Chaleur et pollution extrême: New Delhi suffoque

Chaleur et pollution extrême: New Delhi suffoque

Asie

par Nouvel Ordre Mondial 16 Vues comments

New Delhi présente cette semaine une vision de cauchemar. Une épaisse brume à l'odeur âcre jette un voile sur le ciel et les rues, réduisant le soleil à une étoile pâle. Il fait parfois sombre en plein jour.

À l'intérieur des bâtiments, une pellicule de sable se dépose sans cesse sur les surfaces. La qualité de l'air atteint des niveaux exécrables et dangereux pour la santé. Ici, la pollution n'est pas un phénomène abstrait: elle se ressent physiquement.

«À cause de cette pollution, je n'arrive pas à respirer proprement. La poussière me rentre dans les yeux et je peux sentir une sensation de brûlure», décrit à l'AFP Lalit Malkoti, un habitant.

De telles scènes sont familières en hiver dans cette mégapole d'une vingtaine de millions d'habitants, lorsque le froid plaque au sol les polluants d'origine humaine. Elles sont cependant peu communes au mois de juin, l'un des plus chauds de l'année et où le mercure peut dépasser les 45°C.

À cette période, l'air est relativement plus sain, soulageant les résidents d'un des nombreux fléaux qui affligent cette gigantesque agglomération urbaine. Or cette année, de forts vents, soufflant des déserts d'Asie centrale jusqu'au nord-ouest de l'Inde, charrient une muraille de poussière.

«C'est un phénomène très inhabituel que l'on ne voit qu'environ une fois par décennie. La poussière ne retombe pas et le ciel est obscur», explique Mahesh Palawat, vice-président de météorologie et de changement climatique à SkyMet Weather.

En début d'après-midi jeudi, les concentrations de matières particulaires PM10 atteignaient jusqu'à 1300 microgrammes par mètre cube dans la capitale indienne. Soit plus de 25 fois la limite de 50 microgrammes par mètre cub sur 24h recommandée par l'OMS.

Les PM10 sont des particules en suspension dont le diamètre ne dépasse pas 10 micromètres. En inhalant de l'oxygène, elles peuvent s'infiltrer dans les poumons et une exposition à long terme est susceptible d'entraîner de graves problèmes de santé.

Résignation

La vie poursuit malgré tout son cours lent pour les habitants, assommés par la chaleur. Les plus aisés se barricadent à l'intérieur, mettant la climatisation à plein régime. Les vendeurs de rue s'abritent sous des ombrelles.

Les passants dédaignent les masques de protection. Preuve que les dangers de la pollution, qui aurait causé 1,1 million de décès prématurés en 2015 dans le pays selon une étude, ont encore du mal à gagner les esprits. Par manque d'informations, déni... ou résignation.

«Il n'y aucune mesure prise contre cela. Je ne sais pas si le gouvernement s'en inquiète. Mais il devrait y avoir des mesures préventives de prises», déplore Naveen Tripathi, un habitant.

L'épisode actuel est aggravé par les nombreux chantiers à ciel ouvert de la ville, dont les courants d'air viennent soulever la poussière, avertissent les experts.

Pour parfaire ce cocktail empoisonné, New Delhi connaît une pollution à l'ozone - un gaz provoqué par des émissions d'origine humaine - de plus en plus forte, selon un récent rapport du Centre pour la science et l'environnement.

«Si nous connaissons le problème de la montée d'ozone pendant l'été, la surprise cette année est le nombre de jours où l'ozone est un polluant de premier plan aux côtés des particules en suspension», indique Anumita Roychowdhury du CSE.

Les enfants, le troisième âge et les personnes ayant des problèmes respiratoires sont les plus vulnérables à cet épisode de pollution, d'après les médecins.

«Les plus durement touchés sont les nouveau-nés et les enfants, car leurs voies respiratoires sont si petites. La poussière et les polluants toxiques entraînent un gonflement de leur trachée qui restreint le flux d'air», décrit le chirurgien pulmonaire Arvind Kumar.

La mousson, qui améliore nettement la qualité de l'air grâce aux pluies, ne devrait pas atteindre la capitale indienne avant environ deux semaines. D'après les prévisions météorologiques, cet épisode de pollution est appelé à durer plusieurs jours encore.

«Si une telle situation survenait dans le monde occidental, les villes auraient été évacuées, mais tout ce que nous pouvons faire c'est prier pour la pluie et que la poussière retombe», s'alarme le chirurgien.


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