BIBLE : Aux origines du texte sacré

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 16 Vues comments

La Bible.
Une encyclopédie contemporaine,
collectif, coéd. Bayard/Le Monde de la Bible,
544 p., 45 €.

Une recension de Benoît de Sagazan, Le Monde de la Bible

Forts du succès de Jésus. Une encyclopédie contemporaine, les éditions Bayard et Le Monde de la Bible publient La Bible. Une encyclopédie contemporaine. Soit le fruit de 40 ans de recherche scientifique et iconographique sur les origines, les modes d’écriture, d’élaboration et de transmission des textes bibliques, hébraïques et chrétiens.

La Bible est un monument du patrimoine de l’humanité. Un monument tant culturel que spirituel. Vouloir l’explorer s’apparente parfois à une démarche d’ordre archéologique qui révèle bien des surprises.

S’interroger sur la naissance de la Bible, son élaboration, ses auteurs, sa transmission, c’est entamer une enquête passionnante, avec des hypothèses, parfois invalidées, avec des découvertes, quelquefois sensationnelles comme celle des manuscrits de Qûmran, sur les rives de la mer Morte. Découvertes qui apportent à leur tour leur lot de révélations, de confirmations et de nouvelles interrogations.

Un enseignement vivant

Mener une telle enquête, c’est aujourd’hui admettre certains faits établis, dont le plus important à mes yeux reste que la Bible n’a pas été livrée d’un seul tenant à un scribe particulièrement inspiré. Les textes ont été élaborés et remaniés sur plusieurs siècles et ils le sont toujours au gré des traductions contemporaines. En ce sens, on peut évoquer la Bible comme un enseignement vivant qui, tout en transmettant ses vérités essentielles, épouse aussi les couleurs du scribe et de son temps.

Certes les nombreuses versions du texte biblique peuvent être expliquées par la fragilité des supports et des encres. Thomas Römer, professeur au Collège de France, expliquait aux lecteurs du Monde de la Bible (n °207) cette réalité, aisée à comprendre : « L’encre sur un rouleau tient 50 ans avant de s’effacer. Il faut donc recopier un manuscrit régulièrement pour le conserver. L’exégète doit dans la mesure du possible retracer l’histoire du texte, à travers ses réécritures, selon les contextes historiques des étapes décelables. »

À cette réalité technique, une autre semble se superposer originellement. Dans le livre de Néhémie qui raconte le retour d’exil des Judéens depuis Babylone, on lit au chapitre 8 la première cérémonie religieuse mettant en avant la Bible. La scène se situe devant la porte des Eaux à Jérusalem, avant de procéder à la bénédiction des murailles tout juste reconstruites. L’histoire racontée ici se passe au Ve siècle av. J.-C.

La foule s’est déplacée en masse et demande au prêtre Esdras de lui lire le livre de la Loi – sans doute les cinq premiers livres de la Bible hébraïque – donné par Moïse. De l’aube à midi, est-il écrit, Esdras leur lit le livre à voix haute et distincte. Le rite alors inventé – la montée du lecteur sur une estrade, la prise en main du livre et son ostentation afin que toute l’assistance puisse le voir et le vénérer, sa lecture et son explication – n’est finalement guère différent de celui que l’on observe encore de nos jours dans les synagogues, les églises catholiques, orthodoxes, anglicanes et luthériennes et les temples réformés.

La Bible est écrite pour être proclamée

Selon l’histoire, le récit est non seulement lu, souligne le texte biblique, mais il est ensuite traduit, notamment à ceux qui ne parlent pas l’hébreu, et expliqué à la foule par une cohorte de lévites. Cette insistance n’est pas anodine car elle révèle une pratique originelle : la Bible est faite pour être proclamée, traduite et interprétée.

Les manuscrits trouvés dans les grottes de Qumrân, au printemps 1947, confirment de façon éclatante cet usage. La découverte de la transcription dans différentes versions d’un même texte montre le besoin de chaque génération d’interpréter pour elle-même le message biblique, sans toutefois l’altérer. La multiplicité des versions conservées montre aussi le respect des versions antérieures. Traduire ne signifie pas obligatoirement trahir.

Si la Bible n’a pas été livrée d’un seul bloc, cela altère-t-il sa dimension sacrée ? Le dire signifierait nier la quête du salut menée par le peuple d’Israël, nier l’inspiration mystique de ses prophètes et « la révélation » qui lui a été faite au cours de son histoire. Pour les chrétiens, ce serait nier dans le Jésus de l’Histoire, le Fils de Dieu ressuscité, tel que l’ont reconnu ses apôtres et ses disciples.

Outre la richesse de comprendre que la Bible propose un enseignement vivant, aux sources millénaires, son étude nous offre aussi un précieux antidote à toute tentation fondamentaliste et totalisante. En ce sens le croyant a besoin du chercheur, tout comme le chercheur, d’une autre façon, a besoin du croyant.

Des textes d’une actualité brûlante

Dans cet ouvrage, nous avons souhaité vous présenter les meilleurs éléments de cette passionnante enquête sur l’écriture et la transmission de la Bible. Ces éléments ont été recueillis et découverts tout au long de l’histoire du Monde de la Bible, revue d’histoire, d’art et d’archéologie, fondée il y a quarante ans et héritière d’une publication plus ancienne, Bible et Terre sainte.

Vous y trouverez une enquête aussi complète que possible avec ses acquis mais aussi ses hypothèses qui parfois s’opposent, comme à propos de la datation d’une écriture de la Bible, avant ou après le retour d’Exil de Babylone au VIe siècle av. J.-C… Avec ses nouveautés aussi, comme les révélations apportées par l’étude, encore inachevée 70 ans après leur découverte, des manuscrits de la mer Morte.

Puissent cet ouvrage et ses illustrations choisies avec soin enrichir et éclairer votre lecture de la Bible, hébraïque et chrétienne, quelle que soit sa traduction. Et si la fréquentation de ces textes date un peu, que ces pages vous donnent envie de lire à frais nouveaux ces textes bibliques qui, au-delà de leur épaisseur historique, conservent à jamais une actualité brûlante.

» Une recension parue dans le n. 226 (septembre-octobre-novembre 2018) du Monde de la Bible

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