À Panmunjom, sur l’ultime frontière de la Guerre froide, le sommet insuffle un peu de chaleur

À Panmunjom, sur l’ultime frontière de la Guerre froide, le sommet insuffle un peu de chaleur

Actualité Internationale

par Nouvel Ordre Mondial 14 Vues comments

Des soldats sud-coréens et nord-coréens se font face, dans la zone démilitarisée (DMZ) intercoréenne, le 14 mai 2014. (Archives/Ed Jones/AFP)

Sur l’ultime frontière de la Guerre froide, où les soldats des deux Corées se font face depuis longtemps, les haut-parleurs qui diffusent la propagande des deux bords se sont tus. Même les soldats nord-coréens se prennent à espérer qu’un sommet historique augurera d’une ère nouvelle.

Les cahutes bleues de Panmunjom, village de la Zone démilitarisée (DMZ) qui divise la péninsule, sont devenues l’emblème de la trêve qui mit fin aux combats de la guerre de Corée (1950-53).

L’endroit est une destination privilégiée pour les leaders américains soucieux de prouver leur détermination face au Nord.

Mais à présent, des soldats nord-coréens qui y sont déployés témoignent de leur enthousiasme pour la rencontre sans précédent entre leur commandant-en-chef Kim Jong Un et le président américain Donald Trump qui s’est tenue mardi à Singapour.

« Par le passé, nous avons eu des sentiments négatifs envers les troupes de l’autre côté », explique à l’AFP le lieutenant-colonel Hwang Myong Jin.

« Mais avec ceux qui nous traitent avec bonne volonté et veulent améliorer les relations, nous pouvons devenir amis et emprunter le même chemin en se tenant la main, malgré notre histoire », dit-il.

Le lieutenant-colonel Hwang envisage le sommet qui a vu MM. Kim et Trump se serrer la main avec un a priori « positif ».

– Pelletées symboliques –

« Dans le passé, notre République a été prise en étau par les grandes puissances. Mais aujourd’hui, nous montrons notre dignité en tant que nation indépendante au monde entier ».

Il montre avec enthousiasme le pin planté symboliquement par son dirigeant et par le président sud-coréen Moon Jae-in durant leur premier sommet fin avril. Gantés de blanc, ils avaient alors jeté quelques pelletées de terre prise sur le Mont Paektu, endroit sacré aux yeux des Nord-Coréens, et du Mont Halla, sur l’île sud-coréenne de Jeju.

« Au départ, j’avais ressenti beaucoup de nervosité concernant le sommet », se rappelle l’officier. « Notre Leader suprême allait passer au sud, du côté dangereux de la frontière ».

Mais quand M. Kim a pris le président sud-coréen par la main pour lui faire symboliquement traverser la ligne de démarcation sur quelques mètres, pour une brève incursion côté nord, « j’ai pensé que le jour de la réunification était proche », dit le lieutenant-colonel.

De telles manifestations d’optimisme n’auraient pas été imaginables il y a quelques mois encore.

La Corée du Nord affirme avoir gagné le conflit, qu’elle appelle « Grande guerre de libération de la mère patrie ».

Côté Nord de la DMZ, une grande plaque commémore une visite effectuée en 2012 par Kim Jong Un, rendant hommage à celui qui « nous a donné une leçon précieuse: ce site est un lieu historique où les envahisseurs américains se sont mis à genoux devant notre peuple pour signer leur reddition. Nos générations futures vivront dans une mère patrie réunifiée ».

– « Barrer la route à la paix » –

Le Nord met constamment l’accent sur l’importance de réunifier une péninsule divisée par les Etats-Unis et l’Union soviétique à la toute fin de la Seconde guerre mondiale. Son invasion de 1950 fut une tentative pour réaliser l’union par la force.

Depuis, le Sud démocratique et capitaliste s’est hissé au rang de 11e économie mondiale.

La Corée du Nord a en revanche subi de plein fouet l’effondrement de l’URSS sans parler des multiples trains de sanctions adoptés par le Conseil de sécurité de l’ONU pour la punir de ses ambitions nucléaires.

Lors d’un précédent voyage dans la DMZ, l’escorte de l’AFP avait expliqué que la « vraie nature » des Etats-Unis était de « barrer la route à la paix ».

« En tant que soldat », avait dit l’officier, « je pense seulement à chasser les Etats-Unis du Sud dès que possible et à unifier notre nation ».

Devant la principale gare ferroviaire de Pyongyang, un grand panneau d’affichage diffusant habituellement des images d’exercices militaires et de tirs de missiles montrait des photos d’infrastructures et de projets agricoles.

