Avec les jeunes, le Synode cherche le bon style

Religions

par Nouvel Ordre Mondial 39 Vues comments

Après une semaine de travail, le Synode des évêques a achevé mardi 9 octobre une première séquence de travail consacrée à se faire une idée de ce que vivent les jeunes dans le monde.

Il souhaite trouver une meilleure façon de s’adresser aux jeunes, malgré la diversité de leurs situations, quitte à bousculer le ton ecclésial.

Le Synode des évêques avait pour ambition de renouer le lien entre les jeunes et l’Église. Après une première semaine de travaux, il est encore loin d’y être arrivé, mais les évêques ont déjà commencé à voir combien la culture de l’Église s’est peu à peu éloignée de celle des jeunes.

Une inquiétude commence d’ailleurs à poindre parmi les évêques : que le texte final qui sera remis au pape soit finalement trop indigeste pour rejoindre les jeunes eux-mêmes. « Il faut que nous réfléchissions à la manière dont le Synode se présente lui-même aux jeunes », a d’ailleurs insisté mardi 9 octobre l’archevêque de Melbourne (Australie), Mgr Peter Comensoli, en présentant devant l’assemblée le rapport de son groupe de travail anglophone.

« Moins de trois minutes » et « moins de 40 mots »

Ce groupe va jusqu’à proposer que le Synode diffuse chaque semaine une courte vidéo de « moins de trois minutes » et « moins de 40 mots » et dans toutes les grandes langues pour présenter son travail. À l’exemple de la courte interview que l’évêque auxiliaire de Lyon, Mgr Emmanuel Gobilliard, a réalisé samedi avec le pape François – qui s’est volontiers prêté à l’exercice ! – pour la diffuser ensuite sur les réseaux sociaux.

Au nom de son groupe de travail, mais rejoignant la demande de nombreux autres pères synodaux, Mgr Comensoli a aussi invité le Synode à envoyer directement un message aux jeunes. S’ajoutant au document final, il serait rédigé par deux évêques et deux auditeurs jeunes. « Un message simple et direct », a-t-il demandé. Et sur la base d’éléments concrets : « Nous voulons vous écouter. Nous sommes désolés pour nos erreurs. Nous vous aimons et avons confiance en vous. Nous voulons avancer avec vous dans l’espérance ».

En quoi croient les jeunes ? Reportages à Dijon

Des points qui résument le travail du Synode pendant cette première semaine consacrée à l’étude de la première partie du document de travail sur les jeunes aujourd’hui. Un document au passage assez critiqué pour ses manques et ses insuffisances – les groupes linguistiques ont fait remonter 316 amendements sur la seule première partie, ce qui est beaucoup – du fait notamment de la grande diversité des situations des jeunes aujourd’hui.

Ainsi sur le sujet des abus sexuels dont Mgr Charles Scicluna, archevêque de Malte et un des principaux conseillers du pape sur la question, soulignait qu’il avait été abordé dans tous les groupes linguistiques, et qu’il devrait figurer de manière significative dans le document final. « La plupart des victimes sont des jeunes, il nous faut donc parler de leurs blessures, qui plus est causées par ceux qui sont censés les soigner », a-t-il insisté.

La place des femmes

Mais autant les évêques sont conscients de la perte de crédibilité que les abus entraînent pour l’Église à travers le monde, autant ils ne voudraient pas que celle-ci occulte tous les problèmes de la jeunesse. « C’est vrai que cette question est grave et importante mais, chez moi, les jeunes sont d’abord confrontés à la guerre », expliquait ainsi le cardinal Dieudonné Nzapalainga, archevêque de Bangui (Centrafrique). Quant à ceux qui sont forcés de fuir leur pays, « ils ne peuvent être rejetés comme des bêtes », a-t-il prévenu.

Au Synode des jeunes, l’idée d’un « ministère de l’écoute »

Dans plusieurs groupes linguistiques, la question des migrations a d’ailleurs été abordée. Dans les groupes francophones, les Africains ont notamment mis en garde contre la perte de forces vives que l’émigration constituait pour leurs pays.

Autre sujet qui traverse ce Synode : la place des femmes. « Durant le pré-Synode, il y avait une moitié d’hommes et une moitié de femmes et cela semblait naturel pour des jeunes qui ont grandi dans la mixité », rappelle sœur Nathalie Becquart, ancienne responsable des jeunes à la Conférence des évêques de France. « Mais beaucoup de jeunes femmes reconnaissaient aussi qu’il leur était encore difficile d’avoir une place réellement égale dans la société comme dans l’Église », continue-t-elle.

« Il est très intéressant de voir que les jeunes femmes sont très impliquées dans nos groupes de travail : elles en font vraiment partie et ont une certaine influence : on ne l’aurait pas vu il y a quelques décennies », reconnaît le cardinal Gérald Lacroix, archevêque de Québec (Canada) tandis que son collègue de Bombay (Inde), le cardinal Oswald Gracias, souligne que les évêques indiens ont travaillé sur l’égalité homme-femme. « Mais nous devons trouver d’autres possibilités pour les impliquer à des niveaux plus élevés », admet-il.

Après cette première semaine de travail, le Synode sur les jeunes a ainsi ouvert de nombreuses portes. Sans qu’il soit possible, pour l’instant, de savoir finalement quelle direction il prendra.

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Un voyage du pape en préparation à Madagascar

Le cardinal Desiré Tsarahazana, archevêque de Tamatave (Madagascar), a annoncé mardi 9 octobre avoir invité le pape François dans son pays en 2019 et que celui-ci lui avait confirmé son voyage. « C’est un encouragement pour tout le monde et particulièrement pour les jeunes, pour affronter la vie qui est dure et appeler tous les chrétiens à la conversion », a souligné le président de la Conférence épiscopale de Madagascar. Interrogé quelques instants après cette déclaration, Greg Burke, directeur de la Salle de presse du Saint-Siège, un peu surpris, n’a pas souhaité confirmer. Il a toutefois reconnu que le voyage du pape dans la grande île de l’Océan Indien « est bien à l’étude ».

Arnaud Bevilacqua et Nicolas Senèze, à Rome

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