À Londres, le rafistolage gouvernemental de Theresa May

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 43 Vues comments

Confrontée à des dissensions internes sur le Brexit, fragilisée par la perte en juin 2017 de sa majorité absolue au parlement, la Première ministre britannique remanie son gouvernement dans l’espoir de trouver un nouveau souffle.

Mais les couacs se multiplient, rendant la tâche pénible.

Ce devait être « un nouveau départ », une « bouffée d’oxygène ». Theresa May procède depuis lundi 8 janvier à un remaniement de son gouvernement. Le visage du nouvel exécutif, qu’elle espérait rajeuni et féminisé, ne change pas fondamentalement, afin de préserver la représentativité gouvernementale des 50 nuances de son parti divisé entre partisans d’un Brexit dur et conservateurs plus modérés.

Depuis lundi 8 janvier, ce remaniement s’effectue « au goutte-à-goutte ». Il n’est, à cette heure, pas finalisé. Et l’image d’autorité de l’infortunée Theresa May ressort écornée de cet exercice de « rafistolage », marqué par une série de couacs.

Des couacs en chaîne

D’abord, le secrétaire d’État chargé de l’Irlande du Nord, James Brokenshire, a été le premier à annoncer sa démission, « pour raisons de santé ». Une démission toutefois dans le sillage de la crise politique en Irlande du Nord, ingouvernable depuis un an. Il a été remplacé par Karen Bradley, secrétaire d’État sortante à la culture, aux médias et au sport.

Puis, le 8 décembre, le Parti conservateur a annoncé sur les réseaux sociaux l’arrivée du ministre des transports, Chris Grayling, à la tête du parti… avant d’effacer son « tweet ». Finalement, c’est le secrétaire d’État sortant à l’Immigration, Brandon Lewis, qui hérite du poste, en remplacement de Patrick McLoughlin.

Theresa May s’est également heurtée au refus d’une ministre qui a préféré démissionner. Justine Greening, ministre de l’Éducation sortante, a décliné le portefeuille de la protection sociale et des retraites. « La Première ministre est déçue mais respecte sa décision de quitter le gouvernement », a indiqué une source proche du pouvoir.

Reste la question du successeur du vice-premier ministre Damian Green, tombé avant Noël à cause d’un scandale de mœurs. Il devrait être désigné dans la journée du 9 janvier. Le poste semblait promis à l’actuel ministre de la Santé, Jeremy Hunt mais la crise que traverse le service de santé britannique (NHS), au cœur d’un hiver très vigoureux, a douché ses espoirs. Son nom n’est même plus cité dans les couloirs du 10 Downing Street.

Les « poids lourds » du gouvernement restent en place

Finalement, peu de changements majeurs devraient affecter la composition du « Cabinet ». Les ténors, tels le ministre des Affaires étrangères, Boris Johnson, le ministre chargé du Brexit, David Davis ou le ministre des Finances, Philip Hammond, critiqué mais lui aussi en première ligne sur ce dossier sensible, sont reconduits. La ministre de l’intérieur, Amber Rudd, et le ministre de la défense, Gavin Williamson, devenus quasi inamovibles, restent aussi en poste. Les changer aurait été politiquement trop risqué.

Tel n’est pas le cas d’autres membres de l’exécutif disposant d’un capital politique plus faible, à l’instar du ministre de l’Économie Greg Clark, qui devrait être remplacé.

D’autres nominations sont attendues ce 9 janvier, privilégiant des profils plus jeunes et féminins. L’objectif : rénover l’image du Parti conservateur, le rendre plus attractif pour l’électorat jeune, dans la perspective des élections législatives de 2022. Pour l’heure, les enquêtes d’opinion le donnent au coude-à-coude avec le Labour.

Le Brexit au cœur des tensions politiques

Le nouveau gouvernement doit s’atteler rapidement à définir sa position en vue de la suite des négociations sur le « Brexit », qui porteront dès janvier sur la période de transition et sur la future relation commerciale entre le Royaume-Uni et l’UE.

Theresa May marche sur un fil, même si l’accord obtenu début décembre avec les 27 pays membres de l’UE sur la première phase des négociations a renouvelé son capital de légitimité. Les discussions entre Bruxelles et Londres, mais aussi entre Londres et Dublin, s’annoncent ardues.

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La Première ministre d’Écosse Nicola Sturgeon a de nouveau plaidé pour un « Brexit souple », comprenant un accord de libre-échange entre la Grande-Bretagne et l’UE.

L’ancien premier ministre Tony Blair, lui, a fait paraître une tribune virulente contre le Brexit, estimant que la Grande-Bretagne en sortira plus pauvre et plus faible. « Nous commettons une erreur que le monde d’aujourd’hui ne peut comprendre et que les générations futures ne nous pardonneront pas », écrit l’ancien dirigeant travailliste…

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Un accord avec l’UE prévu fin 2018

Malgré un calendrier serré, semé d’embûches, Theresa May se montrait confiante le 7 janvier en sa capacité à obtenir un accord final fin 2018. Le négociateur en chef de l’UE, le Français Michel Barnier, a indiqué qu’il souhaitait aboutir à un accord en octobre, pour pouvoir le présenter ensuite au Parlement européen. L’intention de Theresa May est de présenter préalablement le projet d’accord au parlement britannique.

Benjamin Boutin

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