À Londres, la colère sourde des résidents de la tour Grenfell

À Londres, la colère sourde des résidents de la tour Grenfell

Europe

par Nouvel Ordre Mondial 37 Vues comments

Un an après l’incendie de la tour d’habitations qui a fait 72 victimes le 14 juin 2017, moins d’un tiers des résidents ont retrouvé un logement social permanent.

La crise est ouverte entre les autorités locales et les rescapés.

L’église Saint-Clément Notting Dale est remplie en ce dimanche 10 juin. « D’habitude, nous sommes plutôt une vingtaine lors de la messe dominicale, chuchote l’un des paroissiens. Cela fait chaud au cœur de voir l’église si pleine, de voir la communauté réunie. » Cette messe très particulière vise à entamer la semaine de commémorations en souvenir des victimes de l’incendie de la tour Grenfell, qui a fait 72 victimes le 14 juin 2017.

L’assemblée est représentative de la diversité ethnique et sociale de l’arrondissement de Kensington et Chelsea, le plus polarisé socialement et économiquement de la capitale anglaise. La quasi-totalité des victimes de cet immeuble principalement composé de logements sociaux étaient nées ou originaires du Moyen-Orient, d’Afrique ou d’Asie.

Le thème de « l’arbre de la vie »

Les responsables de la paroisse ont choisi de commémorer cet événement autour du thème de « l’arbre de la vie ». Sans doute parce que, à l’issue du service, un bout de jardin accolé à l’église a été inauguré en souvenir des victimes, puis béni. Également pour son message. « La tour Grenfell apparaît comme le symbole d’une tragédie, d’une douleur et de notre incapacité à nous occuper les uns des autres, a déclaré l’évêque de Kensington Graham Tomlin dans son sermon. Cet immeuble a été laissé dans un tel abandon qu’un petit feu a pu devenir ingérable, avec, comme résultat, le traumatisme vécu par cette communauté au cours de l’année écoulée et la perte de 72 précieuses vies. »

LIRE Incendie à Londres, le revêtement de l’immeuble en question

De fait, malgré le message d’« espoir » porté par l’évêque à la fin de son sermon, l’ambiance bon enfant du service et de la collation qui a suivi, la colère reste ancrée chez de nombreux résidents. Ceux qui pendant des années avaient exprimé auprès de la municipalité leurs craintes quant aux risques d’incendie dans la tour et leurs doutes sur la qualité de sa rénovation, achevée quelques mois avant le feu et probablement à l’origine du drame. Ceux qui ont été traités comme des pestiférés par les élus locaux.

Méfiance envers les autorités locales

La colère des résidents s’explique aussi par leur traitement depuis l’incendie. Sur les 209 foyers de la tour Grenfell et de Grenfell Walk, l’immeuble voisin évacué lui aussi, ils sont seulement 82 à avoir trouvé un logement permanent, et 55 à disposer d’un logement temporaire, tandis que 72 restent dans des logements d’urgence, des hôtels ou chez des amis. Ce n’est pas tout : 128 familles vivant dans les blocs voisins ont quitté leur logement, « choqués, incapables de revenir chez eux après l’incendie », explique l’un d’entre eux. Un seul a trouvé un appartement permanent ailleurs, 38 sont revenus dans leur logement, 74 demeurent dans un logement provisoire et 15 dans un hôtel ou chez des amis.

Depuis la tragédie, la municipalité d’arrondissement a dépensé plus de 260 millions d’euros pour acquérir en urgence trois cents appartements. « Aujourd’hui, cent d’entre eux sont vides car ils n’ont pas été acceptés par les résidents de Grenfell, indique Alex Diner, avocat au sein du North Kensington Law Centre, qui fournit de l’aide légale gratuite aux survivants de l’incendie. Les autorités locales ne veulent pas comprendre que les habitants traumatisés ne veulent plus vivre à proximité de la tour. Nombre d’entre eux ont été pressés de prendre un logement qui ne correspondait pas du tout à leurs besoins. Ce qui n’améliore pas la confiance envers les autorités locales. »

Une toile posée sur la carcasse de la tour

Un des résidents, qui préfère rester anonyme, se plaint de la politisation de la cérémonie religieuse, à laquelle ont participé le maire travailliste de Londres Sadiq Khan et le ministre conservateur en charge du logement, des communautés et du gouvernement local James Brokenshire. « La manière scandaleuse dont les résidents sont traités par les autorités mérite bien plus d’attention que “l’arbre de la vie” en souvenir des victimes. Je regrette que l’Église n’ait pas parlé de la mise à l’écart des pauvres par les élus locaux. » Il admet pourtant être soulagé par la toile posée ces derniers jours sur la carcasse calcinée de la tour, désormais ornée d’un cœur vert avec la phrase « À jamais dans nos cœurs » : « C’était une souffrance de voir chaque jour depuis un an la tour dévastée. »

–––––––––––––--------------------------

Des enquêtes en cours

Dans leur rapport présenté le 5 juin dans le cadre de l’enquête publique sur l’incendie, les experts montrent que, parti d’un congélateur défectueux, il s’est propagé à grande vitesse au reste du bâtiment en raison des équipements non conformes aux réglementations en vigueur au Royaume-Uni, comme le revêtement inflammable du bâtiment. Les pompiers, les équipes de contrôle de la sécurité du bâtiment ou l’organisme de gestion de cet immeuble HLM n’étaient pas informés des performances de ce matériel. Une enquête officielle et publique est en cours. Elle déterminera les raisons de l’accident.

Tristan de Bourbon (à Londres)

Et aussi


Commentaires