ce risque par des filtres. Le candidat du parti vainqueur ne deviendrait pas « automatiquement » président de l’institution.

Pour l’heure, aucun aspirant au poste n’est déclaré. Le nom de Michel Barnier, négociateur en chef du Brexit, circule. « Il est conscient de son potentiel, il est celui qui va peut-être permettre d’éviter une crise énorme », constate une source européenne.

La Danoise Margrethe Vestager, commissaire chargée de la concurrence, et le Français Pierre Moscovici, responsable des affaires économiques, sont aussi cités. La première a démenti, alors que le second a admis : « (Cette) candidature pourrait m’intéresser. »

Céline Schoen (à Bruxelles)

Et aussi


Commentaires