Mais dans la librairie du lobby du Yanggakdo, le principal hôtel pour touristes, des cartes postales de propagande anti-américaine, où l’on voit des missiles viser l’Amérique du Nord, figuraient toujours en bonne place.

« Premier pas » ou sommet « historique », les réactions au sommet Trump-Kim

La poignée de main historique et l’accord sur une dénucléarisation de la péninsule coréenne conclu entre le président américain Donald Trump et le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un à Singapour a suscité mardi dans le monde des réactions positives mais souvent prudentes.

« L’accord de Sentosa du 12 juin restera dans l’Histoire mondiale comme un événement ayant mis fin à la Guerre froide », s’est enthousiasmé le président sud-coréen Moon Jae-in, faisant référence à l’île de Sentosa à Singapour où les deux dirigeants se sont rencontrés.

Il a rendu hommage à Kim Jong Un et à Donald Trump pour leur « courage et leur résolution ».

« Le fait que les plus hauts dirigeants des deux pays soient assis côte à côte pour des pourparlers d’égal à égal a un sens important et constitue le début d’une nouvelle histoire », a déclaré le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi.

« La Chine s’en félicite et apporte son soutien », a ajouté le ministre. « Il s’agit d’un objectif que nous avons espéré et pour lequel nous avons travaillé ».

Pour la principale alliée de la Corée du Nord, il faut une « dénucléarisation totale », ainsi que le réclament les Etats-Unis mais « en même temps, il faut qu’il y ait un processus de paix pour la péninsule (coréenne) afin de résoudre les préoccupations raisonnables de la Corée du Nord en matière de sécurité », a souligné le ministre, rappelant le « rôle important et tout à fait unique » de la Chine.

« Le seul fait que cette rencontre a eu lieu est, bien sûr, positif », a salué le chef de la diplomate russe Sergueï Lavrov.

« Nous ne pouvons que saluer le fait qu’un pas en avant important a été fait. Bien sûr, le diable est dans les détails et nous devons regarder concrètement. Mais l’impulsion, pour ce que nous comprenons, a été donnée », a déclaré le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov à l’agence TASS.

L’intention de Kim Jong Un « de voir une dénucléarisation complète de la péninsule coréenne a été confirmée par écrit. Je soutiens ce premier pas vers une résolution d’ensemble des questions concernant la Corée du Nord », a déclaré le Premier ministre japonais Shinzo Abe.

Le document signé par Donald Trump et Kim Jong Un est un « pas significatif », a salué la ministre française des Affaires européennes Nathalie Loiseau, tout en doutant « que tout ait été atteint en quelques heures ».

Elle a toutefois regretté le double standard appliqué par Washington, qui a récemment rejeté l’accord sur le nucléaire iranien. L’accord nucléaire conclu avec Téhéran « est respecté par l’Iran », alors que « signer un document avec Kim Jong Un qui est allé jusqu’à obtenir l’arme nucléaire, c’est pratiquement récompenser quelqu’un qui a été à l’encontre de tous les traités internationaux », a-t-elle estimé.

Le sommet de Singapour est « une étape capitale et nécessaire » vers une dénucléarisation, pour la représentante de la diplomatie européenne Federica Mogherini. « L’objectif ultime (…) demeure la dénucléarisation complète, vérifiable et irréversible de la péninsule coréenne », objectif qui « peut être atteint », selon elle.

L’Agence internationale de l’énergie atomique se tient « prête à effectuer tout activité de vérification » sur les sites nucléaires nord-coréens si Washington et Pyongyang le demandent, a affirmé son secrétaire général Yukiya Amano, qui « salue » le résultat du sommet.

« Il faut être conscient du fait que c’était une rencontre et des tractations avec un dictateur cruel », a observé Jacek Sasin, chef du comité permanent du Conseil des ministres polonais.

« Historiquement, de tels accords avec des dictateurs se sont souvent mal terminés. Il s’est avéré que le dictateur poursuivait d’autres objectifs que la partie démocratique recherchant la paix. Ce fut le cas avec Hitler, avec Staline, lors de tentatives de s’entendre avec d’autres dictateurs » (…) J’espère que cette fois ce sera différent », a-t-il ajouté.

« Je trouve positif qu’il y ait eu des discussions qui, visiblement, se sont tenues avec une bonne tonalité. La déclaration qui en est ressortie comporte beaucoup de points communs avec des déclarations similaires qu’on a vues dans le passé. C’est maintenant qu’une très grande partie du travail commence », a estimé la ministre norvégienne des Affaires étrangères Ine Eriksen Søreide, selon qui « beaucoup reste à faire ».


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