Birmanie: La crise des Rohingyas aurait pu être «mieux gérée», selon Aung San Suu Kyi

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Aung San Suu Kyi, longtemps emprisonnée par le régime birman, a pris la tête du gouvernement, sous la férule de la junte militaire. — Kham/AP/SIPA

La dirigeante birmaneAung San Suu Kyi a défendu ce jeudi l'emprisonnement de deux journalistes de Reuters après leur enquête sur un massacre de musulmans rohingyas par l’armée de son pays, mais elle a concédé que la crise globale, qualifiée de génocide par l’ONU, aurait pu être « mieux gérée ».

« Ils n’ont pas été emprisonnés parce que c’étaient des journalistes mais parce que « le tribunal a décidé qu’ils avaient enfreint » la loi, a-t-elle dit lors du Forum économique mondial de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est à Hanoï, commentant pour la première fois ce jugement prononcé le 4 septembre.

« Si nous croyons en l’État de droit, ils ont tout à fait le droit de faire appel du jugement », a-t-elle préconisé, alors que l’indépendance du système judiciaire birman est sujette à caution. « Une fois de plus, Aung San Suu Kyi a faux sur toute la ligne (…) Elle ne comprend pas que l’état de droit implique que soient respectées les preuves présentées à l’audience », a critiqué l’ONG Human Rights Watch, réagissant à cette rare prise de parole de la dirigeante birmane.

Sean Brain, de la Commission internationale des juristes, ONG internationale ayant suivi de près le procès, a contredit Suu Kyi, dénonçant un procès ayant été « un échec manifeste de l’état de droit ».

La prix Nobel de la Paix a été très critiquée à l’étranger pour son silence dans cette affaire, au point d’être qualifiée de « porte-parole des militaires » par un haut-responsable de l’ONU. Campant sur sa ligne de défense, elle s’est aussi montrée imperméable aux accusations contre l’armée birmane venues de l’ONU, qui a parlé fin août de « génocide » de la minorité musulmane des Rohingyas. Il y a eu jusque-là 700.000 déplacés. « A posteriori, il y a bien sûr des façons dont la situation aurait pu être mieux gérée », a-t-elle dit en marge du Forum économique à Hanoï.

Après des mois de blocage par le gouvernement birman, des fonctionnaires de l’ONU ont débuté mercredi une mission en Birmanie afin d’évaluer les conditions d’un éventuel retour des centaines de milliers de Rohingyas qui ont fui le pays. Cette mission intervient dans un contexte de grande tension entre la Birmanie et les Nations Unies. Des enquêteurs de l’ONU avaient demandé en août que des poursuites soient engagées contre le chef de l’armée et cinq haut-gradés.

Aung San Suu Kyi est directement visée par le rapport des experts de l’ONU, qui déplore qu’elle n’ait pas utilisé son « autorité morale » pour tenter de faire cesser les atrocités. En 2017, sous la menace de l’armée et de milices bouddhistes, plus de 700.000 Rohingyas ont fui le pays. Ils ont trouvé refuge dans d’immenses campements de fortune au Bangladesh.


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