À Berlin, le blues des députés déboussolés

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par Nouvel Ordre Mondial 52 Vues comments

Les élus fédéraux au Bundestag se posent beaucoup de questions alors que l’Allemagne est sans gouvernement depuis deux mois.

Drôle d’ambiance au Bundestag, où les 709 députés ont repris leur activité dans un semblant de normalité, ces deux derniers jours de session plénière. « La situation est très inhabituelle », reconnaît Sevim Dagdelen, élue du parti néocommuniste Die Linke. Comme la grande majorité des Allemands, elle ne s’attendait pas à l’échec, dimanche 19 novembre, des négociations entre chrétiens-démocrates (CDU/CSU), Verts (Die Grünen) et libéraux (FDP) pour former un gouvernement. « Certains de mes collègues ne savent pas dans quelle commission parlementaire ils doivent s’inscrire, ni comment s’orienter dans leur travail. C’est une période avec de nombreuses questions et peu de réponses », explique Sevim Dagdelen.

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Angela Merkel arrivera-t-elle à former un gouvernement ? Le FDP qui a quitté la table des négociations pourrait-il revenir sur sa décision ? Les sociaux-démocrates (SPD) resteront-ils intransigeants en refusant une grande coalition ? Un gouvernement minoritaire verra-t-il le jour ou y aura-t-il de nouvelles élections ?

« Repartir en campagne ne serait pas très agréable »

Toutes ces questions taraudent les esprits des députés, toutes couleurs confondues. « À peine élus, nous ne savons pas si nous serons encore là dans un an », résume Jens Maier, du parti populiste de droite Alternative pour l’Allemagne (AfD). Pour lui, les événements sont d’autant plus intéressants à suivre qu’il n’a jamais siégé au Bundestag. Son parti, l’AfD, y a fait son entrée en septembre, et par effet domino, a affaibli la position de la chancelière.

« Repartir en campagne ne serait pas très agréable au niveau personnel, mais pour le parti, ce serait positif. Nous sommes sûrs d’avoir plus de députés. Toutefois, cela en vaut-il la peine ?, demande-t-il. L’équilibre du Bundestag ne sera pas modifié, et le problème restera entier. La solution, c’est que Merkel parte. Mais on en est loin », estime-t-il, alors que la chancelière a annoncé qu’elle serait prête à refaire campagne.

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À chacun sa façon d’envisager la sortie de crise, parfois dans la cacophonie. Thomas Oppermann, vice-président du Bundestag et membre influent du parti social démocrate (SPD), confirme le refus de son parti à une participation gouvernementale, même si en interne des voix commencent à soutenir cette idée. Lui croit en une autre solution. « Vous verrez, en janvier, chrétiens-démocrates, verts et libéraux renégocieront », lance-t-il.

Du côté des libéraux, on réfute cette idée. « Nous sommes un parti avec des principes, nous devions mettre un terme à ces négociations », explique Daniel Föst. Ce député bavarois du FDP rejette la faute sur le SPD. « C’est totalement irresponsable de leur part de ne pas vouloir négocier avec Angela Merkel », lance-t-il.

Un gouvernement sans majorité

Le tout jeune élu peut toutefois envisager la formation d’un gouvernement sans majorité : « Nous pourrions soutenir un gouvernement minoritaire sur certains projets qui feraient avancer le pays ». Une formule jamais employée au niveau national depuis la guerre, qui déplaît toutefois à Angela Merkel.

Chacun tente de garder la tête froide. « Si pour la première fois dans la longue histoire de stabilité politique de notre pays, nous n’arrivons pas à former un gouvernement avant Noël, cela ne signifie pas que nous vivons une crise de nos institutions. Nos partenaires ne doivent pas avoir peur », sourit Daniel Föst. Calmer le jeu ; faire preuve de patience : sur ce point, tous les avis convergent.

Delphine Nerbollier (à Berlin)


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