Agriculture. Le bio gardera-t-il ses valeurs ?

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par Nouvel Ordre Mondial 28 Vues comments

Ce samedi s'ouvre, porte de Versailles, à Paris, le salon de l'agriculture. L'occasion de donner un coup de projecteur sur la filière bio, un secteur dynamique porté par un engouement croissant des consommateurs. Seule ombre au tableau, le risque de dérives, comme la surproduction, pour répondre à la demande. Le bio restera-t-il fidèle à lui-même ?

L'avenir sourit au bio. Avec 6,5 % de la surface agricole utile et un objectif de 15 % à l'horizon 2022, l'agriculture biologique s'installe dans la campagne française pour répondre à une demande en plein boom. Mais jusqu'où pourra-t-elle se développer en restant fidèle à ses valeurs ?


Un secteur dynamique

Même si c'est un peu plus cher, les consommateurs achètent du bio et en redemandent. Le bio est le secteur le plus dynamique de l'agroalimentaire. En 2017, le marché des produits alimentaires biologiques dépassait 8 milliards d'euros, 16 % de plus qu'en 2016. Le nombre de producteurs progresse également. Ils sont plus de 36.000 agriculteurs (8,3 % des fermes françaises) à avoir adopté ce mode de production. La Bretagne n'est pas en reste avec ses quelque 2.625 fermes et de nombreuses conversions et installations en projet.

 Avec une telle croissance, le bio change d'échelle. Si ce développement profite aux opérateurs bio historiques, il attire également les opérateurs conventionnels de plus en plus nombreux à développer des gammes bio sous la pression de leurs clients de la grande distribution, très présente sur ce secteur prometteur. Dans le porc, des groupements de producteurs, comme le Gouessant ou la Cooperl, démarchent des éleveurs pour créer leurs propres filières bio. Du côté des poules pondeuses, les projets d'élevages, bio ou plein air, fleurissent. Pas étonnant car le temps presse, la plupart des distributeurs s'étant engagés à ne plus vendre d'oeufs issus de poules en cage.

« De la transparence et des engagements »

Cette évolution est suivie de près par la Fédération régionale de l'agriculture biologique (FRAB) qui craint certaines dérives, à commencer par la surproduction. C'est déjà arrivé, il y a plusieurs années, dans la production laitière... Elle craint aussi que la qualité du bio soit tirée vers le bas par un contournement du cahier des charges au détriment du bien-être animal et de l'autonomie des exploitations et des producteurs. « Il faut de la transparence et des engagements. Le bio, c'est une opportunité, il faut que cela le reste. Si, demain, il reproduit les schémas conventionnels, cela n'aura aucun intérêt ni pour le producteur ni pour le consommateur qui ne s'y trompera pas », insiste Julien Sauvée, vice-président de la FRAB.

Un projet d'élevage contesté

À Renac, au sud de Rennes, un gros opérateur de l'oeuf a proposé à deux producteurs un élevage, clés en main, de 24.000 poules bio sur une surface de 90 hectares dont une partie seulement serait convertie en bio. Ce projet est vivement contesté par la FRAB au nom du bien-être animal mais pas seulement. L'autonomie de l'exploitation et le lien de la production au sol sont des valeurs chères à l'éthique bio. « Théoriquement, il faudrait 1.000 tonnes de céréales bio pour nourrir ces 24.000 poules, soit environ 350 hectares. Où cet opérateur ira-t-il s'approvisionner ? », s'interroge Julien Sauvée.

 La grande distribution est devenue également un grand acteur du bio. La filière bio n'y voit, a priori, aucun inconvénient. « Aujourd'hui, nous n'avons pas de difficultés particulières avec les distributeurs car le marché est porteur. Nous sommes dans une position favorable », reconnaît Stéphanie Pageot, présidente de la Fédération nationale de l'agriculture biologique. Pour autant, l'éleveuse de Loire-Atlantique estime qu'il faut repenser les relations commerciales avec les enseignes dans l'esprit du commerce équitable. « En bio, c'est la guerre du prix le plus juste, pas le plus bas. Notre chance, c'est que les consommateurs veulent consommer des produits français. »


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